‹ Bibliothèque égyptologiqueChapitre 126 sur 159 · Sur la distinction entre le · texte numérisé non relu

Sur la distinction entre le

Khou instruit et le

Khou équipé ou muni, voir G. Maspero, Rapport sur une

mission en Italie, dans le Recueil, t. 111, p. 105-106.

LE LIVRE DES MORTS

humains et d’urine, seule nourriture qu’elles eussent à leur portée, et succombaient d’inanition. De toute façon, c’était pour elles la seconde mort, c’est-à-dire le néant. Les riches ou les nobles, parvenus aux champs d' offrandes et aux jardins d’Ialou, y étaient désormais à l'abri de l’infortune et de la mort. Ce paradis était des plus grossiers. La description qu’en font les textes nous donne l’idée d’une sorte d’Égypte céleste, d’une fertilité inépuisable. Le blé y avait sept coudées de haut, dont deux pour l’épi. Des canaux, sans cesse remplis d’eau, y entretenaient la fécondité et la fraîcheur. Les morts y passaient leur temps à manger, à boire, à jouer aux dames. On n’exigeait d’eux que la culture des champs et les travaux de la moisson, qu’ils exécutaient par corvées, comme les fellahs ordinaires; encore pouvait-on les exempter de ce labeur, en leur procurant des remplaçants: ces petites figures en terre émaillée ou en pierre qui sont si nombreuses dans nos Musées. Osiris, le maître de (ont. régnait sur eux et n’exigeait pour les admettre à sa suite que la connaissance de certaines incantations et le don d’offrandes abondantes. Plus tard seulement, on imagina de leur tenir compte des actions bonnes ou mauvaises qu’ils avaient commises pendant la vie, et, l'idée de la rétribution se répandant, Osiris leur imposa l’obligation de se confesser à lui avant d’entrer au jardin; il décida de leur continuation indéfinie ou de leur anéantissement immédiat en les pesant dans la balance du jugement. Plus je considère les données relatives aux jardins d’Ialou, au sort des morts qui l’habitent , aux attributs du dieu qui y règne, Osiris, et de ses assesseurs, moins je puis y reconnaître une forme du mythe de Rà ou de l’un des dieux solaires. Osiris , au début, était un dieu des morts et n’était que cela b Son histoire, telle

1. Cette formule est trop absolue, et il aurait fallu en atténuer l’expression. On verra dans l’article sur les Ht/pogèes thèbciins, qu’Osiris est également un dieu des vivants, un Nil fécondant le Delta puis la terre d’Égypte entière.

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que nous la connaissons par les livres classiques et par le témoignage des monuments, est comme l’histoire idéale de l’homme pendant la vie terrestre et pendant la vie d’au delà. Ce n’est pas ici le lieu de développer cette pensée; je me bornerai à rappeler ici le dernier trait du mythe, la confusion entre le dieu et l’âme qui fait que tout mort devient un Osiris.

D’autres doctrines avaient cours, dont les traces ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Le passage de l’âme humaine dans un corps de bête, la métempsycose, était encore admis généralement, à l’époque où l’Égypte entra en contact avec la Grèce civilisée, et il semble bien que les chapitres du Livre des Morts relatifs aux transformations en vanneau, en serpent, en hirondelle, en oie, aient été primitivement rédigés pour répondre à une idée de ce genre. Ces théories tombèrent en discrédit ou disparurent même presque entièrement, lorsqu'on imagina de comparer le cours du soleil à la vie de l’homme, et par suite, d’attribuer au soleil la même destinée qu’on prêtait aux âmes. Le soleil se lève ou naît le matin à l’Orient, pour se coucher ou mourir à l’Occident; il sort du ciel et nous laisse dans l’obscurité pendant la nuit, pour renaître et mourir de nouveau le jour suivant. Le privilège de monter sur sa barque, de parcourir avec lui le Ciel et le Daït, d’y vivre de ce dont il vivait, d’y partager ses triomphes et ses périls, parait avoir été d’abord réservé au roi, fils et représentant de Râ sur la terre1. Puis le simple particulier fut admis à l’honneur de se mêler à l’équipage divin, en se présentant, il est vrai, comme un pharaon. Puis, de même que le suivant d’Osiris s’était peu à peu identifié avec Osiris et était devenu un Osiris aux siècles antérieurs à l’histoire, le suivant de Râ s’identifia

1. Ainsi la vignette du ch. xvii, où la barque est dirigée par six rois, trois de la Basse Égypte à l'avant, trois de la Haute-Égypte à l’arrière; cfr. E. de Bougé, Étude sur le Rituel funéraire , p. 49.

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avec Râ et devint un Râ, vers la XXe dynastie au plus tard 1 . Ici encore, je n’insisterai pas : les images et les textes qui nous révèlent cette doctrine sont familiers aux Égyptologues. Il est certain d’ailleurs qu’elle se mêla très tôt, dès avant l’époque où furent rédigées les prières gravées dans les caveaux des Pyramides, avec toutes les doctrines qui avaient cours sur l’âme de l’homme et sur l’autre monde. Il résulta de cette union un ensemble de théories confuses, formées de fragments empruntés à droite et à gauche, impliquant des idées contradictoires. Le même mort qui montait au ciel par l’échelle, dans un endroit de son tombeau, s’y transportait sous forme d’oiseau dans un autre. Ici , on nous affirme qu’il vit au fond du tombeau, à côté de sa momie; là, on nous le montre assis sous les bosquets des jardins d’Ialou ou traversant le lac de l’Aulel; plus loin, il rame dans la barque du Soleil et navigue avec Râ le ciel de jour et le ciel de nuit. On aurait tort de s’effrayer de ces dissonances et d’essayer de les écarter, en torturant les mots et les phrases pour en extraire un sens symbolique, dont la vague sublimité permit de tout concilier. Il faut prendre la pensée égyptienne telle qu’elle est, avec ses obscurités et ses absurdités sans fin, trop heureux si les textes nous permettent de la saisir partout et de la présenter à nos contemporains dans toute sa grossièreté.

Le Livre des Morts reflète fidèlement cette confusion de doctrines. Les formules qu’il contient ont toutes un objet commun, prolonger la vie de l’âme et l’empêcher de s’éteindre, mais les moyens qu’elles emploient à cet effet montrent qu’elles ont été écrites sous l’influence des conceptions très diverses que j’ai exposées ; elles se contrarient souvent l’une l’autre, par l’idée qu’elles reflètent de la survivance humaine et du milieu dans lequel ses destinées se continuent après la mort. Les unes tiennent pour démontré

1. G. Maspero, Rapport sur une mission en Italie , dans le Recueil, t. ni, p. 10-1-106.

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que l’âme est un double et lui fournissent à manger dans son tombeau ', les autres supposent qu’elle voyage en ce monde et lui procurent un bon accueil dans Pou1 2 ou dans Héracléopolis 3 ; ici elle monte sur la barque de Rà et se laisse entraîner dans sa course journalière1 5, là elle s’établit à jamais dans le royaume d’Osiris b Chacune de ces conceptions, poursuivie jusque dans ses moindres détails, fournit prétexte à des prières nouvelles : les Égyptiens portèrent en cette matière cette même prudence minutieuse que j’ai signalée ailleurs 6. Partant du principe que l’âme doit agir dans l’autre monde comme elle agissait en celui-ci , il ne leur suffit pas de lui accorder d’une manière générale le droit « d’aller et de sortir7; » ils s’inquiétèrent de lui procurer tous les organes qui lui étaient nécessaires à ces fonctions, et eurent des chapitres spéciaux pour lui rendre la bouche8, le cœur9, les jambes 10 11. Ce n’était pas tout de lui restituer ces organes, on voulut l’empêcher de les perdre à nouveau, et on chercha des prières dirigées contre les puissances qui voudraient les lui enlever, lui dérober son cœur ”, lui crever les yeux12, lui

1. Ch. cv : Chapitre d’approvisionner le double. — Ch. cvi : Chapitre de donner l’abondance chaque jour au défunt, dans Memphis.

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