Ch. xxx A, xxx B, dans Naville, t. i, pl. xlii-xliii
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lui, non seulement que le cœur ne fût point repoussé loin de son mort, mais encore qu’il ne prit point la parole contre lui au tribunal d'Osiris ,et ne l’accusât point des mauvaises actions qu’il avait pu commettre pendant la vie terrestre1. Cette mention, et aussi la conception du cœur comme un être distinct, marque certainement que ces deux chapitres sont d’origine relativement plus récente : ils appartiennent à un temps où l’on croyait déjà que le bonheur ou le malheur dans l’autre monde dépendait, au moins en partie, de ce qu’on a fait en celui-ci, tandis que les chapitres précédents ne tiennent aucun compte d’une rétribution future. Ils étaient tous également efficaces, et, qui savait s’en servir, sa personne se reconstituait aussitôt.
Mais les ennemis, qui n’avaient pas réussi à empêcher l’opération de s’accomplir, pouvaient songer à en détruire l’effet, en prenant au mort les charmes dont il était muni ou en le tuant à nouveau de diverses façons. Onl’armait soigneusement contre eux. Il avait à sa disposition deux chapitres « pour repousser les crocodiles qui viennent lui voler ses charmes magiques 2, « un pour repousser tous les reptiles » en géné-
1. Cette manière d’envisager le rôle du cœur avait pénétré profondément dans les mœurs égyptiennes. Pour n’en citer qu’un exemple, les contrats démotiques portent, dans la formule de donation, une phrase
*7\ meter hâti qui vient immédiatement après les mots : Je
t — iù
te donne ou Je t’ai donné. On la traduit d’ordinaire par mon cœur est
meter, meti, en démotique
f — lû \\ r — lu \\
satisfait. Mais le verbe ^ h , )
comme en égyptien, a le sens de testifier, porter témoignage, ce qui me porte à traduire le passage cité par mon cœur en porte témoignage ou que mon cœur en porte témoignage. Le donateur ou le vendeur prend à témoin son cœur de la validité de l’acte, et déclare que son cœur est là afin de porter témoignage contre lui devant le tribunal d’Osiris, au cas où il viendrait à ne pas observer ses engagements : « Je t’ai donné — et mon cœur en est témoin. »
2. Ch. xxxi et xxxu dans Naville, t. i, pl. xliv-xlv, et Einleitung, p. 138-131.
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rai’, deux pour « qu’il ne fût pas piqué 2 » ou « dévoré par l’uræus qui se dissimule dans son trou », ou par tout autre serpent dans le Khri-noutri 3, un pour « repousser le scarabée venimeux1 », un pour «repousser les deux grosses vipères joufflues 5 ». Deux autres, qu’on récitait pour « vivre en respirant dans le Khri-noutri 6 » étaient dirigés également contre les vipères. On ne voit pas d’abord pourquoi les Égyptiens réunissaient dans une même formule deux ordres de phénomènes aussi différents que la respiration et la morsure des serpents. On comprend le motif qui les a décidés lorsqu’on a l’occasion d’assister à la mort d’un homme ou d’un animal piqué par un céraste, par une vipère haja ou par un scytale. Au bout d’une dizaine de minutes, le patient est saisi d’angoisses et de suffocations : les muscles respirateurs semblent se paralyser par crises successives, la parole
1. Ch. xxxin dans Naville, t. i, pl. xlvi, et Einleitung , p. 131.
2. La recension saïte donne le titre du chapitre xxxiv sous la forme : « Chapitre pour empêcher que l’individu ne soit piqué, dans le Khri-noutri, par le serpent qui se tient dans son trou » (Lepsius, Todtenbuch,
pl. XVII).
3. Les ch. xxxiv et xxxv dans Naville, t. i, pl. xlvii-xlviii, et Einleitung , p. 131, le ch. xxxiv avec le titre : « Chapitre pour empêcher que l’individu ne soit mangé, dans le Khri-noutri, par le serpent qui se tient caché dans son trou, l’uræus. »
4. Le ch. xxxvi dans Naville, t. i, pl. xlix, et Einleitung , p. 132. La vignette du papyrus Ba ( Berlin , n° 2) figure un gros scarabée, celle du papyrus Le (Legcle, n° IV), un criquet ou peut-être une blatte, comme le papyrus de Turin d’époque saïte publié par Lepsius, Todten-
__ fl [ u i
bue h, pl. xvn. La traduction ordinaire tortue, pour le mot . LJ
âpslut, qui désigne le monstre combattu dans ce chapitre, n’a d’autre
raison d'être qu’un déterminatifqJ^S*., peut-être mal reproduit pour la
blatte, peut-être entraîné par la syllabe finale shit du mot, qui a
en effet ce sens; il faut donc la corriger jusqu’à nouvel ordre.
5. Le ch. xxxvii dans Naville, t. i, pl. l, et Einleitung, p. 132.
6. Les ch. xxxviii A et xxxviu B dans Naville, t. i, pl. li-lii, et Einleitung, p. 132.
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se perd, et l’on dirait que la vie s’éteint faute d’air et de souffle 1 . Les Égyptiens n’avaient donc pas tort de demander aux dieux dans une même prière la grâce de « vivre en respirant » et celle de « repousser les serpents. » Sans expliquer de la même manière que nous le mécanisme de la mort, dans les cas de morsures venimeuses, ils avaient reconnu qu’elle arrivait par asphyxie, et cette observation leur donnait le droit de rédiger le titre du chapitre xxxvm comme ils l’ont fait. Dans les chapitres suivants, le défunt « repousse les scytales 1 » puis « le grand python qui dévore l’âne3. » L’âne était l’animal de Sît, l’ennemi d’Osiris; le serpent qui dévore l’âne est donc un des alliés d’Osiris et d’Horus dans leur guerre contre Sit, et le mort n’avait pas grande diffi-
1. Je citerai, à cause de sa rareté, le cas de ce gardien des serpents au Jardin zoologique de Londres, qui, il y a une quarantaine d’années, se trouvant en état d’ivresse, tira une Cobra di capello de sa cage et voulut se jouer avec elle, ainsi qu’il l’avait vu faire à des jongleurs indiens en représentation. Il fut mordu à deux reprises, vers la naissance du nez, entre les yeux, et mourut environ une heure plus tard, après avoir manifesté les mêmes phénomènes d’étouffement que produit la morsure des serpents d’Égypte.
2. Le ch. xxxix dans Naville, t. i, pl. lui, et Einlcitung, p. 133.
3. Le ch. xl dans Naville, t. i, pl. liv, et Einleitung , p. 138. La vignette de la recension saïte donne un serpent fort petit (Lepsius, Todtenbuch , pl. xviii), celle de la recension thébaine, un serpent qui doit mesurer plus de quatre mètres de long, si on déroule ses replis. L’Égypte d’aujourd’hui n’en renferme plus de cette dimension, mais on sait par les monuments qu’elle nourrissait autrefois des hippopotames, des crocodiles et d’autres animaux qu’on ne rencontre plus que dans les régions tropicales; elle devait nourrir également le serpent gigantesque de notre chapitre et ceux qu’on voit figurés si souvent dans les peintures de l’enfer. La petite taille que les manuscrits saïtes prêtent au reptile mangeur d'âne , semble montrer que les Égyptiens des derniers siècles ne savaient plus ce que c’était que les pythons ; ceux même de l’époque thébaine ne les connaissaient plus que par leurs campagnes dans les marais du Haut-Nil. Les grands ophidiens avaient dû disparaître de la vallée au nord d’Assouân, dès les premiers temps, à mesure que les habitants desséchaient les marais où ces animaux se plaisent.
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culte à se le concilier1. On n’avait qu’à lui dire : «Nememange pas, car je suis pur, je suis sans péchés », pour qu’il se laissât percer d’un coup de lance. Après le poison, c’était le tour de l’épée. Quiconque était muni du chapitre xli ne courait plus risque d’être mis en pièces, ou de perdre les yeux dans l’Occident5; avec le chapitre xlii, on échappait au massacre des ennemis d’Horus qui avait eu lieu à Hninsouton, au temps des guerres osiriennes J ; enfin, par le chapitre xliii, on évitait d’avoir la tête tranchée4. Ce qui suivait était une conséquence naturelle des formules précédentes. L’âme se confirmait dans la faculté « de ne pas mourir une seconde fois4, » puis « de ne pas pourrir 6 », puis « de ne pas se détruire, mais d’être en vie dans le Khri-noutri 7 ». Nul ne pouvait
1. Le mangeur d’âne, est figuré sous une forme très différente, dans le Litre de savoir ce qu’il g a au Daït,e t nous le retrouverons plus loin, dans l’article sur les Hypogées royaux de Thèbes.
2. Le ch. xli dans Naville, t. i, pl. lv, et Einleitung, p. 133. La recension saïte a pour titre : « Chapitre que l’individu soit mis en pièces dans le Khri-noutri » (Lepsius, Todtenbuch , pl. xxi).
3- Le ch. xlii dans Naville, t. i, pl. lvi-lvii, et Einleitung , p. 133-134. La recension saïte a un titre assez différent : « Chapitre de repousser tous les impies mauvais, et d’échapper aux massacres qui se font dans le Khri-noutri » (Lepsius, Todtenbuch, pl. xix).
4. Le ch. xliii dans Naville, t. i, pl. lviii, et Einleitung , p. 134.
5. Le ch. xliv dans Naville, t. i. pl. lix, et Einleitung , p. 134.
6. Le ch. xlv dans Naville, t. i, pl. lix, et Einleitung, p. 134.
7. Le ch. xlvi dans Naville, t. i, pl. lxi, et Einleitung, p. 134. Le texte publié par Naville renferme dans le titre une leçon qu’on peut attribuer à une distraction du copiste antique. Il dit : « Chapitre de se détruire et d’être en vie. » On admet d’ordinaire, d’après la version saïte, qu’une négation a été passée : « Chapitre de ne pas être détruit, mais d’être en vie, — variante, à l’heure où l’on vit, — dans le Khrinoutri » (Lepsius, Todtenbuch, pl. xx). Il est possible cependant que la rédaction thébaine ait conservé la forme authentique. Le titre pourrait signifier alors que le chapitre a pour objet de sauvegarder le mort contre les accidents qui l’anéantiraient s’il ne le possédait pas : le mort aurait beau être détruit, il demeurerait vivant encore, par la vertu de la formule, et pourrait attendre le moment d’une reconstitution
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plus « lui enlever sa place 1 », mais, grâce à la justesse de sa voix, elle sortait victorieuse contre ses ennemis1, « n’entrait pas à l’abattoir » où l’on décapitait les morts sur un billot3, n’était pas jetée la tête en bas dans les gouffres de l’autre monde 4, et n’était pas obligée à se nourrir d’excréments et à s’abreuver d’urine, comme ses compagnes moins bien pourvues de talismans 3. Après tant de négations, on était en droit d'attendre quelcpies faveurs positives. Respirer à pleins poumons un air pur, boire à volonté une eau toujours fraîche, était pour l’Égyptien d’autrefois, comme pour celui d’aujourd’hui, l’idéal du confortable. Il trouvait dans les Rituels dix ou douze chapitres, entre lesquels il pouvait choisir, lorsqu’il voulait garantir à son âme ces deux félicités suprêmes de l’autre vie : chapitre de « donner l’air dans le Khri-noutrR », d’aller « respirer l’air sur terre 7, » en sortant du tombeau, « de respirer l’air et d’avoir de l’eau 8, de boire de l’eau qui
nouvelle. Le scribe saïte n’aurait point compris la signification un peu subtile de cette incantation, et on aurait modifié le titre dans le sens le plus terre à terre, en ajoutant une négation devant le premier terme.
1. Le ch. xlvii dans Naville, 1. 1, pl. lxii, et Einleitung , p. 135.
2. Le ch. xlviii dans Naville, t. x, pl. lxiii, et Einleitung, p. 135. Le ch. xlix ne s’est trouvé jusqu’à présent que dans la recension saïte (Lepsius, Todtenbuch, pl. xxi).
3. Le ch. l dans Naville, t. i, pl. lxiv, et Einleitung , p. 135.
4. Le ch. li manque dans la recension thébaine; il est dans Lepsius, Todtenbuch, pl. xxi.
5. Des deux chapitres, lii et lui, consacrés à ce sujet, le premier ne se trouve que dans la recension saïte (Lepsius, Todtenbuch, pl. xxi), le second est dans Naville, t. i, pl. lxv, et Einleitung, p. 135. Cf., sur cette conception, les textes des Pyramides cités p. 154-156 du présent volume.
6. Le ch. liv dans Naville, pl. lxvi, et Einleitung, p. 135-136.
7. Le ch. lv dans Naville, pl. lxvii-lxviii, en deux versions différentes, et Einleitung, p. 136.
8. Les ch. lvii, lix, lx, lxi, lxii dans Naville, pl. lxviii-lxxii, et Einleitung , p. 136-137. Le chapitre lviii dans la recension saïte (Lepsius, Todtenbuch, pl. xxii-xxm).
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ne fût pas bouillante1 2, » enfin de pouvoir traverser sans s’échauder les cours d’eau chaude que renferme l’Amentit*. Une fois équipé de sa bouche et de son cœur, maître de l’air et de l’eau, il se sentait prêt à sortir de jour et à revêtir, pendant ses sorties, les formes qu’il jugeait utiles à ses projets, prêt surtout à entreprendre le grand voyage qui devait le mener à son gré devant Osiris ou devant Rà, dans la barque solaire ou aux jardins d’Ialou.
Le chapitre lxiv ouvre en cette partie de l’ouvrage la liste des formules qui avaient la vertu cl e faire sortir le mort pendant le jour. C’est l’un des plus importants du recueil entier ; après avoir attiré à mainte reprise l’attention de E. de Rougé, il a été publié, traduit, commenté par Guieysse, d’après les Papyrus du Louvre et de la Bibliothèque Nationale 3 4. L’âme y apprenait une fois de plus, mais en vertu d’une théologie assez différente de celle qui a inspiré le chapitre xvn, ce qui lui était nécessaire pour sortir pendant le jour. La forme est plus abstraite, trahit une époque plus récente, et cette impression qu’en donne la lecture est confirmée par la rubrique historique dont le texte est accompagné. Il aurait été découvert, selon certains manuscrits, au temps de la Ire dynastie, sous Housapaïti ', selon d’autres, au temps de la IVe par Horclidif,
1. Le ch. Lxm A clans Naville, pl. lxxiii, et Einleitung, p. 137. La variante du titre de la recension saïte (Lepsius, Todtenbuch, pl. xxtii) montre qu’il faut comprendre comme j’ai fait, et le texte confirme encore cette interprétation. C’est en effet l’eau elle-même qui parle : « O taureau de l’Ouest, amène-moi à toi (pour être bue, comme dans la vignette), car je suis le lac etc cette rame de Rà, sur lequel il navigue quand il vieillit (le soir), et je ne bous pas, je ne brûle pas. »
2. Le ch. lxiii B dans Naville, pl. lxxiv, et Einleitung , p. 137, avec des vignettes où l’on voit le mort marchant tranquillement dans une eau qui lui monte jusqu’à la cheville.
3. Rituel funéraire égyptien, Chapitre LXIV, par Paul Guieysse, textes comparés, traduction et commentaires, d’après les Papyrus du Louvre et de la Bibliothèque Nationale, in-4, Paris, Vieweg, 1876.