L’Égypte de Mourtadi , p. G
2. Cité par Sylvestre de Sacy dans ses Obsercations sur le nom des Pyramides, p. 37.
LE DOUBLE ET LES STATUES PROPHETIQUES
dont la statue n’est pas mentionnée, mais qui reproduisent en partie au moins la forme de la statue du dieu qu’ils représentaient. La jeune femme noire, laide, montrant ses dents canines et avant les yeux blancs tout du long, qui porte dans ses bras un enfant noir, est une Isis en basalte noir, aux yeux incrustés d’os ou d’ivoire, ou une Sokhit, à tête de lionne fronçant les lèvres et laissant deviner les dents, qui porte un Horus. L’esprit de Ridousa est un Sliou ou bien un Anhouri à tète de lion, coiffé du disque solaire entre deux cornes ou deux plumes. Celui de Gaphi est Osiris dans la maison du chef Hj-. vêtu de la robe et tenant le
bâton de commandement. D’autres esprits ont subi l’ influence chrétienne et semblent des moines aux musulmans. Aujourd'hui encore les fellahs imaginent que les statues qu’ils découvrent dans les tombeaux sont le support de génies, qui se jettent sur quiconque vient les troubler. Le seul moyen de prévenir une folie ou la mort à bref délai est de briser la statue avant que l’esprit ait eu le temps de mal faire. Cette crainte superstitieuse a entraîné la destruction de plus d’un monument précieux. On le voit, le double ^ vit encore avec sa statue-support: mais en changeant de religion le peuple a changé en crainte le culte respectueux qu’il lui rendait.
Le ka étant l’âme de la statue, son nom put servir à désigner la statue elle-même, comme l’a montré M. Lepage- Renouf b Je crois cependant que le sens statue , image , est un sens dérivé et n’est exact qu’à peu près : dans les endroits où Li peut se traduire de la sorte, il faudrait mettre un mot exprimant l’idée complexe d’une statue prophétique, d’une statue vivante, mais ce mot n’existe pas dans notre langue.
Château-Thierry, le 19 septembre 1879.