I. — Fouii.les de Memphis
A Memphis l’effort principal a porté sur les Pyramides. Mariette ne croyait pas qu’il y eût intérêt à en entreprendre l’attaque. <( Je n’ai jamais, disait-il, tenté, à Saqqarah, » l’ouverture d’une pyramide ; les causes de cette abstention
1. Publié dans le Bulletin de l’Institut Égyptien, 1885, 2e série, t. vi, p. 3-91. Un extrait légèrement modifié en avait été inséré dans la Reçue de l’Histoire des Religions, t. xii, p. 123-139.
2. Voir le rapport publié dans le Bulletin de 1881, p. 129-169.
PREMIER RAPPORT SUR LES FOUILLES
» sont volontaires et je n’hésite pas à les formuler. En » premier lieu, les Pyramides de Saqqarah n’ont qu’une » importance très secondaire, comparées aux gigantesques » monuments de Daliskour et de Gyzéli. En second lieu, » elles ont été violées, selon toute vraisemblance, sinon » par les Égyptiens, au moins par les premiers chrétiens » et les Arabes du temps des khalifes. En troisième lieu, » l’intérêt de l’entreprise est nul, puisqu’on est â peu près » certain que la chambre intérieure de la pyramide n’a pas » d'inscriptions, ce qui fait que le nom même du fonda- » teursera tout aussi inconnu après qu’avant l’opération. En » quatrième lieu enfin, soit à cause de la masse énorme des » pierres à remuer, soit à cause du peu de solidité de la » construction qu’on peut craindre de voir s’ébouler â mesure » qu’on pénètre dans l’intérieur, l’exploration d’une pyra- » mide offre pour les travailleurs des dangers que ne com- » pense point l’importance des résultats espérés 1 . » J’étais loin de partager son avis ; quand le Gouvernement français lui accorda, dans les premiers jours de 1880, une somme de 10,000 francs pour l’aider en ses fouilles, j’insistai pour qu’on lui imposât d’ouvrir une au moins des Pyramides de Saqqarah, et M. Xavier Charmes eut assez confiance en mes raisons pour y faire droit. Les travaux, commencés en avril sur les indications du réis Mohammed Chàhin, amenèrent la découverte de deux chambres ruinées et d’un couloir d’hiéroglyphes. De retour en France, Mariette me remit les estampages des inscriptions, exécutés parM. Émile Brugsch, alors conservateur-adjoint du Musée, avec prière de les examiner et de les traduire. Bien qu’ils ne portassent aucune indication d’origine, je reconnus au premier coup d’œil qu'ils provenaient du, tombeau de Pépi Ier, et le dis, mais Mariette était trop prévenu en faveur de ce qu’il appelait sa théorie des
1. Les Mastabas de l’ Ancien-Empire, fragment du dernier ouvrage de Mariette, publié par G. Maspero, in-4% Paris, 1882, p. 20-21.
EXÉCUTÉES EN ÉGYPTE
pvramidesmuettes, pour convenir tout d’abord de l’exactitude du fait qui la renversait; il préféra supposer qu’il avait découvert un mastaba de grandes dimensions, appartenant à un simple particulier nommé alternativement, d’après le roi sous lequel il avait vécu, Pépi-pen et Miriri-pen. Le déblayement, en décembre 1880, d’une seconde pyramide où était enterré le pharaon Mirinri Mihtimsaouf, put seul le détromper, quelques jours à peine avant sa mort b
Les fouilles, un moment interrompues après lui, reprirent avec une nouvelle vigueur dans les premiers jours de février. Outrel’espoir de rencontrer des textes précieux pour l’histoire des religions, j’espérais vérifier, sur les lieux mêmes, une idée qui n’était pas celle des Égyptologues en général, mais que je défendais depuis de longues années. Les Pyramides sont classées pour ainsi dire du Nord au Sud, celles de la IVe dynastie à Gizèh, celles de la Ve à Abousir, celles de la XIP au Fayoum ; celles de VIe devraient donc être à Saqqarah, et celles des dynasties intermédiaires entre la XIe et la XIIe, à Dahshour, à Lisht, peut-être à Meïdoum b La découverte des Pyramides de Pépi Ier et de Mirinri, à l’endroit même où la théorie affirmait qu’on pouvait les trouver, me décida à diriger l’attaque sur le front entier de la nécropole memphite, d’Abou-Roash à Lisht. Le succès fut d'abord des plus rapides : la pyramide d’Ounas s’ouvrit le 28 février, celle de Pépi II Nofirkeri le 13 avril, celle de Téti le 29 mai. En moins d’un an, cinq des soi-disant Pyramides muettes de Saqqarah avaient parlé, mais là s’arrêta notre progrès ; quatre Pyramides du voisinage, explorées de mai à juillet, ne livrèrent aucune inscription, et les autres groupes, entamés vigoureusement en décembre 1881, n’ont rien livré jusqu’à présent. A Zaouyét-el-Ariân et à Dahshour, je n’ai pas même
1. Maspero, la Pyramide du roi Pépi I"T , dans le Recueil de Travaux relatifs à la Philologie et ci V Archéologie égyptiennes et assyriennes,