Litt. : (( Il INONDE
2. Le texte porte simplement « la procession », sans nommer le dieu.
3. Je ne connais ce génie ou ce dieu que par le passage de notre stèle.
4. La traduction a été reproduite en partie et corrigée dans Maspero, Études Egyptiennes, t. i, p. 121-123. La stèle C 3, offre un excellent sujet d’étude grammaticale. Chacun des versets y est divisé en deux parties opposées l’une à l’autre par le sens et la construction. 1“ L’auteur énumère les différentes actions que le défunt doit accomplir pour témoigner sa dévotion aux dieux, et les faveurs que les dieux accordent en échange des services rendus. On a d’ordinaire deux membres de phrase introduits, le premier par un verbe au passé, mast-naf, tit-naf-totouï..., hakex-naf. .., qui a le défunt pour sujet ; le second, par un verbe sakhou, qui a pour sujet un nom divin, et pour régime un pronom sou, rappelant le nom du défunt. 2“ L’auteur énumère différentes actions ou séries d’actions que le défunt accomplit, comme complément des actions antérieures, ou reçoit la permission d’accomplir, en conséquence des faveurs que le dieu ou les dieux lui ont accordées dans la partie précédente du verset. Ici encore, on a deux membres de phrase construits, ou peu s’en faut, sur le modèle des deux membres de phrase du premier demi-verset : un verbe au présent, apouf... z’oseri-f..., sakdou-f..., etc., qui a le
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Des parties de cette prière se retrouvent sur beaucoup d’autres stèles de la même époque. Le mort ou Lame du mort, quittant la terre, s’embarque sur le navire divin et prend sa place dans l’équipage. Elle décrit les incidents du voyage, l’arrivée au gouffre occidental, les acclamations que les dieux protecteurs d'Abydos poussent à l’apparition du Soleil défunt, du Soleil-Osiris. Je ne vous demanderai pas de la suivre parmi les « terreurs de l’autre monde » : il me faudrait, pour vous y conduire avec elle, non pas une demi-heure de parole, mais plus d'heures (pie vous ne seriez peut-être disposés à m’en accorder.
M. Guimet. — Je voudrais demander à M. Maspero, puisqu'il est parmi nous, s’il ne peut pas nous donner quelques renseignements sur cette autre partie de l’âme humaine qui est représentée par Y éventail, ^ Y ombre ?
M. Maspero. — J’ignore complètement ce que les Égyptiens entendaient par l’ombre. La ligure en est très rare. Un jeune égyptologue italien, qui suivait l’an dernier les cours du Collège de France, M. Ernest Schiapparelli, a eu l’occasion d’examiner les documents qui se rapportent à cette partie de l’âme humaine. Je ne connais pas encore les conclusions qu’il a tirées, et je préfère vous avouer mon ignorance à ce sujet.
M. Guimet. — Ne vous est-il jamais arrivé jusqu’à présent de rencontrer le ka et l’ombre, figurés côte à côte sur le même mur?
défunt pour sujet; un verbe ska..., sha..., qui a pour sujet un nom divin et un pronom rappelant le défunt pour régime direct ou indirect. Le tout forme trois versets bien définis ; après quoi, le parallélisme est rompu, et le morceau se termine par une série de phrases où est dépeinte la condition bienheureuse du mort qui a rempli tous ses devoirs envers la divinité.
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M. Maspero. — Je ne connais jusqu’à présent qu’une image vraiment authentique de l’ombre. Elle est au tombeau de Minéplitali, fils de Ramsès II. C’est une figure noire qui reproduit le contour d’un individu; seulement, elle est plus longue et plus fluette que l’image ordinaire d’un vivant. Il s’agit des cérémonies ordinaires de l’enterrement qui, en Égypte, étaient fort compliquées. Le fils du mort y prenait une part active et était souvent mis en tête-à-tête, soit avec la momie de son père, soit avec des prêtres qui jouaient le rôle des différents dieux conducteurs d’âme. A un moment donné, il voyait Y ombre se détacher sur le mur. Comment et pourquoi? je n’en sais rien’. ( Applaudissements .)
Après cette lecture, M. Naville, président, dit :
Le Mémoire de M. Maspero m’a vivement intéressé. C’est un travail qui fera autorité dans la matière.
Les sujets qui touchent à la religion de l’ancienne Égypte sont parmi les plus difficiles et n’ont, selon moi, pas toujours été étudiés suivant une méthode parfaitement saine. On a trop souvent considéré les anciens Égyptiens comme n’ayant pas changé de religion depuis le commencement de leur histoire jusqu’à l’époque romaine. Les livres qui parlent de la religion la représentent presque toujours comme un système bien coordonné que l’on reconstruit au moyen de textes pris à des époques très différentes. Je crois que ce principe est faux, et que la religion des Égyptiens, comme leur histoire et leur civilisation, a subi des modifications considérables. Le vrai moyen de l’étudier, c’est de faire comme M. Maspero, de s’en tenir aux textes d’une certaine époque, et de montrer ce qu’était cette religion à un moment donné, sans vouloir trop vite généraliser et étendre ses conclusions à une époque antérieure ou postérieure. En effet, comme l’a dit
1. On trouvera la description de la cérémonie à laquelle je fais allusion ici dans l’article sur le Rituel du Sacrifice Funéraire, reproduit plus loin.
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M. Maspero, nous voyons encore, dans les croyances des contemporains de la douzième dynastie, un côté tout matériel. Dans les peintures ou les bas-reliefs de cette époque, nous trouvons un tableau de la vie extérieure des morts. Le défunt tenait à montrera ses descendants qu'il avait été un homme heureux, qu'il avait possédé de grands troupeaux, qu’il était propriétaire de nombreux villages. Dans les tombeaux de Beni-Hassan, on voit même les jeux auxquels le défunt s’est livré pendant sa vie. Plus tard, il se fit un changement considérable dans les idées des Égyptiens à cet égard, et l’on en vint à ce mysticisme étrange que nous sommes encore loin d’avoir compris, et dont les représentations fantastiques recouvrent les tombeaux des rois.
Après un échange de propos relatifs à des matières d’ordre différent, une question posée par le baron Textor deRavisi, que nous reproduisons ci-après, devint le point de départ d’une nouvelle discussion 1 :
J’ignorais qu'à propos des stèles funéraires, M. Maspero nous ferait l'honneur de développer une partie des questions que je me proposais de traiter. J’ignorais encore qu’à propos du papyrus de Soutimès, M. Naville développerait ces mêmes questions. Par conséquent, je demande à supprimer la lecture de mon mémoire. Cependant, je me permettrai d’interroger les maîtres de la science que nous avons parmi nous, au sujet de la croyance â Y Immortalité de l’âme chez les anciens Égyptiens.
1. On reconnaîtra sans peine qu’une partie considérable des idées exposées dans cette discussion n’ont plus cours aujourd’hui. Les quinze années écoulées depuis lors ont modifié beaucoup les doctrines qui paraissaient alors être établies le plus solidement. On trouvera dans l’article Egyptian Soûls and (hoir Workls, que j’ai reproduit dans ce volume, une doctrine fort différente de celle que je professais alors.
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Tous les congrès sont solidaires ; tous ont pour but d’appeler à eux les principaux savants et de vulgariser leur enseignement. A Saint-Étienne, j’avais soulevé cette question à propos des textes mosaïques. Moïse avait été élevé dans la connaissance de toutes les sciences des Égyptiens, ai-je dit, donc il devait connaître leur système de croyances. Je pensais qu’au point de vue scientifique la solution était trouvée.
M. Chabas, qui me faisait l’honneur d’être mon assesseur, répondit que telle était son opinion, mais qu’il n’avait pas étudié spécialement ce sujet. Il ajoutait que l’immortalité de l’âme n’était pas encore un fait acquis dans le monde égyptologïque.
Je me suis donc mis en correspondance avec plusieurs savants, entre autres MM. Wiedemann et Golénischeff, qui m’ont donné des réponses très intéressantes, et, comme complément de la discussion interrompue à Saint-Étienne, j’ai écrit un Mémoire : l'Ame et le Corps, d’après les textes égyptiens ’. Les deux maîtres de l’égyptologïe qui sont parmi nous pourront mieux traiter la question.
Quant à moi, j’ai trouvé dans les auteurs qu’il y avait, au sujet de l’immortalité de l’âme chez les Égyptiens, une croyance populaire et une croyance philosophique. Dans cette séance, nous n’avons à nous préoccuper que de la question de savoir quelle avait été, à l'époque de Moïse, la croyance des Égyptiens sur V immortalité de l’âme.
A Saint-Étienne, M. Chabas a fait part au Congrès des Maximes du scribe Ani, qui témoignent de théories, de systèmes et d’idées qui détruisent une partie de l’enseignement que nous avons reçu au sujet des Égyptiens, et qui élèvent bien haut leur philosophie.
Voilà donc les croyances des Égyptiens définies vers l’an
1. Les Mémoires de MM. Wiedemann, Golénischeff et Textor de Ravisi ont été publiés dans le Congrès provincial des Orientalistes français de Saint-Étienne : Éggptologie, 1er bulletin, 2e volume, p. 101-100, 143-420.
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1400 avant Jésus-Christ. L’immortalité de l’âme se distingue d’une manière parfaite. M. Maspero nous a dit que dans l’àme il y avait, d’abord, la partie représentant l’idée que nous nous faisons de l’àme en général, et ensuite, une seconde partie sur la nature de laquelle on n’était pas d'accord. Je lui serai reconnaissant de bien vouloir préciser la question, car c’est justement sur cette seconde partie que porte la discussion, notamment au point de vue de l’époque de Moïse.
M. Maspero. — J’éprouve quelque difficulté à répondre à la question que M. Textor de Ravisi a bien voulu me poser. En premier lieu, les mots dont nous nous servons pour rendre les termes égyptiens nous font commettre nombre d’erreurs involontaires. Le courant d’idées qui les a traversés, depuis la mort des religions et des civilisations antiques, a été tellement fort qu’ils en sont restés comme polarisés : nous avons beau vouloir les détourner vers d’autres sens que celui vers lequel ils ont été pliés à la longue, ils finissent toujours par nous échapper et nous ramènent vers les idées qui prévalent aujourd’hui. Si nous parlons du dieu des Égyptiens, nous substituons malgré nous à la conception que les Égyptiens se faisaient du dieu, une conception qui repose « sur l'idée que le mot Dieu éveille en nous. De même pour 1 immortalité de l ame. Notre âme est une substance distincte du corps, et qui, ayant commencé de vivre à un certain moment, ne mourra plus jamais. L'influence que cette définition a sur notre esprit est tellement forte, qu’en recherchant quelle était la nature de l’âme chez les Égyptiens, nous songeons seulement ;'i nous demander s’ils la croyaient mortelle ou immortelle.
Eli bien! oui, les Égyptiens croyaient que l’âme ne mourrait pas. Je ne veux pas dire par là qu’il n’y ait jamais eu en Egypte des hommes isolés, ou même des écoles religieuses, qui ont pensé, qu’après la vie, l'être humain s’anéantissait tout entier. Mais dans le gros, on peut affirmer que les
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Égyptiens ont cru à l’immortalité de l’âme. Ils y croyaient si bien qu’ils la faisaient mourir plusieurs fois, et avaient clans leur enfer des personnages qu’ils .appelaient les deux fois morts. L’idée exprimée de la sorte nous parait sentir étrangement son paradoxe. Vous m’avouerez pourtant que, pour mourir une seconde fois, il faut avoir continué de vivre après être mort la première; pourvu que l’on continue à toujours mourir de la sorte, on peut espérer qu’en tin de compte on aura l’immortalité. Et ici, voyez combien, en appliquant notre conception chrétienne de l’immortalité de l’âme, nous serions exposés à nous tromper. L’immortalité que nos religions concèdent à l’âme l’oblige â ne mourir qu’une fois, pour durer sans jamais plus changer de condition. L’immortalité des Égyptiens était un vivre et un mourir perpétuel, que l’âme traversait en gardant son identité. Et ces vicissitudes, elle ne les subissait point seulement après la vie humaine. Avant de naître â ce monde, elle était née et morte à beaucoup d’autres mondes. La vie terrestre n’est qu’un devenir ( ^ khopir), dans l’ensemble des devenirs ( ^ (jej' khopriou) qui avaient précédé et qui devaient suivre. Élle avait eu un infini de durée avant la naissance : elle avait un infini de durée après la mort. Si j’avais à résumer sa condition d’être en un seul mot, je ne dirais pas qu’elle est immortelle ; j’aimerais mieux dire qu’elle est éternelle.
Après cela, vous m’objecterez que l’Égypte a duré pendant plus de quatre mille ans, et que, dans cet intervalle, une religion a le temps de changer plusieurs fois de dogmes et de principes. Je pense, en effet, qu’on trouverait en Égypte au moins le germe de toutes les théories qu’on a imaginées ailleurs sur la destinée de l’àme humaine. Celle que je viens de vous exposer me paraît avoir été adoptée officiellement sous les dynasties thébaines.
M. Naville, président. — M. Maspero vient de répondre avec beaucoup d’autorité à la question que lui a posée M. le baron de Ravisi.
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Permettez-moi, Messieurs, d’ajouter quelques détails supplémentaires, à propos d’une publication de M. Lefébure, en collaboration de M. Guieysse, intitulée : Le papyrus funéraire cle Soutimès, et que j’ai l’honneur de présenter au Congrès.
La majeure partie des papyrus égyptiens est composée d’une classe particulière de textes que Cliampollion a désignés sous le nom de Rituel et qu'on désigne sous le nom de Livre des Morts. C’est un recueil d’hymnes et de litanies qui étaient censés être récités par le défunt après la mort. On plaçait ces papyrus dans les tombeaux, à côté des momies. Leur nombre est très considérable. Suivant que le personnage était plus ou moins riche, le livre est plus ou moins long; il yen a d’une dizaine de lignes, d’autres forment tout un volume. Ces papyrus apparaissent déjà sous le moyen empire, c’est-à-dire sous les dynasties qui ont précédé la treizième. Le plus ancien texte d’une certaine étendue que nous ayons conservé est déposé au British Muséum. 11 appartient à une reine de la onzième dynastie; mais c’est sous la dix-huitième et la dix-neuxième dynastie qu’on se mit à copier des Rituels en grand nombre, et que l’usage se répandit de les déposer dans les tombeaux. Aussi les fouilles faites en diverses parties de l’Égypte, et surtout dans les nécropoles de Thèbes et de Memphis, en ont fait retrouver beaucoup et de fort beaux, qui sont aujourd’hui disséminés dans les divers musées d’Europe.
Le premier savant qui étudia le Livre des Morts ce fut Cliampollion. qui examina surtout un papyrus du musée de Turin, de date récente, puisqu’il ne remonte guère qu’au règne des Psammétiques. Ce papyrus a été publié, en 1842, par M. Lepsius.et a servi jusqu’ici de base à toutes les études qui ont été faites sur le Livre des Morts.
Il importe maintenant de reconstituer le texte tel qu’il devait être à une époque plus ancienne, sous le règne des Thothmès et des Aménophis, où l’Égypte fut à l’apogée de
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sa gloire. Avec le temps, le Livre des Morts s’est dénaturé ; des interpolations souvent étranges s’y sont glissées, des chapitres entiers se sont perdus; d’autres, au contraire, sont venus s’y ajouter. La copie du texte sacré n’était évidemment, pour beaucoup de scribes, qu’une affaire d’industrie. Tous ne comprenaient pas, loin de là, l’écriture hiéroglyphique dont ils avaient à tracer les signes. Quelques- uns étaient fort habiles à dessiner les vignettes, à faire des illustrations qu’on payait probablement fort cher ; mais ces scribes n’étaient point consciencieux dans la reproduction du texte, dont la correction leur était assez indifférente. Il en résulte qu’il y a des différences considérables dans la valeur des textes écrits à peu près à la même époque, et que, pour avoir le Livre des Morts des grandes dynasties thébaines, il faut nécessairement faire une comparaison minutieuse des divers exemplaires qui nous ont été conservés. Ce travail, qui a été décidé par le Congrès de Londres, est actuellement en voie d’exécution, et j’espère que le prochain Congrès international en verra l’achèvement.
Le Livre des Morts est composé d’hymnes et de prières sans lien immédiat, rangés dans un ordre (pii nous parait tout à fait arbitraire, et qui diffère suivant la date du papyrus. Parmi tous ces morceaux détachés, il en est un qui présente un intérêt particulier, c’est la scène du jugement, ou, comme on l'appelle d’ordinaire, de la psycliostasie. Le défunt est introduit dans une salle à colonnes au fond de laquelle le dieu Osiris est assis sur un trône. Ce dieu, le plus intéressant du panthéon égyptien, est le président d’une cour de justice composée de quatre juges, assistés de quarante-deux témoins. Au centre de la salle est une balance, dans l’un des plateaux de laquelle on dépose lecœur du mort, tandis qu’en face, dans l’autre plateau, se trouve l’emblème de la déesse Vérité. Pendant que l'on pèse son cœur, le défunt interpelle successivement chacun des quarante-deux témoins, et déclare qu’il n’a point commis celui des quarante-deux péchés capitaux
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qui préoccupe particulièrement le génie auquel il s’adresse.
En voici quelques exemples que je prends au hasard dans la traduction de M. Lefébure :
O grand marcheur sorti d'An ! — Je n’ai pas commis d’iniquité. O Feu enveloppant sorti de Kherau ! — Je n’ai pas tourmenté.
O Décorateur d’ombres sorti de la caverne ! — Je n’ai pas volé- O Double lion sorti du ciel ! — Je n’ai pas gâté les récoltes.
et ainsi de suite jusqu’à quarante-deux. Chose étrange ! les quarante-deux péchés ne sont pas les mêmes dans tous les textes ; il en est qui ne se trouvent pas dans le papyrus de Soutimès et qui ont un caractère tout à fait égyptien ; ce sont ceux qui concernent le régime des eaux. On comprend que l’Égypte qui, comme le dit Hérodote, est un don du Nil, et qui doit au fleuve son existence même, on comprend, dis-je, qu’elle ait donné une grande importance à tout ce qui touchait à l’irrigation du pays. C’était une faute grave que d'enfreindre les lois ou les usages qui réglaient la distribution. Rien de plus naturel donc, dans cette justification solennelle, que d’entendre le défunt déclarer qu’il n’a point détourné un ruisseau dans son cours, ou qu’il n’a point pratiqué de prise d’eau sur un canal auquel il n’avait pas droit.
Il en est de la Confession négative comme de tout le Livre des Morts. Nous n’en avons qu’une intelligence très imparfaite. Le langage est empreint de ce mysticisme bizarre que nous signalions naguère dans les tombeaux, et dont nous n’avons pas encore la clef. Cependant, et ceci me ramène à la belle publication à propos de laquelle je me suis permis cette longue digression, la traduction qui accompagne les planches du papyrus de Soutimès, et qui est due à M. Lefébure, doit être considérée comme remarquablement réussie et faite d’après les principes d’une saine méthode philologique. C’est, de plus, la traduction la plus considérable qui ait été tentée depuis longtemps. Nous avons jusqu’à présent une seule version complète du Livre des Morts; elle est en anglais,
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c’est M. le Dr Birch qui en est l’auteur \ Mais ce travail, qui était un grand progrès à l’époque où il parut, est maintenant fort dépassé. Depuis lors, M. Brugscli a fait une nouvelle tentative, mais il s’est arrêté à la fin du quinzième chapitre. Nous possédons aussi la belle traduction, due à la plume du regretté M. Devéria, d’un papyrus du Louvre, publiée par les soins de M. Pierret. C’est à côté de ce travail que vient se placer celui de M. Lcfébure ; les deux textes se complètent mutuellement, et la comparaison entre les traductions des deux auteurs est aussi instructive qu’intéressante. Encore une fois, nous ne pouvons que féliciter M. Lcfébure de la manière distinguée dont il s’est acquitté de cette tâche difficile.
M. l’abbé de Meissas. — Les quelques mots que j’aurai à dire se rapportent à la croyance des Égyptiens sur l’immortalité de lame. M - le baron Textor de Ravisi aposé, à ce sujet, une question à M. Maspero, qui a répondu (pie cette croyance ne pouvait être définie avec précision. Il me semble pourtant que cette question pourrait être posée dans des termes que tout le monde comprendrait, et c’est dans ces termes que je prétends la poser. Le Congrès ne devrait pas clore la séance d'aujourd'hui sans l’avoir résolue. Il faut se demander si la destinée de l’homme se borne à la vie présente, si elle finit avec la mort, ou bien s’il y a une substance qu’on appelle lame, qui ne partage pas les conditions ducorps qui l’a servie, ou bien, d’une manière plus générale, si la destinée de l’homme dure au delà de la vie présente, ou bien si elle se perd dansle vague, comme, par exemple, chezles bouddhistes. C’est dans ce sens que je voudrais voir résoudre la question au point de vue de la religion des Égyptiens, a savoir, si la vie de l’homme se prolonge dans une autre vie future ayant principalement pour but de châtier les méchants et de récompenser les bons. Je crois que les illustres maîtres qui sont
1. Depuis lors, nous avons eu la traduction de M. Pierret, le Licrc des Morts des Anciens Égyptiens, in-Sn. Paris, Leroux, 1882, ix 661 p.
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parmi nous pourront répondre que telle a été la croyance des Égyptiens, comme celle de la plus grande partie des peuples.
M. Naville, président. — A la question posée dans ces termes par M. l’abbé de Meissas, voici ce que je crois pouvoir répondre : Dans aucun texte égyptien, à ma connaissance, il n’est dit que la vie de l’ame finisse avec la vie terrestre. Au contraire, nous trouvons surtout le besoin de durer au delà de cette terre et même de conserver son corps à l’abri de la corruption. C’est là l’origine de l’embaumement et même des grandes constructions funéraires, telles que les pyramides. Nous savons donc que les Égyptiens croyaient à une vie future, et M . Maspero est certainement du même avis que moi sur ce point. Mais qu’était cette vie future? Quelles étaient les transformations par lesquelles l’âme devait passer? c’est là une question très complexe à laquelle nous ne pouvons pas toujours donner une réponse précise.
Il y a, à cet égard, suivant les époques, des doctrines différentes que nous avons quelquefois à concilier. Ainsi, la doctrine philosophique de la dix-neuvième dynastie, celle des prêtres, avait une grande analogie avec ce que nous appelons le panthéisme. Elle faisait espérer aux hommes qu’après leur mort, leur âme pourrait s’assimiler avec le dieu Rà, au point de ne plus former qu’un seul être avec lui. Et cependant, les papyrus du Livre des Morts nous enseignent qu’à la même époque on croyait au jugement devant Osiris, on croyait à cette loi morale d’une grande élévation dont la Con fession négative est l’expression ; la distinction entre le bien et le mal était établie de la manière la plus catégorique ; l’homme était responsable de ses actions et devait en porter les conséquences. Tout cela, à première vue, parait être en contradiction avec la doctrine panthéiste des prêtres; néanmoins, ces deux doctrines vivaient côte à côte, comme dans le bouddhisme. D’autres morceaux du Livre des Morts nous renseignent sur l’état de l’homme après la mort. Nous y voyons la scène des Champs-Élysées ou des Aalous, où le défunt cultive
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en paix ses champs arrosés par le fleuve céleste ; ailleurs, il prend des formes d’animaux ou de génies, il passe par des séries de portes mystérieuses, ou même il se repose dans le palais d’Osiris en jouant aux dames. Il me semble donc qu’aucun peuple n'a jamais été si constamment préoccupé de ce qu’il y a au delà de cette vie que les Égyptiens.
M. Maspero. — La notion de l’immortalilé de l’âme implique la croyance à une durée infinie d’une substance qui naît et ne meurt plus après sa naissance. En Égypte, certains textes semblent indiquer que l’âme était éternelle, c’est-à-dire qu’elle n’avait pas eu de commencement et qu’elle ne finissait pas. D’autres textes, au contraire, paraissent montrer qu’on ne savait ce que devenait l’âme après la mort, ou ne font que des allusions désespérées à la vie future. Sur un monument d’époque ptolémaïque, une femme est censée s’adresser à son mari pour lui recommander de jouir de la vie aussi longtemps qu’il le peut, car « YAmentît est une terre de sommeil et de ténèbres lourdes1 2. » Un chant, attribué à un roi de la onzième dynastie, renferme une véritable profession de foi épicurienne : la mort enlevant tout, il faut profiter de la vie h Mais ceci n’est qu’un accident, et les idées exprimées dans ces morceaux ne peuvent être considérées comme formant une doctrine religieuse.
J’en reviens à ce que je disais au début: chez les Égyptiens, l’âme ne naissait pas plus quelle ne mourait. Notre définition à nous porte sur une âme, — je demande pardon des termes dont je me sers, — qui naît à un moment donné pour ne plus mourir.
M. l’abbé de Meissas. — L’honorable M. Maspero nous a cité des textes matérialistes de l’Égypte. Comme ecclésiastique, — et si M. l’abbé Guinand est ici, il se joindra à moi, — je dois protester contre toutes les idées matérialistes. Quand