I. — Fouilles de Thèbes
Thèbes a toujours la meilleure part du temps dont je dispose. Au moment de la quitter en 1885, tout le quartier méridional du temple de Louxor et le côté est de la première cour avaient été déblayés, mais beaucoup de maisons restaient encore debout sur d’autres points, entre autres celle
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clu trop fameux Moustapha Agha Ayât. Lorsque je voulus en indemniser les propriétaires, je m’aperçus que la plupart d’entre elles n’étaient pas inscrites sur le premier cadastre, par oubli ou de parti pris, je ne sais. Je fus obligé de réclamer une enquête, et ma demande, chaleureusement appuyée par notre confrère, le colonel Scott Moncrieff, amena, après de longs mois d’attente la nomination d'une commission nouvelle queprésidait le moudirdeQénéh. Les opérations, menées avec énergie par Mohammed Bey Bédaouy, ouékil de la moudiriéh, furent terminées promptement. Le rapport concluait à l’achat d’une trentaine de maisons, dont le prix, joint à celui des maisons désignées précédemment, fit monter l’ensemble des frais prévus pour l’expropriation au chiffre de seize cents livres égyptiennes. La somme était forte, trop forte pour notre budget : à la requête de M. Moncrieff, le Ministère des travaux publics se chargea de la payer, mais en deux fois. Les maisons qui encombraient la grande colonnade et le flanc ouest du temple durent être évacuées surle-champ, j usques et y compris la maison de Moustapha Aglia. Les autres tomberont l’an prochain, et il ne restera plus alors dans l’enceinte antique d’autre édifice moderne que la mosquée d’Abou’l Haggag. Si rapidement que ces décisions eussent été prises, les travaux de la commission, la correspondance avec le Ministère, les allées et venues à la moudiriéh avaient duré près de deux mois; les premières maisons ne me furent livrées que vers le milieu de mars. Le déblayement n’aurait donc fait aucun progrès, si, dès mon arrivée en janvier, je ne m’étais occupé de désintéresser deux ou trois des propriétaires sur les fonds de la souscription française. Le pâté de masures, qui s’avancait comme un coin entre la grande colonnade et la cour de Ramsès II sur l’emplacement présumé du second pylône, fut acheté de la sorte, puis démoli et le terrain livré aux chercheurs de sébakh. Dès les premiers jours de février, les derniers obstacles qui empêchaient les visiteurs d’aller en droite ligne
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d’un bout du temple à l’autre étaient abattus et les ouvriers volontaires avaient descendu de trois mètres le niveau du sol. Ils ne tardèrent pas à découvrir des fûts de colonnes été tés, et. dans l’espace qui les séparait, des statues en granit de haute taille. Toutes étaient mutilées à l’exception d’une seule, qui, placée dans l’angle sud-est du portique, avait été enterrée de bonne heure sous des masses de terre et de décombres. Une architrave ou un bloc détaché du plafond l'avait atteinte à la tête en tombant et lui avait enlevé le pschent qui la couronnait, mais sans toucher au reste de la coiffure. Elle représente Ramsès II jeune, dans l’attitude de la marche : une petite figure de reine est debout contre la jambe gauche, selon l’usage. La tête est souriante, le modelé du torse et des bras bien étudié, l’ensemble laisse une impression de force et de majesté souveraine. Au moment où je quittai Louxor, les fouilleurs n’étaient pas encore parvenus au piédestal, mais le colosse était assez dégagé pour qu’on jugeât de la taille : il mesure cinq mètres deh aut et peut-être davantage. Les recherches de l’année auraient produit ce seul chef-d’œuvre que je me considérerais comme amplement dédommagé de mes peines b J’ai déjà expliqué pourquoi une exploration méthodique de la nécropole thébaine n’est pas possible en ce moment. Les ruines et les sables s’y sont accumulés en certains endroits à des hauteurs telles que ce ne serait pas trop d’un million de francs pour nettoyer les principaux sites et transporter les déblais au Nil. Laute d’argent, on en a été réduit à jeter vers la droite ce qu’on enlevait sur la gauche, et à combler des tombeaux et des puits pour en vider d’autres. Les réis et les survivants des grandes campagnes de 1860 et 1861 ont perdu le souvenir exact des localités qu'ils avaient nettoyées, puis encombrées de la sorte, et en travaillant moi-même aux frais
1. La statue a été reproduite dans Maspero, Archéologie Égyptienne, p. 223, fig. 196.
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du budget, j’aurais été exposé à refaire les fouilles de Mariette, sans profit pour la science ni pour le Musée. Je me suis donc décidé à n’entreprendre les recherches que de compte à demi avec les fellahs, et ce procédé nous a valu cette année-ci encore des succès inespérés. Ce fut d’abord une demi-douzaine de tombeaux groupés sur l’une des dernières ondulations des collines qui bordent l’Assassif. Tous avaient été violés dès l’antiquité et avaient été habités au moyen âge : les cloisons de rochers qui les séparaient ont été percées, quelquefois abattues en partie, pour permettre aux habitants de circuler de pièce en pièce; celles qui subsistent sont noircies par la fumée des foyers et des lampes, et c’est vraiment dommage, car elles étaient couvertes de sculptures peintes d’une perfection merveilleuse. C’est le style de la XVIIT dynastie dans toute son élégance , et de fait les personnages qui étaient jadis enterrés en cet endroit ont tous vécu sous Thoutmosis III et sous ses successeurs immédiats. Ils avaient pour la plupart rempli des charges importantes et leurs fonctions les avaient mis en contact avec les peuples étrangers. Un d’eux a fait graver une série de scènes qui paraissent se rattacher à quelque épisode de conquête: des ennemis liés sont amenés devant lui puis étranglés. Est-ce simplement la commémoration d’un massacre de prisonniers? Ne doit-on pas reconnaître plutôt une mention de sacrifice humain, peut-être funéraire? Le tableau a-t-il un sens mystique et se rapporte-t-il à quelque péripétie de la vie d'outre-tombe? Le mur sur lequel la scène avait été gravée a été photographié soigneusement par un voyageur hollandais, M. Insinger, et M. Bouriant nous dira bientôt ce que l’examen attentif des légendes lui aura révélé à ce sujet1. Des fragments d’une chasse au désert qui jonchaient le sol ont été ramassés non loin de là, et sont aujourd’hui au Musée de Boulaq. D’autres
1. C’est le tombeau de Montouhikhopchauf que j’ai publié dans le t. v des Mémoires de la mission française , consacré aux tombeaux thébains.
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tombes, situées dans l' Assassif même et sur le versant septentrional de la colline de Sheikh Abd-el-Gournah, appartiennent à la XXe dynastie et sont très endommagées. Elles renfermaient pourtant une centaine au moins de figurines revêtues du même émail bleu clair qui décore celles de Déir el-Baharî. Les fellahs, nos associés, à qui je les avais abandonnées presque toutes afin de les payer de leurs peines, ont profité de la ressemblance pour les vendre aux touristes en grand mystère, comme provenant de la cachette où reposaient les momies royales. Les personnes qui savent assez d’hiéroglyphes pour lire un nom propre reconnaîtront aisément la fraude. Les vieux morts qui possédaient ce charmant émail s’appelaient Nakhti, Tentamon, Nsiamon, Khonsou, et n’avaient rien de commun avec les souverains des dynasties royales, ni avec la famille des grands prêtres d’Amon, seulement ils faisaient leur provision de figurines à la même fabrique où Pinotmou II et ses descendants achetaient les leurs.
Le 31 janvier, le Sheikh Omar de Gournah, l’un des plus habiles parmi les agents volontaires de nos fouilles, vint nous prévenir précipitamment qu’il avait découvert une tombe vierge. A une centaine de mètres au sud de Déir el-
Médinèh, dans le vallon qui court entre la colline de Gournét- Mourraï et le rebord du plateau libyque, les employés du quartier funéraire nommé Isit Meut j J], la maison vraie, avaient réservé pour leur usage personnel une vaste étendue de terrain, que les Coptes envahirent à l’époque byzantine, et où ils construisirent un hameau aujourd’hui ruiné. Cette localité, exploitée au commencement de notre siècle par les pourvoyeurs de Drovetti, de Sait, de Mimaut, de Wilkinson, avait été négligée depuis lors. On y était revenu dans ces derniers temps, et les longs travaux que j’y fis exécuter en 1886, pour enlever le cercueil de la reine Nitocris ’, déei-
1. Bulletin de l'Institut Égyptien, 1885, p. 48. et p. 184 du présent volume.
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dèrent le slieikli Omar et ses associés à y transporter leurs équipes d’ouvriers. Leurs premiers efforts ne furent pas heureux : tous les hypogées qu’ils mirent au jour avaient été violés puis habités au moyen âge, et la décoration détruite ou empâtée par la fumée. La trouvaille d’un tombeau intact était donc un événement inespéré. Elle m’émut d’autant plus que la description sommaire donnée par le sheikli Omar semblait annoncer un monument de la XXe dynastie ; nul Égyptologue n’avait eu jusqu’alors la bonne fortune de pénétrer dans un tombeau inviolé de cette époque et d’y constater la disposition des objets. Le nazir du Musée, Mohammed Effendi Khourchid, fut détaché â la hâte pour suspendre les travaux, et nous ne tardâmes pas â le suivre, M. Bouriant et moi et le reste de nos compagnons. On rencontre d’abord un puits carré ouvrant à ciel ouvert, taillé partie dans la roche, partie dans le sable mêlé d’éclats de pierre qui forme le sol meuble de la vallée. Il n’a guère que trois mètres quatre-vingts de profondeur et donne accès dans une chambre brute presque carrée. Une porte, pratiquée dans la paroi du fond, conduit par une pente douce et une poterne basse, analogue à celle du tombeau d’Harhotpou ' , â la chambre funéraire proprement dite. Elle était encore fermée au moment de la découverte, et l’empreinte du sceau du prêtre qui en était sorti le dernier, il y a trois mille ans, était encore intacte. Le battant, enlevé avec précaution, fait aujourd’hui l’ornement de notre Musée à Boulaq. Il est en bois stuqué, peint en jaune, et couvert sur les deux faces de scènes où le maître du tombeau et sa femme jouent le premier rôle. Le caveau a environ cinq mètres et demi de long sur deux et demi de large. Il est voûté, en forme de four et bariolé des plus vives couleurs ; malheureusement les peintures et les textes ne sont que des extraits du Livre des Morts. Des deux côtés de la porte,
1. Cf. Bulletin de l'Institut Égyptien, 1885, p. 44, et p. 180-183 du présent volume.
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des tableaux relatifs aux funérailles et à l’arrivée du mort dans le monde surnaturel : la momie étendue sur son lit funèbre, les gardiens des dix pylônes infernaux et le banquet de famille. Le mort était domestique (des rois défunts) dans l'Isit Meut et s’appelait Sennotmou : sa femme était la dame Inofriti. Les parents et les alliés qui leur rendent les derniers devoirs sont énumérés l’un après l’autre : le domestique de l’Isit Màït à l'ouest de Thèbes Khâbokhnit, sa sœur la dame Sâliou, Bounaklitif, Ràhotpou, Irioutnofir, Khonsou, Ramsès, Ânhotpou, Râskhou. Quelques-uns de ces personnages sont connus par ailleurs : ainsi Khâbokhnit, dont le Musée Britannique possède une stèle1. La plupart d’entre eux avaient été ensevelis avec Sennotmou, et leurs momies remplissaient le tombeau au moment de la découverte. Sennotmou et sa femme leur avaient donné l’hospitalité à eux et à tout leur appareil funéraire. Les cercueils étaient empilés l’un sur l’autre, au nombre de onze, huit d’adultes et trois d’enfants, dont deux nouveau-nés. Ils sont tous de belle forme et recouverts d’un vernis superbe, rouge ou jaune : les peintures et les légendes sont finies avec un soin minutieux. Cinq d’entre eux contiennent un second cercueil, dont le couvercle représente le mort, non plus enchaîné dans sa gaine, mais paré de ses bijoux et vêtu de l’habit civil, le jupon ou la robe à manches flottantes, brodée et frangée de fils colorés : la dame Inofriti tient à la main une guirlande de lierre peint qui lui retombe sur les genoux. Les momies sont d’une bonne facture, mais sans autre ornement qu’un long collier de verroterie. Le mobilier est le plus curieux du monde, et, comme c’est le premier que des Européens aient trouvé encore en place depuis plus d’un demi-siècle, je me suis appliqué à en dresser l’inventaire aussi complet que possible. Les pièces les plus importantes sont deux traîneaux superbes, sur lesquels on avait mené les
1. Maspero, Rapport sur une mission en Italie, dans le Recueil de tracaux, t. n, p. 189-190.
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morts à l’hypogée. On connaissait les traîneaux par les peintures qui nous les montrent, tantôt chargés sur les épaules des parents, des amis ou des esclaves, tantôt tirés par des attelages d’hommes ou de bœufs. Le Rituel exigeait en effet que le corps quittât cette terre sur les bras de ses proches, mais comme le chemin était long de la maison mortuaire à la tombe, et que l’appareil funèbre pesait lourd, on avait eu recours à un subterfuge, qui sauvegardait à la fois les intérêts de la loi religieuse et les forces des affligés. Le traîneau était porté pendant quelques minutes, puis posé à terre et mené par les bœufs ; d’ordinaire c’était la bête ou les bêtes du sacrifice qu’on employait à cet office. Il était descendu dans la tombe et y restait quand la famille était assez riche pour en payer la valeur. Les Arabes ont l’habitude de briser ceux qu’ils découvrent : ils en vendent les panneaux peints aux voyageurs, comme débris de cercueil, et se servent des parties non décorées en guise de bois à brûler. C’est là ce qui explique l’extrême rareté de ces objets et de beaucoup d’autres du même genre : les fouilleurs, n’en connaissant ni l’usage ni la valeur, ou ne les recueillent pas ou les détruisent. Les deux nôtres sont d’une conservation merveilleuse. Le plancher est établi sur deux poutres épaisses recourbées en avant, munies en dessous de deux anneaux en bois rapporté, où passaient les bâtons destinés à enlever l’appareil et à le soutenir, pendant les quelques minutes qu’il demeurait sur les épaules de la famille ou des amis. Deux trous, pratiqués dans les façons courbes de l’avant, recevaient les cordes de traction. Un d’eux conserve quelques fragments de la corde : elle était en fibre de palmier et grosse à peine comme le petit doigt. Le cercueil placé, on l’entourait de panneaux mobiles, hauts d'un mètre et plus, qu’on fixait au moyen de chevilles insérées dans des trous ménagés d’avance . puis on recouvrait le tout d’un couvercle à corniche, qui donnait à l’ensemble l’aspect d’un petit temple, sans porte ni ouverture d’aucune
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sorte. Les deux catafalques appartenaient à Senuotmou et à sa femme. Un des cercueils, celui de Khonsou, était placé sur un lit, le troisième que je recueille en trois ans. C’est un cadre en bois, long, monté sur des pieds très bas et barbouillé de blanc : deux serpents, l’un à tête de chacal , sont dessinés au noir sur les côtés. Senuotmou avait pour s’asseoir un beau fauteuil, deux tabourets à quatre pieds avec fond de toile peinte imitant la tapisserie, un pliant. A première vue, on croirait qu’il était fort riche de son vivant ; mais à considérer les choses de plus près, on s’aperçoit que ses meubles sont en bois commun, et que les incrustations d’ivoire, de pierres et de métaux précieux dont ils paraissent être couverts, ne sont que pur trompe-l’œil. Son luxe est avant tout un luxe économique. De même, les boites à figurines et les coffrets à bijoux : ce ne sont que des contrefaçons habilement combinées des boites et coffrets de prix, dont les grands propriétaires se servaient pendant la vie et après la mort. Du moins les figurines sont-elles du meilleur travail. Elles étaient au nombre de cent, en bois, en terre cuite, en calcaire, les unes hautes de dix centimètres à peine, les autres de trente ou trente-cinq centimètres. Une douzaine environ étaient couchées dans de petits cercueils en calcaire blanc, chargés d’inscriptions. Je confondis d’abord avec elles quatre cercueils de même style, mais longs de quarante centimètres, et qui étaient enveloppés d’une toile fine cousue et sans légende. Mais quand j’eus déroulé et ouvert l’un d’eux, je m’aperçus qu’ils contenaient les viscères et remplaçaient les canopes. Ce n’est pas la première fois, tant s’en faut, qu’on rencontre le cœur, le foie et les parties internes du corps dans des réceptacles où on ne les cachait pas d’ordinaire, dans des coffres en bois, dans des statuettes creuses d’Osiris, dans des vases à liqueurs ou à parfums : c’est la première fois, si je ne me trompe, qu’on les trouve dans des cercueils à figurines. On avait joint à ces objets de première nécessité des gargoulettes en terre commune, habillées au pinceau de fleurs.
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de feuillages et de bandes concentriques, des bouquets de lotus montés sur tiges de palmiers, comme ceux qu’on voit dans les tableaux qui représentent le convoi des gens riches ou aisés, des paniers en paille tressée, pleins de pains et de fruits secs. Le mort avait emporté avec lui ses instruments de travail, sa coudée, son équerre, un niveau de maçon triangulaire avec son peson, un autre niveau de forme plus compliquée, destiné au même usage auquel nous employons nos niveaux d’eau à bulle d’air. On avait poussé l’attention jusqu’à lui fournir un rudiment de bibliothèque : car un grand éclat de pierre, long d’un mètre et écrit avec soin, gisait en deux morceaux à côté de son cercueil '. Ce n’est pas la pièce la moins précieuse de la trouvaille, car il nous a rendu les premières lignes des Mémoires de l’aventurier Sinouliit, qui manquaient au Papyrus de Berlin n° 2. Sennotmou aimait probablement à lire des romans pendant sa vie, et on a voulu lui procurer cette distraction, comme après sa mort on assurait à d’autres le plaisir de jouer aux dames ou au solitaire, à la balle et à la poupée, quand il s’agissait de petits enfants. On a écrit soigneusement pour lui les premières lignes du conte de Sinouliit, puis on a cassé la pierre sur laquelle la copie était tracée ; on l’a tuée de la sorte et son double est allé rejoindre le double de l’homme qu’elle devait divertir. Beaucoup des ostraca qui nous ont conservé des fragments de contes ou de morceaux littéraires passaient pour provenir de tombeaux; mais, comme cette attribution ne reposait que sur le témoignage toujours suspect des Arabes, on l’avait révoquée en doute et écartée presque complètement. Le fait est aujourd’hui assuré, êt l’explication que j’en propose est la plus plausible : on donnait des livres aux morts comme on leur donnait des provisions de bouche, des vêtements, des outils, des armes
1. Maspero, Les premières lignes des Mémoires de Sinouhit, restituées d’après Vostracon 27419 du Musée de Boulaq, dans les Mémoires de l’Institut Égyptien , t. ii, p. 1-3.
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et des jouets, pour flatter leur goût et pour leur prêter la nourriture de l’esprit en même temps qu’on leur procurait celle du corps 1 .