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Pinotmou, fils du premier prophète d’Amon Piônkhi, le scribe du temple Zosersoukhonsou, et le scribe de la nécropole Boutehamon, allèrent restaurer le défunt roi Ousirmarî-Miamoun et l’établir pour l’éternité. » Ce c|u’on avait pris jusqu’alors pour Nofritari était donc le cadavre de Ramsès III, et la momie anonyme était sans doute Nofritari. Ce point constaté, Ramsès III fut dressé sur ses pieds et photographié dans son costume de bandelettes. Si courte que fût la pose, elle parut longue encore au gré des spectateurs. La péripétie qui substituait un des grands conquérants de l’Égypte â la reine la plus vénérée de la XVIIIe dynastie les avait surpris et excités au plus haut degré : le dépouillement recommença au milieu de l'impatience générale. Tous avaient quitté leur place et se pressaient pêle-mêle autour des opérateurs. Trois épaisseurs de bandelettes disparurent rapidement, puis on fut arrêté par un maillot de canevas cousu et enduit de poix, puis, cette gaine fendue à coups de ciseau, de nouvelles couches de linge se firent jour à travers l’ouverture ; la momie semblait fondre et se dérober sous nos doigts. Quelques-unes des toiles portaient des tableaux et des légendes à l’encre noire : le dieu Amon est assis sur son trône, et, au-dessus, une ligne d’hiéroglyphes nous apprend que cette bandelette a été fabriquée et offerte par un dévot du temps ou par une princesse de sang royal, « par la dame chanteuse d’Amon- Râ, roi des dieux, Faitâatnimout, fille du premier prophète d’Amon, Piônkhi, pour que le dieu Amon lui accordât vie, santé et force. » Deux pectoraux se dissimulaient sous les plis de l’étoffe : le premier, en bois doré, n’avait que la représentation ordinaire d’Isis et Nephthys adorant le Soleil ; mais l’autre, en or pur, était de Ramsès III. Une dernière gaine de canevas poissé, un dernier linceul de toile rouge, un désappointement vivement ressenti par l’assistance : la face était noyée dans une masse compacte de goudron qui empêchait de distinguer les traits. A onze heures vingt minutes, S. A. le Khédive quitta la salle.

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Les opérations furent reprises dans l’après-midi du même jour et dans la matinée du jeudi 3 juin. Un nouvel examen des bandelettes a permis de reconnaître des inscriptions sur deux d’entre elles ; la première est de l’an IX, la seconde de l’an X du grand prêtre d’Amon, Pinotmou Ier. Le goudron, attaqué prudemment au ciseau par M. Alexandre Barsanti, sculpteur adjoint au Musée, se détacha peu à peu. Les traits sont moins bien conservés que ceux de Ramsès II ; on peut cependant recomposer jusqu’à un certain point le portrait du conquérant. La tête et la face sont rasées de près et ne montrent aucune trace de cheveux ou de barbe. Le front, sans être ni très large, ni très haut, est mieux proportionné que celui de Ramsès II ; l’arcade sourcilière est moins forte, les pommettes sont moins saillantes, le nez moins arqué, le menton et la mâchoire moins lourds. Les yeux étaient peutêtre plus grands, mais on ne peut rien affirmer à cet égard : les paupières avaient été arrachées, la cavité avait été vidée, puis remplie de chiffons. L’oreille est moins écartée du crâne, que celle de Ramsès II; elle est percée pour recevoir des pendants. La bouche est démesurément grande, les lèvres minces laissent apercevoir des dents blanches et bien rangées; la première molaire de droite semble s’être brisée à moitié ou s’être usée plus vite que les autres. Le corps, vigoureux et bien musclé, est celui d’un homme de soixante ou soixantecinq ans. La peau ridée forme derrière la nuque, sous le menton, aux hanches, aux articulations, des plis énormes imbriqués l'un sur l’autre ; le roi était obèse au moment de la mort. Bref, Ramsès III est comme une imitation réduite et floue de Ramsès II ; la physionomie est plus fine et, somme toute, plus intelligente, mais la taille est moins haute, les épaules sont moins larges, la vigueur était moindre. Ce qu’il était lui-même à la personne, son règne l’est au règne de Ramsès II : des guerres, non plus à distance, en Syrie ou en Ethiopie, mais aux bouches du Nil et sur les frontières de l’Egypte, des constructions, mais de mauvais style etd’exé-

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cution hâtive, une piété aussi fastueuse, mais avec des ressources moindres, une vanité aussi effrénée, et un désir tel de copier en tout son illustre prédécesseur qu’il donna à ses fils les noms des fils de Ramsès II et presque dans le même ordre.

Les deux momies replacées dans leurs cages après une légère préparation seront désormais exposées à visage découvert comme celle du prêtre Nibsoni.

Les opérations ainsi commencées ne s’arrêtèrent plus. Ap rès Ramsès II et III, ce fut le tour de Séti Ier et de Soqnounri, puis celui d’Alnnos Ier et des grands prêtres d’Amon. Un mois entier suffit à déshabiller tous ces Pharaons, à les mesurer, à les décrire, à leur arranger une dernière toilette qui les rendit propres à figurer décemment dans le Musée.

Ils se partagent naturellement en deux groupes, distingués l’un de l’autre par l’apparence extérieure, par la façon dont les linges sont placés autour du corps, par la pose et l’aspect de la momie. D’un côté, sont rangés les pharaons de la XVIIe, de la XVIIIe et de la XIXe dynastie, depuis Soqnounrî jusqu’à Ramsès II ; de l’autre, ceux de la XXe et les grands prêtres d’Amon depuis Ramsès III jusqu’à Pinotmou III. Les cercueils du premier groupe sont d’ordinaire assez simples. Le plus vieux, celui de Soqnounri, est trapu, lourd, recouvert d’une couche de stuc blanc jadis doré ; la tête et la coiffure sont peintes en jaune. Ceux d’Amenliotpou Ier et de son petit-fils Thoutmosis II sont à fond blanc, sauf la tête qui est enduite de jaune clair. Us ont la figure souriante, presque joyeuse : le mort voudrait bien nous laisser croire qu’il est content de son état. La reine Nofritari et sa fille Ahhotpou étaient enfermées dans des espèces de statues gigantesques, hautes de plus de trois mètres. Séti Ier

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avait des yeux d’émail incrustés, et une caisse en forme de momie, barbouillée de blanc ; Ramsès II, une caisse de bois nu, sans peinture. Dès qu’on passe au deuxième groupe, le décor extérieur change complètement. Les momies ont double et triple cercueil, et chaque cercueil est décoré avec un soin minutieux. On les glace presque tous de ce vernis jaunâtre, dont l’usage devint général vers la fin de la XIXe dynastie. La face et les mains sont ou dorées ou revêtues d’une feuille de cuivre doré: la tête est ciselée avec amour et reproduit le portrait du personnage. Les couvercles et les cuves se chargent de scènes et de légendes dessinées et enluminées avec soin. La reine Notmit, mère du pharaon Hrilior, se distingue entre tous par la splendeur de son appareil funèbre. Une feuille d’or recouvre chacun de ses deux cercueils à l’exception de la coiffure et de quelques détails; les hiéroglyphes et les figures de l’ornementation sont formés de menus fragments de pierres précieuses et d’émaux enchâssés dans l’or. La simplicité des grands morts ne s’explique pas bien du premier coup, surtout si on la rapproche du luxe que ces roitelets obscurs ont déployé pour décorer leurs piètres personnes. Il faut se rendre à Tlièbes même, au lieu de leur sépulture, pour en comprendre la raison. Séti I01', Ramsès II, Ramsès III, employèrent ce qu’ils avaient de ressources et d’énergie à se creuser un hypogée enfoui profondément dans la montagne. Les parois en étaient sculptées ou peintes, le sarcophage était taillé dans un bloc immense de granit ou d’albâtre ouvré finement; peu importait que le bois où dormait la momie fût peu ou point décoré. Les grands prêtres d’Amon et ceux de leur famille n’avaient point, comme les conquérants qui les avaient précédés, la faculté de puiser indéfiniment dans les trésors de l’Egypte et des pays voisins. Leur pouvoir ne s’étendait que sur une partie de la vallée du Nil, leurs sujets étaient pauvres, leur budget médiocre ne leur permettait pas d’entreprendre de longs travaux : ils renoncèrent à se préparer des tombes

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monumentales et dépensèrent ce qui leur restait d’argent à se fabriquer de belles caisses en sycomore. Le luxe de leurs cercueils n’est, en résumé, qu’une preuve de plus à joindre aux preuves déjà nombreuses que nous avons de leur faiblesse et de leur pauvreté.

Les momies du premier groupe ne sont pas très étroitement emmaillotées. Les jambes, les bras, les mains sont enveloppés d’une étoffe fine, souple, moelleuse et chaude au toucher, aussi légère et aussi transparente que la mousseline de l’Inde. Des morceaux de natron à demi pulvérisé sont roulés dans des chiffons de toile grossière et disposés irrégulièrement le long du corps. D’autres paquets, glissés dans l’intervalle des cuisses ou des jambes, entre les bras et les hanches, autour du cou, renferment le cœur ou la rate, une substance granuleuse, où j’ai cru reconnaître des restes de cervelle desséchée, des cheveux tressés ou coupés en mèches libres, des rognures de barbe et de poils. On sait quel rôle les cheveux humains jouaient dans la magie : il suffisait de les brûler avec des cérémonies et des incantations déterminées pour acquérir une puissance presque illimitée sur la personne à laquelle ils avaient appartenu. Les embaumeurs ensevelissaient avec les morts les portions de chevelure et de poils qu’ils avaient dû leur enlever pendant les manipulations, et c’était le moyen le plus sûr de soustraire ces débris aux magiciens de mauvaise volonté. Le suaire le plus rapproché de la momie était quelquefois un véritable amulette, surchargé de prières à l’usage de l’autre monde. Le roi Thoutmosis 111 avait de la sorte un exemplaire presque complet du Livre des Morts, que son fds Amenhotpou II avait fait écrire à son intention. La princesse Mashonttimiliou en possédait aussi une copie exécutée spécialement pour elle ; mais la princesse Miritamon, moins favorisée, n’en avait qu’une de seconde main qu’on avait dérobée au prince Montouhotpou. Quelques tours de bandelettes, puis venaient une seconde pièce d’étoffe et des bandelettes nouvelles, puis on arrivait au

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linceul extérieur, que dissimulait parfois une bande de toile rouge tendue proprement sur le tout. La plupart des momies portent peu de bijoux : ceux qu’on leur avait donnés étaient pour la plupart déposés à côté d’elles dans le cercueil, et furent volés par les Égyptiens, peut-être par les embaumeurs eux-mêmes. Elles n’avaient probablement qu’un scarabée, un ou deux pectoraux en or ou en bois doré, une paire de boucles d’oreilles, un ou deux bracelets et quelques amulettes en pâte de verre ou en or, noyés dans l'épaisseur des bandages. Si mince que fût la valeur de ces objets, ils excitaient la convoitise des détrousseurs de tombeaux. Ramsès II, Séti Ior, Thoutmosis 111 ne les ont plus depuis longtemps: les gens qui les ont dépouillés respectaient si peu la majesté royale, qu’ils ont arraché le lobe de l’oreille avec la boucle, ou détaché à coups de hache ou de couteau les bracelets qui adhéraient trop étroitement à la peau. Encore ne faut-il pas trop plaindre les pharaons qui n’ont perdu rien de plus. Plusieurs ont été brisés, et les fragments laissés sur la place: d’autres ont été emportés dans quelque endroit reculé, où on les a dépouillés à loisir. Les surveillants de la nécropole, lorsqu’ils découvraient le sacrilège, se gardaient bien de l’aller révéler ; même s’ils n’étaient pas complices, ils répondaient sur leur vie de l’intégrité des corps qui leur étaient confiés. Ils s’efforçaient donc de faire disparaître au plus vite les traces du dégât et le réparaient de leur mieux. La momie de Thoutmosis III avait été cassée en trois morceaux : ils les ont raccordés bouta bout, entre deux petites rames de bois peintes en blanc, comme entre deux éclisses, pour les empêcher de ballotter dans leur nouveau maillot. La princesse Sitamon, une enfant de trois ou quatre ans, fille d’Alnnosis Ier, avait été littéralement réduite en poussière : le crâne seul restait intact. Les gardiens prirent le parti de lui fabriquer une apparence de corps avec la tête qui subsistait, des côtes de feuilles de palmier, quelques débris d’ossements et des chiffons. La momie ainsi reconstruite était trop longue

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pour sa largeur ; mais les inspecteurs royaux avaient mille raisons de ne pas la regarder de trop près, et, pourvu que les dehors fussent en bon état, ils s’inquiétaient peu de ce qu’il y avait au dedans. La reine Mashonttimihou avait disparu complètement. Un morceau de bois, emprunté aux débris d’un cercueil à vernis jaune de la XXe dynastie, lui tint lieu de corps ; un paquet de chiffons simula la tête, un paquet de chiffons les pieds. Le tout était si hardiment combiné, que l’on n’aurait jamais soupçonné la fraude, si je ne m’étais avisé d’examiner la princesse.

Où l’homme s’est abstenu de détruire, les corps sont si bien conservés qu’on peut se figurer sans peine l’aspect qu’ils présentaient pendant la vie. Les pharaons du premier groupe appartenaient à deux familles différentes. La plus ancienne descend directement d’un des derniers princes de la XVIIe dynastie, Souqnounri III Tiouàqen, et comprend cinq générations au moins. Le type qui se dégage de l’ensemble se rapproche sensiblement du beau type nubien de nos jours. Hommes et femmes sont grands, élancés, fortement bâtis. Ils ont le buste ample, large, vigoureux, les jambes nerveuses et sèches, les pieds effilés et bien cambrés, les mains fines, les bras longs, les muscles de l’épaule et du cou développés à l’extrême. La tète est plutôt petite par rapport au corps, allongée d’avant en arrière, étroite à la hauteur des tempes, lourde dans la partie du bas. Le nez est long, mince, droit le plus souvent, les yeux sont petits et rapprochés l’un de l’autre, la bouche est large et bien garnie, la chevelure drue; épaisse, bouclée chez celles des femmes qui ne la portent pas tressée en petites nattes serrées, comme les Nubiennes d’aujourd’hui. Thoutmosis III a la face écrasée entièrement, et ses traits nous apparaissent brouillés, comme à travers un voile. Les autres ont eu le nez aplati par la pression des bandelettes ; mais cet accident ne nuit pas trop à l’expression de leur physionomie. Ahmosis Ier a de la dureté et de la hauteur, Thoutmosis II un air de faiblesse et d'astuce, les

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reines une sorte de laideur résignée. L’étude minutieuse des corps a permis souvent de déterminer à peu près l’âge de chaque individu. Thoutmosis II avait de vingt-six à trente ans au moment de la mort : on le voit à l’état de ses dents, et ce résultat de l’examen médical est d’accord avec ce que les monuments nous avaient appris sur la longueur de son règne et de sa vie. Soqnounri avait une quarantaine d’années ; la princesse Alimas Sitkamos trente ans au plus. Thoutmosis II est encore marqué aux stigmates d’une maladie de peau ; une de ses aïeules, la reine Anhâpi, paraît avoir été atteinte d’élépliantiasis. Elle était obèse comme beaucoup de femmes égyptiennes ; mais elle avait dû languir longtemps avant de mourir, car la graisse avait disparu, la peau flottait et a formé en plusieurs endroits des amas de plis imbriqués l’un sur l’autre. Miritamon, fille d’Ahmosis Ier, ne succomba qu’après une agonie longue et douloureuse. L’usage n’avait pas encore prévalu de disposer toujours les cadavres dans une attitude de repos : on momifiait les gens comme la mort les prenait. Miritamon a la tète penchée sur l’épaule droite d’un mouvement convulsif, la mâchoire pendante, la bouche béante et tirée vers la droite ; on dirait que l’âme s’en est allée dans un grand cri. La poitrine est soulevée violemment, les épaules sont contractées, les bras se jettent en avant d’un geste raide, les mains se tordent, la jambe droite s’enlace autour de la gauche, les pieds sont crispés ; le corps entier est comme agité des dernières convulsions de l’agonie. Le roi Souqnounri fut tué dans une bataille contre les Hyksos, la face à l’ennemi. Il s’était rasé la barbe le matin même et s’était, selon l’expression égyptienne, paré pour le combat comme le dieu Moutou. Son courage l’entraîna trop avant dans la mêlée : il fut entouré et abattu avant que les siens eussent le temps de le dégager. Un coup de hache lui enleva une partie de la joue gauche, lui découvrit les dents, lui fendit la mâchoire, le renversa à terre étourdi ; un second coup pénétra profondément dans le crâne, une dague ou une

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lance courte lui creva le front vers la droite, un peu au-dessus de l’œil. Les Égyptiens reconquirent le corps et l’embaumèrent à la hâte, à demi décomposé, avant de l’envoyer à Thèbes au tombeau de la famille. Les traits respirent la rage et la fureur de la lutte ; une grande plaque blanchâtre de cervelle épandue aveugle l’œil droit, le front est plissé, les lèvres, rétractées en cercle, laissent apercevoir la mâchoire et la langue mordue entre les dents. Une autre momie du même groupe est plus effrayante encore. Elle était enfermée dans une caisse blanche, sans inscription, et n’avait rien sur elle qui permit de constater son identité. Une peau de mouton l’enveloppait, puis un épais lacis de bandelettes, puis une couche de natron blanchâtre chargé de graisse humaine, onctueux au toucher, fétide, légèrement caustique; un second maillot, un second lit de natron et le cadavre. Il n’avait pas été ouvert, et les viscères qu'on avait coutume d’extraire de la poitrine et du ventre sont encore en leur place. Les matières préservatrices n’avaient pas été injectées, on les avait répandues autour du corps avec une habileté qui trahit une longue expérience de ce genre de travail. On avait voulu éviter les longueurs ordinaires, les soixante-dix jours de l’embaumement réglementaire, et l’aspect du personnage suffit à montrer pourquoi on avait eu recours à ce procédé expéditif. Il avait été empoisonné : la contraction du ventre et de l’estomac, le mouvement désespéré par lequel la tète se rejette en arrière, l’expression d’angoisse et de douleur atroce qui est répandue sur la face, sont autant d’indices certains. Les bras et les jambes avaient été tordus par la souffrance : on les ramena, on les maintint par de fortes ligatures, et on s’en remit aux embaumeurs du soin de faire disparaître toute trace du crime. S’agit-il d'une simple intrigue de harem? L’homme avait vingt-trois ou vingt-quatre ans et sa jeunesse autorise pareille supposition. Est-ce plutôt un prétendant au trône qu’on aura supprimé discrètement? Le fils aîné d’Amenhotpou Ier mourut avant d’avoir régné ; peut-être est-ce

i:t travaux exécutés en égyrte

lui que nous avons retrouvé dans le cercueil sans nom. Nous savons que les conjurations étaient fréquentes en Egypte; Ramsès III fit juger et exécuter un certain Pentoîrit, qui semble avoir été un de ses frères, et (pii avait comploté de le détrôner. La forme du cercueil et la main-d’œuvre de l’emmaillotement m’empêclient de reconnaître dans notre personnage un prince de la XXe dynastie. C’est à la XVIII® qu’il appartenait, et les monuments nous révéleront peut-être un jour le secret de sa vie. On ne l’ignorait pas sans doute à Tlièbes, près de mille ans après l’événement, sous le règne des grands prêtres d’Amon. Les inspecteurs de la nécropole continuaient à lui rendre les honneurs princiers et à se taire sur son nom et sur la cause de sa mort : aucun d’eux n’a osé tracer sur le cercueil ou sur le maillot le moindre de ces procès-verbaux qu’il écrivait si volontiers sur les autres morts.

Séti Ier et Ramsès II sont d’un type assez différent. Ils se rattachaient par les femmes à l’ancienne lignée ; mais ce qu’ils avaient en eux de sang royal ne leur avait donné aucun des traits qui distinguent lesThoutmosis et les Amenhotpou. Ils se ressemblent beaucoup l’un l’autre, plus peut-être que se ressemblent d'ordinaire le père et le fils ; mais Séti a l’expression plus douce et plus intelligente, Ramsès II a plus de vigueur et de fierté. Tous deux sont dans un état de conservation telle qu’on les jurerait morts depuis quelques jours à peine, et pourtant trois mille ans et plus se sont écoulés depuis qu’ils régnèrent sur l’Égypte. Ramsès III leur appartient encore par les traits du visage, mais les procédés d’emmaillotement employés pour lui ne sont déjà plus ceux dont on s’était servi pour ses illustres prédécesseurs. Il semble qu’en sortant des troubles qui l’avaient agitée pendant près d’un demi-siècle, l’Égypte ait voulu redoubler de luxe et de recherche pour tout ce qui touchait à la personne des vivants et des morts. Les momies furent habillées avec plus de soin; les tissus furent de meilleure qualité, les bandages plus

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serrés, plus épais, mieux enroulés autour du corps et de manière à exclure plus complètement l’air et la lumière. Un masque de linge fin, enduit de résine et de poix, cache le visage, des peaux d’oignon couvrent parfois la bouche et les yeux ; d'espace en espace, on rencontre une enveloppe de linge poissé comme le masque de la figure. La plupart des bandelettes ont été fabriquées par les membres vivants de la famille ou par les serviteurs, dans le temple d’Amon, et portent la date de la fabrication, tracée à l’encre, parfois brodée au fil de couleur. Des serviettes et des écharpes entières, méthodiquement pliées, garnissent les jambes, les bras, la tête ; elles sont bordées de raies rouges et bleues, et frangées aux deux extrémités. Quelquefois une sorte de natte, tressée très lâche avec de la paille fine, est roulée autour de la momie, au tiers environ de l’épaisseur totale. Une toile grossière, sur laquelle est peinte une scène d’adoration, cache le maillot. Elle est recouverte à son tour d’une toile plus fine, généralement teinte en rouge orange, et fixée par des bandes disposées parallèlement de la tête aux pieds. Des bi joux et des amulettes complètent la toilette du mort : un diadème en or, en argent ou en cuivre doré, orne le front, un pectoral et un scarabée sont attachés au cou, des anneaux pendent aux oreilles, des bracelets sont cousus dans les étoffes, à la hauteur des poignets et des chevilles. Entre les jambes, un papyrus roulé ; quelquefois un second papyrus s’étale sur la poitrine. Les corps sont en bon état, la face surtout est parée avec une coquetterie presque enfantine. Deux reines, Nsitanibashrou et Honttoouï, ont la figure encadrée dans les tresses d’une énorme perruque. Des yeux en émail, insérés sous les paupières, brillent à travers les cils. Les rides de la peau, la maigreur du nez, la contraction des lèvres, ont disparu sous une couche épaisse de fard. Honttoouï et Nsitanibashrou n’étaient probablement pas fort belles de leur vivant, mais je doute qu’elles fussent ce que nous les voyons aujourd’hui, des modèles incomparables de laideur

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grotesque. Elles appartenaient à cette pauvre XXIe dynastie; la décadence avait déjà atteint l’art de la momification comme il avait atteint tout le reste. Les embaumeurs ne savaient plus conserver aux sujets qui leur passaient par les mainscetteexpressionde vigueur et de calme que nous voyons sur le visage de Séti Ier ou de Ramsès II. Ils tâchaient de réparer par des artifices puérils les dommages que leur maladresse avait causés, et ils réussissaient de la sorte à atténuer l’horreur qu’inspirent certaines momies des époques antérieures ; mais ce n’était que pour tomber dans un défaut plus grand peut-être. La mort déguisée par leurs soins n’est plus hideuse : elle est ridicule.

L'Égypte est vraiment la terre des merveilles ! Elle ne se contente pas, comme l’Assyrie et la Judée, comme la Grèce et comme l’Italie, do nous restituer les monuments dont on refait l’histoire du passé, elle nous rend les hommes mêmes qui ont érigé les monuments et fait l'histoire. Les grands souverains, Thoutmosis III, Séti I,r, Sésostris, Ramsès III, ne sont plus des noms détachés de toute forme et flottants dans l’imagination, sans couleurs et sans contours : on les voit, on les touche, on mesure leur taille, on jauge la capacité de leur cerveau, on sait quelle était la coupe de leur nez et de leur bouche, s’ils étaient chauves, s’ils avaient quelque infirmité secrète, et, comme s’il s’agissait d’un contemporain, on publie leur portrait d’après nature, en photographie \

1. Cette quatrième partie presque entière a été lue en séance publique de l’Académie des Inscriptions en 1886. Voir, pour plus de détails sur tous les personnages découverts dans la cachette, Maspero, les Momies roj/ciles de Dèir cl Bahari, dans le t. i des Mémoires de la Mission française du Caire.

RITUEL 1)U SACRIFICE FUNÉRAIRE

Les textes des Pyramides, que j’ai déjà eu l’occasion d’analyser brièvement font partie d’un Rituel des plus compliqués, dont on observait scrupuleusement les indications en tout ce qui concernait la consécration du tombeau, les cérémonies des funérailles et celles des services commémoratifs qu’on célébrait chaque année, à date fixe, en l’honneur des morts. Les versions d’Ounas, de Téti, de Papi Ier, ne donnent le plus souvent que les prières, sans détailler les personnes qui prenaient part aux sacrifices, leurs mouvements, leur mimique, l’instant précis où chaque parole devait être prononcée, où chaque objet devait être présenté. Celles de Mirinri et de Papi II fournissent déjà quelques renseignements sur la mise en scène. Celles du second Empire thébain, de l’époque suite, des temps gréco-romains, suppléent au silence des monuments plus anciens et multiplient les indications ritua- 1 istiques : quelques-unes même contiennent des tableaux qui illustrent chaque moment des opérations, et qui nous permettent de reconstituer le drame des funérailles, de le noter avec la même exactitude qu’on ferait aujourd’hui un ballet. La raison pour laquelle les scribes égyptiens des âges récents

1. Extrait de la Reçue de U Histoire des Religions, t. xv, p. Ù59-188.

2. Cf. Revue de l’Histoire des Religions, t. xm, p. 123-139, et p. 152-168 du présent volume.

LE RITUEL DU SACRIFICE FUNÉRAIRE

multiplièrent les renseignements saute aux yeux les plus prévenus. A mesure que les siècles s’accumulaient, le sens véritable des rites tendait de plus en plus à se modifier, peut-être même à disparaître ; on les pratiquait indifféremment et comme par machine, sans trop savoir quel motif les ancêtres avaient eu de les établir. Beaucoup d’entre eux ne répondaient plus en aucune façon aux idées qu’on entretenait sur les conditions de l’autre vie. On les respectait cependant, et on s’obstinait d’autant plus à les accomplir qu’on en comprenait moins la portée. De même que les libraires chargés de copier le Livre des Morts, lorsqu’ils hésitaient entre deux leçons différentes d’une même phrase ou d’un même chapitre, les transcrivaient à la suite l’une de l’autre, et laissaient à lame le soin de discerner la bonne, les prêtres, auxquels revenait le soin d’ensevelir les momies, ne voulaient rien retrancher du cérémonial traditionnel, de peur de supprimer quelque formalité utile au bonheur de l’homme en son tombeau; et comme il était à craindre qu’on oubliât bien des choses, si l’on continuait à ne tracer que le texte des oraisons dans les chambres funéraires et sur les papyrus, on commença d’y joindre en rubriques toutes les recommandations nécessaires à qui voulait les réciter efficacement. Les ouvrages où l’on a reconnu ce mélange de prières et d’annotations professionnelles, se rapportent, les uns, comme le Rituel de l’ Embaumement' , à la préparation du cadavre, les autres, comme le Livre des Funérailles, à la mise au tombeau.

Le Livre des Funérailles a été découvert, vers 1877, par M. E. Schiaparelli, et publié par lui, à partir de 1881, dans un Mémoire, qui malheureusement n’est pas encore achevé. M. Schiaparelli a établi le texte au moyen de trois documents principaux. Le premier est conservé au musée de Turin.

1. Publié par Maspero, Mémoire sur quelques Papyrus du Louvre,

C’est un cercueil de bois, en forme de momie, qui appartenait au scribe royal de la nécropole tliébaine, Bouteliiamon, fils de Thoutmosis et de dame Bokiamon 1 2 3 . Ce personnage, qui, pendant sa vie, avait pris part à tant d’enterrements, voulut sans doute emporter avec lui dans l’autre monde un exemplaire du manuel où il s’était instruit à ses fonctions, et le fit transcrire, aux encres rouge et noire, sur les deux couvercles de son cercueil. Ce sont environ trois cents lignes en hiératique de la XXe dynastie, net et lisible. Quelques égratignures du bois ont supprimé eâ et là des mots ou même des portions de lignes. Ces lacunes sont presque toujours faciles à combler, grâce au papyrus de l’hathorienne Saï, l’un des plus précieux que possède la riche collection du Louvre \ 1! avait été commandé, vers la fin du premier ou le commencement du second siècle de notre ère, pour une dame tliébaine nommée Saï, qui appartenait probablement à une grande famille d’archontes, celle des Soter. C’est donc un des monuments les plus récents qui nous soient parvenus de la paléographie égyptienne; l’écriture en est maigre, gauche, anguleuse. Dévéria en avait reconnu l’importance et s’en était servi, à plusieurs reprises, dans le Mémoire qu'il consacra au fer et à l’aimant chez les Égyptiens fi mais la mort ne permit pas qu’il en donnât une édition. M. Schiaparelli l’étudia â Paris pendant l’hiver de 1877-1878, vit qu’il contenait une version du livre de Bouteliiamon, et le calqua en entier. Un hasard heureux lui révéla bientôt une troisième récension plus importante

1. L’importance de ce monument avait été reconnue dès 1851 par M. de Rougé, dans son Rapport adresse à M. le Directeur général des Musées nationaux (extrait du Moniteur Unicerscl des 7 et 8 mars 1851, p. 19).

2. Th. Dévéria, Catalogue des Manuscrits égyptiens, p. 170-171, vii, 4, inv. n° 3155.

3. Th. Dévéria, Le Fer et V Aimant, leur nom et leur usage dans l’ancienne Egypte, dans les Mélanges d‘ Archéologie égyptienne, t. i, p. 45.

peut-être que les deux autres. Champollion avait dessiné dans la syringe de Séti Ier, puis publié, une série de scènes des plus curieuses, où l’on voit des prêtres occupés à vêtir, à huiler, à nourrir la statue du roi'. Les trop courtes légendes qui accompagnaient les tableaux concordaient très exactement avec certaines indications du Livre des Funérailles ; d’ailleurs M. Naville avait fait connaître, en 1873, dans la Zeitschrift, quelques lignes des inscriptions gravées sous les figures, et, ce fragment coïncidait avec un passage du livre de Boutehiamon b M. Schiaparelli eut la fortune de retrouver une copie complète, dans les papiers inédits de Rosellini, et comme un bonheur de même qu’un malheur ne vient jamais seul, M. Naville lui communiqua, vers le même temps, ses carnets de voyage, où il avait consigné une copie plus fidèle que celle de Rosellini. La version de Séti Ier, illustrée à profusion par des sculpteurs de grand talent, lui permit non seulement de comprendre le texte, mais de retracer les péripéties diverses de la cérémonie. La traduction est nette, presque partout excellente, les notes philologiques sont courtes en général, mais bien placées, le commentaire est des plus intéressants, malgré la tendance mystique qu’on y remarque par endroits, et rend un compte suffisant de ce qui se passait pendant le sacrifice en l’honneur des morts. M. Schiaparelli a depuis lors passé près de six mois en Égypte, et a recueilli dans les tombeaux de Tlièbes des documents nouveaux dont il profitera pour compléter son œuvre b

1. Champollion, Monuments de l'Égypte et de la Nubie, planches ccxxxvii, 2, ccxun-ccxLviii.

2. Naville, Un Chapitre inédit du Livre des Morts, dans la Zeitschrift, 1873, p. 28 sqq.

3. E. Schiaparelli, Il Libro dei Funcrali degli antichi Egisiani, tradotto e conmicntato da Ernesto Schiaparelli, Roma, Torino, Firenze, Erm. Lœscher, 1881-1882, gr. in-4, vol. de texte, vm-166 pages, prix 50 fr., et 3 volumes de planches, prix 100 fr. — Le deuxième volume a paru en 1890.

Ceux que M. Dumichen a placés à sa disposition, et à celle de tous les Égyptologues, peuvent dès à présent compter parmi les plus importants '. La plupart des voyageurs qui ont visité la plaine de Tlièbes sont entrés dans le tombeau

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pas demeurés longtemps. Sans parler du danger qu’ils y

affrontent de glisser inopinément et de tomber dans un puits , les millions de chauve-souris qui y ont établi leur quartier général, leur diwûn, comme disent les bourriquiers arabes, l’ont empesté au point qu’on ne peut y séjourner quelque temps sans être saisi d’un mal de cœur irrésistible. Même les employés du Musée de Boulaq, aguerris, par métier, à toutes les odeurs, ne se sont pas accoutumés à celle-là et payent leur tribut comme les autres. M. Dumichen avoue n’avoir pas été, lui non plus, à l’épreuve de la nausée, et je me figure aisément ce qu’il a dû souffrir à copier les textes dont ce tombeau maudit est littéralement couvert. Non seulement il a entrepris ce travail, mais il y a persévéré pendant de longues semaines, et c’est là un acte de dévouement dont on ne saurait trop lui être reconnaissant. Il n'a eu ni le temps ni le désir de tout dessiner, mais ce qu’il a recueilli lui a fourni la matière de six grands volumes in-quarto, dont deux sont déjà entre nos mains. Les murs du tombeau et les inscriptions ont souffert beaucoup du temps et des hommes. M. Dumichen a profité des versions du Livre des Funérailles et des textes des Pyramides pour combler les lacunes. Ses restitutions, indiquées avec soin, évitent au lecteur les difficultés qu’on éprouve d’ordinaire à se recon-

1. J. Dümichen, cler Grabpalast des Patuamcnap in dcr Thcbanischcn Nekropolis , in vollstccndigen Copie sciner Inschriften undbilcllichen Darstellungen, uncl mit Uebcrsctzung uncl Erlàuterungen dcrsclbcn , herciusgegcbcn von Johannes Dümichen, Leipzig, J.-C. Hinrichs, 1881-1885, 2 vol. in-4 : I, xm-48 p., xxvi pi. ; II, 56 p., xxix pl.

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naître au milieu de phrases mutilées ; l’examen le plus superficiel montre d’ailleurs qu’elles ont été exécutées avec une habileté et une précision qui laissent peu de prise à la critique. Les introductions renferment la traduction complète de tous les morceaux. Le premier volume est consacré presque entièrement à la table d’offrandes. Elle était très développée dans le tombeau de Pétéménophi. M. Dümiclien l’a comparée à d’autres documents du même genre qu’on trouve dans les mastabas de l'Ancien-Empire et dans les syringes de l’époque thébaine et saïte1. On y trouve mêlés une partie des textes de Schiaparelli, mais illustrés de vignettes nombreuses, dont les données rectifient parfois et parfois complètent ce que nous avaient appris les figures du tombeau de Séti Ier. Ce qui vient ensuite reproduit pour la plupart les formules que j’ai copiées dans les Pyramides royales de la Ve et de la VIe dynastie. Les variantes y sont rares, et celles même que j’y ai relevées me paraissent provenir souvent d’erreurs commises par les scribes. La langue archaïque de ces documents ne devait plus être comprise couramment, pendant les siècles qui précédèrent notre ère, et les prêtres les plus habiles commettaient plus d’un contresens en les lisant. Il est à remarquer que les fautes se rencontrent presque toutes dans les endroits où les Égyptologues modernes hésitent et proposent des interprétations diverses. C’est là un fait de nature à les encourager dans leurs recherches ; il est beau d’en être arrivé, après soixante ans seulement d’étude, à comprendre les textes les plus anciens et les plus obscurs aussi bien que pouvaient le faire les Égyptiens instruits qui vivaient sous les dernières dynasties indigènes. Les traductions de M. Dümiclien ne diffèrent de celles de M. Schiaparelli ou des miennes que par des nuances. Les savants étrangers

1. Il faudrait joindre maintenant aux textes étudiés par Dümichen ceux de la Pyramide de Papi II, que j’ai publiés dans le Recueil , t. xn,

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au déchiffrement, et qui voudraient se servir de nos traductions pour connaître les idées des Egyptiens à l’égard de l’autre monde, peuvent les employer, sans courir le risque do se tromper sur autre chose (pic sur des points de détail.

J’ai déjà rappelé à plusieurs reprises que les cérémonies de l’enterrement avaient pour objet de préparer au mort une maison, de la meubler, de l’approvisionner, et de le placer lui-même dans des conditions telles qu’il ne mourût pas une seconde fois a jamais, mais qu’il profitât de tout ce que la piété de ses enfants ou sa propre prévoyance lui avaient assuré pour l’entretenir en santé après sa disparition d’entre les vivants. Bien des personnes ont été surprises de la minutie avec laquelle j’ai suivi cette idée jusque dans ses dernières conséquences, et se sont demandé si je ne m’étais pas avancé trop loin. La minutie n’est point mon fait, elle est celui des Égyptiens eux-mêmes. Cet étrange peuple, l’un des plus subtils et des plus formalistes qui aient jamais existé, n’avait voulu rien laisser au hasard en matière aussi importante. Il ne se contentait pas de jeter une offrande au mort ; il s’inquiétait aussi de savoir comment elle parviendrait à son adresse. La momie n’était plus qu’un corps inerte, emprisonné de bandelettes, incapable de marcher, de manger, de parler, de voir, d’accomplir aucune des fonctions indispensables de la vie en l'autre monde comme en celui-ci. On s’efforça de lui rendre ce qui lui manquait, et on imagina pour cela un cérémonial des plus compliqués, celui-là même qu’Horus avait inventé au profit de son père Ûsiris. Tantôt c’était la momie elle-même qui le subissait, tantôt c’était une des statues en bois ou en pierre, qu’on enfermait dans le tombeau et qui servaient de support au double. Le décrire en entier serait fastidieux; je mécontenterai d’en exposer la partie la plus importante, l’opération par laquelle on ouvrait la bouche et fes yeux du mort pour lui permettre de recevoir et

de manger le repas funéraire. Elle s’accomplissait dans une des chambres de la chapelle extérieure et sur l’espace libre

LE RITUEL DU SACRIFICE FUNÉRAIRE

qui s’étendait devant le tombeau. Plusieurs personnes y prenaient part. C’était d’abord Y officiant ou le lecteur khri-habou) qui, le rouleau de papyrus en main, dirigeait la cérémonie, indiquait à chacun la place à prendre ou les gestes à exécuter, récitait ou soufflait les discours qu’on devait tenir à chaque moment de l’action. Il était aidé dans sa tâche par un domestique somou), par un ami (jl^ smîrou )1

qui, ou bien était réellement choisi parmi les amis, oubien était un employé de rang secondaire chargé de les représenter, par le fils même du mort, son ffils qui l'aime (

si-

rnirif) *, par les deux pleureuses en chef, la grande qui

1. Le sens ami et le rapprochement du mot smîrou |~l^ avec ujÉHp,

ujcfmp, ont été récemment rejetés par M. Lepage-Renouf ( On the priestly eharacter of tlie Êgyptian Civilisation, dans les Procccdings de la Société d’Archéologie Biblique, t. xn, p. 359) M. Lepage-Renouf pense que E. de Rougé a eu le tort de se laisser égarer par un rapport fortuit de |1 ^ < ^ avec l’expression ptolémaïque TTpwvwv oîXwv ( Recherches sur les Monuments, p.51), qui serait toute macédonienne et aurait été apportée en Égypte par Alexandre et ses successeurs. La question d’origine du titre n’est pas si claire ni si bien tranchée que M. Lepage-Renouf parait le croire : plusieurs des savants qui s’en sont occupés, depuis Letronne ( Inscriptions grecques et latines de l’Égypte, 1. 1, p. 350 sqq.), même en ces derniers temps, pensent à l’inverse que les rois macédoniens ont pu l’emprunter à l’Orient, comme les

titres de parents, frères, etc., si bien que

Pï

ouâiti serait l’ori¬

ginal du grec. La forme copte ujfmp est du reste un dérivé parfaitement légitime de l’antique jl ^ smîrou, et l’échange de b et de m en égyptien est un fait trop connu pour que je croie nécessaire d’y insister. Je continuerai

donc à tenir l’opinion de Rougé pour bonne et à traduire

smîrou

par ami

smîr ouâiti par ami unique.

Si mirif est devenu le nom d’un prêtre qui remplissait auprès du mort Osirisàlafois le rôle d’Horus,fils d’Osiris,et celui du fils du mort quand le fils du mort n’était pas là pour accomplir les rites; c’est aussi le titre du prêtre d’Osiris dans le nome Héracléopolitain.

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figurait Isis, la petite qui figurait Neplitliys , par un

bouclier ( o v - monhoiij (] X K , amenhou), et par des figurants, le magasinier ou Yamiasi ( — tj|j| I litt. : celui qui est dans la syringe) les chambellans ou ami-kliontit (- - [f[h fütl ’ chambellan) 5, les masnitiou

, les forgerons, gardes du corps d’Horus)3, d’autres encore. C’était à chaque enterrement la représentation du mystère divin qui s’était accompli autrefois autour d'Osiris, quand son fils, scs sœurs, ses amis, s’étaient réunis autour de ses restes mutilés, et avaient réussi parleurs incantations et leurs manœuvres à en faire la première momie, puis avaient ranimé cette momie et lui avaient fourni les moyens de reprendre une vie particulière au-delà

ou (î

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