‹ Bibliothèque, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans lesChapitre 11 sur 118 · DANS LA NOUVELLE ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

DANS LA NOUVELLE ALLEMAGNE

L'AIIemafoe d'hier. Son înflaeDce en France. — Effort poor fonder des

biUiotSèqaes libres.

Œffatliche Bûcherhalle. A Berlin. — Statistiques. — Charlottenboorfr,

amboar^, Strasbourg, Posen, Darmstadt« Worms, etc. UFoodation Kmpp.

Lt Société du SouTenir des poètes.

Nous n*avons pas tout dit sur cette terre des livres qu'est l'Allemagne moderne. Nous avons insisté surTefiFort des budgets, b progression ardente et les effets commerciaux et moraux, d'one instruction supérieure si bien pourvue. L'Allemagne a mjourd'hui la plus grande production de livres du monde; sa librairie commande à l'Univers, y répand le livre anglais^ envahit la France presque sans résistance, et semble vouloir accaparer la chose imprimée. Un commerce si bien entendu, k bon marché extrême, l'offre habile et commode suppléent en quelque sorte aux bibliothèques. Cependant, à ne considé- ^ que les très grands dépôts, l'Allemagne en compte douze nches de plus de 600.000 volumes, et qui ne peuvent se comparer qu'à qtiatre en Angleterre, six dans le reste de l'Europe, autant en Amérique et une seule en France. La plupart 'es grandes bibliothèques allemandes sont neuves, rebâties depuis vingt ou trente ans, en fer, avec les derniers perfectioanemcnts connus : Greifsvrald, Wolfenbûttel, Halle, Gôtungue, — une des premières à employer les ascenseurs, Stuttgart, Strasbourg enfin. L'importance de ces palais affirme lunportance qu'un peuple qui fut économe et qui reste ambi- ^ attache à la Bibliothèque...

A la Bibliothèque de l'Université. Même dans les villes i^emes ou modernisées, ce ne sont pas des bibliothèques lûires. Elles gardent le caractère savant, philologique. Mais

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elles ont de larg'es crédits^ un personnel spécialiste et biei payé, enfin la très larçe facilité de prêt.

(J*est le caractère saillant des bibliothèques allemandes, h prêt y est la règle, la lecture sur place est l'exception. On n'; consulte pas, on n'y va pas choisir, parcourir, se documenter Les catalog'ucs sont censés y suffire. Mais pour étudier longue ment un livre, et — par l'entente admirable des bibliothèques e les services de VAuskanflsbureau, on peut dire n* import quel livre de science, — un savant demeurant réimporte o. trouvera toute facilité.

D'ailleurs on trouvera partout des catalogues au courant les grands remaniements modernes ont été faits, les périodi ques ont des salles spéciales, où les plus récents peuvent étr lus; souvent môme, comme à Marburg, à Munich, le publi trouve une salle spéciale de catalogues.

On trouvera dans toutes les revues spéciales des études sur le bibliothèques allemandes... Dès qu'on aborde TAllemagai à mesure que les mots s'anongent,le ton devient plus sérieux alors que sur l'Amérique, par exemple, les notes sont vagu< et dédaigneuses, les classifications nouvelles rejetôes à la léger* et les perfectionnements mécaniques plus ou moins qualifiés c trucs de Robert-Houdin.

Fut-elle si profitable, l'influence allemande?

On n'en a imité que l'esprit étroit. D'abord on n'a pas imi les crédits. L'Allemand est économe, mais il dépense bien. 1 où trouver la patience allemande, sa discipline, son amoi du classement et son respect des classes, et l'esprit d'associi tion ? Ajoutez le bon marché de la main d'œuvre, le bon ma chéde la mécanique et de l'imprimerie.

Nous croyons que l'Amérique est trop loin, trop riche, nous n'avons pas de milliardaires.

Nous n'avons pas non plus de grands-ducs ni de Herr Do tors. Quelque mal que nos chartistes se donnent pour se con tituer en caste privilégiée, « relever la profession », in vent une science à coup de néologismes, et s'établir savants en fo géant de drôles de mots, personne ne croira ici que c'est an vé. Nous avons tous parlé javanais étant petit. Je crois peu la a Bibliothéconomie » en France. Nous sommes bien pli américains que nous ne pensons. En restreignant, en réservai — à l'allemande — l'usage des outils de science à des mand rins contrôlés, nous tarissons d'abord la source des crédit Cela, c'est de la politique ; or il faut compter avec elle. Rii

ne progresse chei nous si chacun, fût-ce de loin, n'j participe un peu. Il faut prendre comme un fait cette jalousie nationale, qui tolère peut-être un roi, mais non un contremaître. Gherdions ailleurs que dans les admirables bibliothèques allemandes des modèles féconds, des sources de renaissance.

Elles ne sont pas assez différentes des nôtres. Comme les nôtres, plus encore, vouées à Tarchéolog-ie, érudition, philolo- ^e. Comme les nôtres dédaigneuses de la vie pratique moderne. Comme les nôtres, plus encore, accaparées par une caste de gens importants, voués à des travaux inutiles et loofl^s, et une ce science » de techniciens qui se croient assez savants s'ils usent de mots spéciaux.

Les bibliothèques allemandes ont des « heures )) comme les nôtres, sont rarement ouvertes le soir. Je dis qu*elles ont fort peu de documents pratiques, modernes. On m'envoie ce matin d'une grande ville allemande une liste d'éditions d'auteurs français du xvni* siècle, à laquelle les ressources de Paris ne trouTentrienà ajouter. La seule difficulté pour le bibliothécaire allemand était d'identifier l'éditeur Hetzel : était-ce un éditeur encore établi à Paris? Les 600.000 volumes de la K.K ou de la HofLibliothek ne contenaient pas ce renseignement! — J'ai pu voir à Munich une table bondée de périodiques du jour en désordrCfet nous n'avons pas cela à Paris. Mais cent villes anglaises en ont autant, en ordre, plus les annuaires et références do toutes sortes. C'est cette salle-là qui est pleine I En Allemagne, on n'j va qu'en attendant les livres sérieux» . .

L'extrême serviabilité des fonctionnaires allemands est notoire, et ils sont empressés à renseigner longuement, exacte- Bieot sur tout ce qu'on demande. Nous sommes moins obligeants, moins demandeurs aussi. L'Allemand ose être indiscret.

Un refus ne le blesse pas.

Ces bibliothèques à gros argent, près desquelles nous sem> des pauvres, desservies par des bibliothécaires et des < surbibliothécaires 1» fort honorés en tout sens, à peine moins p»jés que les professeurs là-bas, c'est-à-dire beaucoup plus que fes professeurs ici, en grande correspondance avec le monde sannt de tous les pays, s'expédiant et se réexpédiant les docu- >B^ts, les renseignements et les congratulations, tous acharnés à des travaux d'érudition, spécialistes renforcés d'une sôence en partie vaine, c'est, je le sais, l'idéal des bibliothécaires français. Le présent livre est fait pour lutter contre.

Eh bieni contre cet esprit allemand, rAllemag^ne entre en lutte.

Elle a compris qu'une seule partie de son peuple était pourvue de livres. Elle a vu ce qu'était la free library anglo-américaine. Dès que TAUemand voit, il imite. Mais il régularise aussi et perfectionne.

Aujourd'hui donc l'Allemagne tente d'ouvrir des bibliothèques libres, encore empreintes d'esprit hiérarchique et classificateur. Ah! ce n'est pas l'efiFort qui manque en Germanie!

La tâche d'ailleurs est moins grande que chez nous, puisque l'Allemagne a déjà trente grandes bibliothèques et que la facilité de prêt, à Berlin par exemple, dispense presque de la lecture sur place.

L'admirable organisation des universités et des écoles techniques draîne la majeure partie des lectures d'études. Etudiants, professeurs sont servis ailleurs, et magnifiquement. Puis il y a les femmes. La femme allemande chante, lit des vers et s'occupe de la maison, et reste assez romanesque pour ne pas avoir à lire de romans. Je sais qu'on change tout cela. Mais ce n'est pas encore tout à fait arrivé... L'Anglaise engloutit tout de môme plus de romans.

Reste le peuple.

Ici le peuple est du peuple, ce n'est pas la nation. Hiérarchie sérieuse ; on ne se confond pas.

L'Allemagne sera sans doute le dernier pays civilisé — à moins que ce ne soit la France — à avoir des « Bibliothèques libres r> ou d'ailleurs quoi que ce soit de libre. Mais elle le sait, le mal a été signalé.

Il ne l'a pas été en vain ; et des Bibliothèques publiques s'ouvrent dans toute l'Allemagne. Mais on réserve le mot Biblioihek^ réservé à la classe Doctor. Le peuple se contentera d'une Bûchereiy d'une halle aux livres. . .

La dernière, qui s'ouvre cette année igo8,est la WilheUn- Auguste-Viktoria-Bûcherei, àDortmund,dont la construction a coûté 600.000 marks. Un crédit de 40.000 m. pourvoit au fonds de volumes pour la première année.

En 1900 le D' Schuitze publiait son volume « Freîe œffentliche Bibliotheken », auquel M. Pellisson dans ses « Bibliothèques populaires «(igoô), etnous-môme ici empruntons beaucoup. C'est l'œuvre anglaise et américaine offerte comme mo-

dèle, avec même des vues des petites et grandes bibliothèques libres. Mais rAllemag^ne fera mieux : a L'Angleterre a plus d'argent, l'Allemagne plus de culture et d'économie. »

La culture? — Elle est définie par le D' Norrenberg avec précision : la culture : lo littéraire et esthétique; 2^ artistique; 30 professionnelle ; 4^ politique et sociale ; 5^ morale et religieuse ; 6^ scientifique. Et voilà.

Les populaires allemandes sont plus que centenaires, mais eurent d'abord un caractère confessionnel. Vers i846, le Wissenschqfttiche Verein consacrait un capital de 4*ooo thalers à la fondation de populaires à Berlin.

En 1900 il y avait 27 bibliothèques populaires avec io4.356 volumes et 628.198 prêts, un budget de 69.718 marks. Mais en plus deux salles de lecture possédant l'une 4o journaux, 75 revues, 6.778 vol. et l'autre 7.000 volumes, 79 journaux, 294 revues. Cette dernière, Alexandrinevstrasse, s'est développée comme suit : Exercice 1906- 1906 : 82.998 volumes prêtés, dont 9 n'ont pas été rendus. 69.809 lecteurs sur place ayant demandé 1 87.380 volumes, sans compter 629 journaux et revues, et 1 .455 volumes de référence courante qui sont à la disposition du public. C'était la 7* année d'exercice.

Ici peu de femmes : une pour 26 hommes. On compte 5i pour cent d'ouvriers, 24 0/0 d'employés, 2 0/0 d'étudiants : ceux-ci ont tout ce qu'il leur faut ailleurs. La littérature (ro« mans, théâtre, etc.) compte|pour 67 0/0 des lectures, — puis 6 0/0 d'histoire, 3 de géographie, 7 de sciences naturelles, 5 de droit et économie politique, enfin 4 0/0 de technologie.

Le rapport Bellan au Conseil municipal de Paris indique pour l'exercice 1899-1900 un total de prêt, dans les 27 populaires de Berlin, de 698.078 volumes pour 20.670 lecteurs. Cela ferait 38 volumes par lecteur. — C'est beaucoup. Le détail coofirme la grande proportion d'ouvriers : 5.835, soit 28 0/0.

Depuis 1901, la Direction des Bibliothèques populaires est ^ la Stadtbibliothek, Zimmerstrasse. Celle-ci est riche de ^.000 volumes ; il y a 28 bibliothèques annexes, avec 177.616 volumes, plus 1 2 salles de lecture.

Budget : Personnel : 67.796 marks, acquisition de livres ^t journaux, reliures : 118.480, impression de catalogues, 10.000, entretien, etc., 49*6o8 marks. Soit un total, en francs, <le3oi.io4.

CiuaLoiTKNBURa (289.000 hab.) a eu la première belle bibliothèque populaire en 1898, et a ouvert en 1904 une suceur-

sale. En igoG^aTec 3o.5oo vol., 9S7.oi6prét8, i34*5o8 lectures sur place... — voilà des livres qui ne chôment pasi — le budg'et est de 5o.ooo marks, dont i4.3oo pour achats.

L'Œffentliche Bûcherhalle de Hambouko date de 1899 ^ possède 66.680 vol. En 1906, il en a été prêté 1.027.331 vol. et il y a eu 58. 1 18 lecteurs sur place. Le budget de 1907 est de 85.000 marks. L'Etat en donne 70.000 depuis 1906, et en 190a il en donna i5o.ooo. Jusque-là Hambourg^ n*avait que deux bibliothèques : celle de la Ville (359.000 vol. en i9o6et seulement 74-5b41ecteurs, 23.963 préts),et la Commerirfrf6/ioMe/r, spéciale aux voyages, cartes, statistiques, géographie, colo* nies, etc.^ qui possède 1 10.000 vol., en achète pour i3.ooo marks par an, mais ne compte que quelques milliers de lecteurs.

A Munich, les bibliothèques de la Société d'éducation populaire, au nombre de quatre, sont logées, chauffées, éclairées par la ville, qui entretient aussi une bibliothèque municipale. La fondation remonte à 1873. Elles se sont peu développées.

Nous avons vu que Strasbourg possède aujourd'hui une des dix plus belles bibliothèques de l'univers. Elle est à la fois publique et universitaire. Mais non populaire. Les pauvres osentils entrer dans des palais de tel luxe ?

Si Strasbourg, qui, parle nombre des étudiants (1.929) ne vient qu'en 10^ lieu parmi les universités allemandes, jouit du plus fort crédit d'Allemagne après Berlin^ c'est faveur exceptionnelle, tendresse et dilection du cœur germanique. Posen, à l'autre bout de l'Empire, est aussi un petit chéri.

Les enfants trop gâtés sont parfois boudeurs. Et Posen comme Strasbourg ne sont pas satisfaits des splendeurs de leur bibliothèque.

Il y avait à Strasbourg une belle gare, une superbe; — je l'admirais dans mon enfance. Elle n'était pas assez belle pour cette ville préférée, et il y en a, paratt-il, une plus belle encore. Mais la vieille gare est devenue depuis peu une bibliothèque populaire, sans autres mojens d'existence que la générosité des Strasbourgeois,qui y donnent beaucoupde livres françaiset ces livres sont lus : en 1906, il y a eu 85.388 lecteurs empruntant 110.95a volumes, et 39.877 venus lire sur place. Le chifiFre de population est de 167.000 habitants. C'est déjà relativement une des plus prospères du continent! Je n'ai pas les totaux de 1907, mais ils sont de beaucoup supérieurs d'après le total des premiers mois. La bibliothèque occupe 1 bibliothécaire, 4 aides, a dames surveillantes, 2 relieurs.

A Posen (i 38.ooo hab.) la Bibliothèque Raczynski, polonaise, poisède 70.000 vol. et un isudjtçet d*achats de 3. 000 marks. Mais U Bibliothèque allemande a été ma^^nifiquement rebâtie, s'appelle aujourd'hui Kaiser Wilhem Bibliothek, possède 94700 vol. et an budget d'acquisitions de 34*4o3 marks. Gela n'a pas diminué le nombre des lecteurs polonais, ni à Paris, ni à Bruxelles, ni à Posen.

A Darmstadt, une Bûcherhalle de ao.ooo vol. en a prêté 88.176a 3.876 personnes. Budjç^et: i3.3oo marks dont 3oo pour achiU. Worms a donné l'ejcemple d'un budget connexe de sa noavelle Bûcherhalle et de sa vieille Paulas bibliothek pour arrivera acheter 5.5oo m. de livres tous les ans. A Brème le bud|^t,médiocre pour l'Allemagne (achats et reliures, i4.ooom.), n'est obtenu que par la réunion de divers Vereine de la ville, —sociétés de pédagogie, médecine, histoire, etc., — qui concourent à la bibliothèque publique^ pas très publique. A Frihourgen-Brisgau, existe depuis igoi une populaire dont le budji^pet est de 15.876 fr. (Acquisitions : 5.700).

Oo Toit que, dans tout l'Empire, un effort est fait vers la bibliothèque libre, si rapide que l'on ne peut espérer le décrire. Cet effort se fera contre les professeurs. Dirons-nous un jour de ce pays, qui fut modeste : il fut docile?

Déjà nous devons parler de sa Magnificence...

Rothschild seul, à Francfort, avait jusqu'ici fait don d'une grande bibliothèque, — qui n'est pas absolument libre. L'Allemagne avait, vei*s 1900, pour ses bibliothèques populaires, reçu a millions de marks comme dons quand les Massachusetts en recevaient 3a. C'est encore plus que la France. Mais tto don capital, un don org'ueilleux, est venu depuis gprossir ce chiffre. C'est la fondation Krupp, bien sijdpniiicative de la Nouvelle Allemagne.

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