‹ Bibliothèque, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans lesChapitre 10 sur 118 · NEW-YORK · texte numérisé non relu

NEW-YORK

New- York vient de terminer les constructions géantes qui lai assurent le premier rang parmi les greniers intellectuels des capitales du monde. Ceci, par la fusion aujourd'hui accomplie d'entreprises et fondations diverses, par une « centralisation locale » sur laquelle nous ne saurions trop insister.

Résumons d'abord, d'après la notice publiée en 1902 par le New- York Library Club a Libraries 0/ gréa ter Ne lo- York », Itt ressources de cette ville à cette date déjà éloignée.

New- York comptait 288 bibliothèques, sans compter (es succursales. Ces bibliothèques sont: i® publiques et libres ; — 2<'à souscription, c'estrà-dire publiques en payant; — et 3<> particulières, ce qui ne les empêche pas d'être très ouvertes au public.

Nous avons d'abord le réseau des Free public Libraries. Public veut dire « supporté par contribution publique ». Ce u'est qu'un appoint aux autres qui ne sont ni moins libres ni

moins ouvertes au public. Nous reviendrons spécialement sur la première, la Public Library de New-York, incomplète en 1902, mais qui, terminée, aura 5o branches ou succursales. Larp^ent public entretenait en 1900 16 bibliothèques et 62 succursales, que nous énumcrons, bien que plusieurs aient été réunies depuis à la grande Public Library,

Nombre CrédiU

NEW-YORK 4900- 190i de volumes «n fnoci

Bibliothèques publiques. — — New-York public Lib. Astor, Lenox et TildenréuDÎes, i3 branches. — (ai2.8oa v.), a Central Référence

Lib. 538.957 vol. — ,183.870 brochures 7&i-7^9 4x8, t5o

Aguilar Jrne Lib, 3 branches et /ray^Z/zn/^ Lib. 76.779 aao.ooo Brooklyn pubh'c Lib. 17 branches et travelling

Lib, — Kchantîc lao.ooo 750. 000

Catkedral free Circulating Lib. 11 braoches.

(a5 8uo V..I.) 78.690 86.375

Ilarleni Librartf , i4. lOf» 4' '^ôo

Mnimonides free Lib Go. lai 55. 000

Afechaniva l Engineer <i*\Àbrary Ass 6.000 aG.745

N. y\ Free circa!r. Lib. (pour les aveugles)... B o47 3.386

Qaeenaboroiigh Lib. 7 branches 93.778 100.000

Tenement llouse Chapter Lib a . ^83 4 • 1^

Toftcnuilie Lib. Ass 8a8 5.58o

Univrrsity SettUm^nt Lil) 5 . 000 aa .000

Wash ington HcigUts Iree Lib 87 . 5oo

Webster free Lib. (illustrations, pnH de gravures, cic.) 10.840 34.000

Young Mens bcnevolcnl Ass. free circu'g. Lib. 4-ooo 30.ii5

Younj Wo/nen's Christian Ass aS.fjao 39.500

Frep. libraries. — Suivent les bibliothèques libres, publiques au sens où nous Tcntendons, mais qui ne sont pas payées par l'Etat. En y comprenant toutes les<( œuATes », leurs succursales, leurs envois et dépôts éloig'nés, elles sont en nombre infini. Citons les très importantes :

Cooper Union Lib. pour le prog-rès des sciences et arts, bibl. de 87.000 vol. avec un fonds de poèmes et ballades de 8 000 vol.

Father Malone Mémorial Lib, fprêt), ao.ooo vol.

Flushinf/ Lib. Association, 5.750 vol., 16.422 fr.de revenu.

Cify Library, 21.000 vol.

Praft Institute free Lib., 82.0^6 vol. et 109 recueils de brochures, 17.000 photogr., magazines indexés, ctc , i65.ooo fr. de revenu.

General Society of Mechanics and Tradesmen (free library). Admission sur demande, 100.728 vol.

Nous passons les bibliothèques publiques juives, italiennes, allemandes, hollandaises. Mentionnons ici comme ouvertes an

pnbHc avec accès libre aux rayons, mais prêt réservé aux associés, la Yonng Men's Christian Association, i& branches, So.ooo vol. dont S. 760 des périodiques indexés par Pooie, 365 vol. Athletics and Out-door Sports, 2.000 Biblical Literatare, etc. Une semblable pour les femmes à Brooklyn, 10.000 vol. Des sections existent pour les hommes de couleur, les Français, les employés de chemins de fer, Tarmée, etc.

Longue serait Ténumération des bibliothèques fondées par des lignes ou associations dans un but de propagpande ou de charité, non scientifique. Aucune n'est très riche en livres ; au plus la Methodist Library a 10.000 volumes. J'en vois plusieurs catholiques, 6 hébraïques, 4 pour les marins. En 1900, Y American Seamen^s Friend Society avait expédié à bord des navires 10.717 bibliothèques de 43 vol. (dont une bible, un atlas, un dictionnaire et quelques volumes allemands, danois et suédois). 4i2-ii5 marins ont profité de 582.727 volumes. Nous passons les bibliothèques de charité, de tempérance, de protection des animaux — et les étrangères, italiennes, allemandes, etc., de caractère charitable ou confessionnel, distinctes des allemandes, italiennes, hébraïques, etc., libres, plus littéraires.

Nous en venons à la 3^ espèce de bibliothèques.

Subscription iibraries. — Les bibliothèques à cotisation américaines ne sont nullement des cabinets de lecture. Elles jouissent de revenus, reçoivent des leg^, dons, encourag'ements de toute sorte. En générai les gens s'y assurent, j'imagine, ce choix de public, celte entrée réservée qu'on réclame gratuitetement dans les bibliothèques de France, car il est difficile d'avoir, même en payant, des facilités plus grandes que les J*ree public libraries Américaines !

En réalité, il s'agit surtout d'achats de livres techniques, et de collections spéciales. Leur importance est grande, et la Mercantile Library — que l'on comparera à notre Bibliothèque de la chambre de commerce, — montre que les marchands Yankees font tout pour se renseigner. .

La Mercantile Library a 127.820 fr. de revenu. Elle a communiqué, en 1903, sur place 13.219 volumes, mais en a prêté iiô.ooo au-dehors. La cotisation est de ?.5 fr. par an pour les commerçants établis, de 20 fr. pour les clerks. Le nombre des volumes atteijgrnait 263.217. Une succursale a été établie à YEqaitabie Life.

New York Society Library, — Beaux-Arts, anciens jours-

naux, Americana, etc. , loo.ooo vol. Revenu: 78.66S fr. 5o par an.

American Institute Lib. — (Agriculture et chimie), a5 i par an, 14*278 vol. Dépenses en igoo : 7.814 fr.

Bar Association. — 5a.x54 vol. Revenu en igoo: 430.7: francs .

Booklovers Lib. — 3oo.ooo vol.

Brooklyn Lib. — (a5 fr. par an). i5a.474 vol. et ig.oi br., 10.000 vol. étrangers, 6 succursales. Revenu en igo< loS.ooo fr.

Arthur W. Tams Music Lib. — Environ Soo.ooo vol. un million de morceaux de musique. Revenu laS.ooo fr.

Etablissements et sociétés scientifiques . — Nous n' parlons que pour montrer que toutes ces bibliothèques pub ques, libres, ou à cotisation, — celles du grand public, — dispensent aucunement les savants d^avoir leurs bibliothèqu de spécialistes, réservées en principe, très accessibles en fait.

La Columbia University a 410.000 volumes, en acquiert u vingtaine de mille par an, et son budget de bibliothèque ( de 343.185 francs. Le prêt aux étudiants fut de 84.873 vol mes en igo5. Il ne s'agit pas de consultations sur place, q sont libres de 8 h. 3o du matin à 11 heures du soir sa interruption. Le public a accès pour la lecture sur place. No relevons comme collections spéciales i.i53 vol. Goethe Colli tion, 787, Kant Collection, i3.5oo ouvrages sur l'éducatic i.aoo vol. de musique. La Bibliothèque fait des échanges noi breux. Un beau nombre de bibliothèques de laboratoires se à ajouter aux totaux, qui étaient de 3 1 g. 000 vol. et t^o.o brochures en igoo.

La NeW'York University comprend avec ses « General, Ls School, et School of Pedagogy libraries » plus de 70.000 v<

Nous mentionnerons en plus deux grandes bibliothèqu médicales, une de Droit (65. 000 vol,) trois de théologie (87.5c 36.000 et 3o.ooo vol.)> le Muséum d'histoire naturelle y^65.o vol.), etc.

Parmi les sociétés, la Société historique a 125.000 vol., celle de LongIsland65.ooo ; celle de géographie, 35. 000, rA< demie de médecine, 8g. 000 vol. L'u Equitable Vie », compagi d'assurance, a une bibliothèque publique de droit de 17.C volumes, etc.

Je n'achèverai pas de copier les a8a notices que je troi réunies dans un petit volume bleu et blanc, d'un goût doutei

niais d'nne commodité évidente, et plus attractif que nos in-8® sérieux, gris et lourds. Je saisqu'un bibliothécaire français s'occupe de dresser la liste des bibliothèques secondaires de Paris, el, sans doute, nous aurons une supériorité écrasante quand nous connaîtrons les richesses accumulées dans notre vieille ville.

Il restera à nous en servir. »

Uo ^ide semblable rendra pour cela de grands .services, et à toute sorte de gens, s'il est, comme celui de Newr-York, muni d'une table de sujets, renvoyant aux adresses Jours, heures, conditions, cotisations, s'il nous apprend, en un mot, où l'oo a le plus de chance, où il est le plus commode do trouver ce qu'on cherche.

Mais j'ai hâte de dire quelques mots de la grande bibliottèqoe qui, dans quelques années, si nulle ville d'Amérique n'est tentée d'en battre le record, sera sans doute vraiment la première du monde — qui l'est déjà incontestablement par Tusage qu'on en fait, la quantité brute délivres communiqués.

NeuhYork public Library.

Elle a été formée par la réunion, en 1896, des trois grandes fondations.

Astor Library 270.000vol. 940.000 dollars.

Unox — 86.000— 500.000 —

TUden Trust — 30.000 — 2.000.000 —

En 1901, elle incorporait la grande Bibliothèque libre circu- Itnte, avoc ses onze branches et ses 660.000 volumes^ puis les bibliothèques de Sainte-Agnès, Aguilar, Washington Heights, celle pour les aveugles, etc. Enfin Carnegie donnait 5.200.000 dollars pour l'installation et l'aménagement du vaste organisme qui doit comprendre quand il sera terminé 5o succursales desservant le plus vaste dépôt de livres qui existe.

Wjà 37 branches sont en plein exercice, et un service de bibliothèques circulantes, créé par Dewey, expédie dans la cunpagne des caisses contenant en moyenne, avec un Catalogne, une cinquantaine de livres d'économie politique et autant d^ livres pour la jeunesse, 60 d'agriculkire, vingt à trente de littérature, etc. On renouvelle tous les six mois.

La construction, sur les plans de Carrere et Hastings, est d'an style que les Américains appellent du a Louis XVI approprié 9 ou encore de la <c renaissance classique » — traduisez en

français « pompier ». On a tâché d'élrc aussi loin que possible du New- York moderne, ce qui est bien pour nous fain aimer notre Grand Palais des Champs-Elysc^cs, la Bourse rOdéon, et autres joies de Tarchilecture française.

Mais il ne faut pas croire que ces constructions soient sani mérite. Elles font rcpoussoir.il y aie parc d'un côté, et de Tau tre des maisons à douze élaiç'es, qui paraissent g'racicuses, élan cées, coquettes...

On voit de e^rands corridors, avec des escaliers et des colon nés doriques, de ces colonnes parvenues qui se donnent de: airs antiques. Le vieux nom de Pas-perdus convient à ces .salle vastes où fut perdu encore plus de pierre et d'ar^pent que d' temps. \cw-York pourrait avoir le plus grand budget de livre du monde avec les millions de dollars que loij^-ua Tilden. Il ont proféré de la colonne dorique, eux aussi. Ils en ont.

Mais les aménatç-ements intérieurs rachètent lars;-ement ce périphrases d*exordo. Au rez-de-chaussée les vastes salle pour le prêt au dehors. Au premier, des salles de lectur publiques, avec un département spécial pour les enfant**, le salles de revues et journaux. Au second, des salles spéciale pour les étudiants, où Ton exige des cartes d'enti*ée. Enfii au troisième, la salle dt lecture centrale.

Le magasin est de beaucoup le plus grand qui ait été cons truil. Il pourra contenir 3 millions et demi de volumes. Ces une cage d'acier do sept étages, chacun do 2 mètres 29 de haut occu[)nnt une surface de 24 m. sur 99 m. On compte 97.oo( rayons, soit une longueur totale de 122.670 mètres. Le poid: actuel de ce casier de fer (vide) est de 8 millions de livres (3.628.720 kg). Ils espèrent que, plein, cela pèsera le poid: d'un grand cuirassé, douze millions de livres.

I-a .salle de lecture principale, juste au-dessus <lu magasin recevra ses livres d'en-dessous, mécaniquement. Elle est cal culée pour 800 places assises, le double du British.

ConirnunicfUions, — Le mouvement de volumes était poui un mois, juin 1900 :

Lecture sur place 65i 887 vol. Augm. sur 190i: 30.88-^

Brochures 2;):i.;i9i SS.oOî

rrctaudohors '448.816 G8.13S

Toiai i.:m.rK ISTÂKW

La Bibliothèque de New- York est de beaucoup celle dont or se sert le plus dans le monde. Tout Paris, ses quatre biblio-

theqnes d'Etat et ses 80 municipales, n'atteig'nent pas ensemble le chiffre total de prêt au dehors de la grande bibliothèque de New-York. C'était 3.566.453 en 1904. La lecture sur place en pins : 5/lg.6g6. Et les livres à la disposition des lecteurs...

En 1906 nous trouvons un total de 4.722.628.

En 1907, 5.490.244 communications!

On peut se rendre compte du progrès dans la masse de Tolumes déplacés par ces chiffres de VAstor library seule :

Lecleurs Moyenne Volâmes Moyenne

— quotidienne •— par jour

ly-ô. 146.328 472 803.874 a. 589

iî,07. 180.994 099 858. O80 a. 769

Accroissemenis. Budget. — Le total des volumes au ler janner 1907 était de 1.536.866, dont 570. 289 pour leprôt au dehors 01268.712 brochures.

39.366 volumes furent reçus dans l'année, dont 1 3.933 achats, 1.096 échang-cs (notamment contre le bulletin), 24-337 dons, plus 60.317 brochures (6.766 achats, 24.727 éch., 28.82/1 dons).

On reçut 6.382 périodiques rég'ulièrement, dont 118 quotidiens, 890 hebd., 1.856 mensuels, 710 annuels, etc., plus 107.572 Q«» isolés.

Les dépenses totales : 3.461.647 francs (881. 6i5 pour le service de lecture sur place, et le reste pour la circulation), I-eschiffres du budcret d'acquisitions net sont 241.675 fr.,pour leclure sur place, 733. 5^fO pour livres de pn^t. L'allocation de la ville est de 2.3oo.ooo francs. Bulletin, — Un bulletin mensuel donne les statistiques, la liste (les dons et donateurs, la liste des principales accessions, et des listes de livres, par sujets, qui constituent un vaste catalo- ^cméthodique. Les numéros de maietjuin 1907 sontoonsacrés fiUï œuvres sur la navig-ation et les sciences de la marine.

Voici les chiffres de ces 2 mois Référence : achats, 756 et I.38G vol., 696 et 726 brochures, — dons : 1.324 et i.oSq vol., 3.684 et 2.3o8 brochures. Le nombre des volumes catalogués est de 4.1 38 et 4-545, de brochures 1.704 et i.5.')2. Il a été ^rit à la main 10. 685 et 8.062 cartes, à la machine 2.293 et ï-79o,ces dernières reproduites à 11.093 et 10. 543 exemplaires. 11 faut noter, outre les expéditions temporaires, le dépôt de certaines collections spéciales. L'on envoie à telle bibliothèque

étudier et faire coanaître en France. Je ne puis que signaler la grandeur de celte tâche. Ce sera un beau livre à faire.

On ne saurait reg'arder la question de trop haut. Un homme: au courant d'une question vaut beaucoup. Tout un peuple au courant, qu'est-ce donc...! — Et comment un peuple se met-LI au courant ?

Puissc-je avoir fait comprendre à quelques-uns que, dans un peuple qui sait ainsi se servir des bibliothèques, les activités ont quelque chance de plus de se développer.

Un mot encore à propos de TAmérique.

On peut jeter à la tête des partisans de bibliothèques libresle libre commerce des livres. Eh bien, qu*on trouve dans un pays sans bibliothèques un marché tel que TËtat de Massachusets qui dépense par an, à lui seul, plus d'un million de francs en livres ! l'importation de livres aux Etats-Unis — malgré les contrefaçons — va dans les quinze millions.

Sans doute certaine littératurey perd. Il y a des livres qu'on n'osera jamais acheter collectivement ; on les achète pour soi et on les cache. Je sais des commerçants qui perdraient quelque peu, moins cependant que la santé du pays n'y gagnerait. En revanche, que de livres sérieux, utiles ne peuvent trouver un débouché suffisant que par les bibliothèques! Collections scionlifiqucs, périodiques coûteux, qu'un particulier n'a pas d'argent pour acheter, pas de place pour conserver... Nous avons le triste palliatif de souscriptions de ministères. Le libre achat par des milliers de bibliothèques est une sélection autrement sérieuse, et certes moins entachée d'intrigue.

Voilà donc, en gros, ce que j'ai appris sur cet organe nouveau, désormais essentiel de la cité moderne : la Bibliothèque libre.

Invention américaine I

Oui. Mais si l'Amérique est trop loin, il y a un exemple plus près : c'est l'Angleterre.

Elle a réalisé, tardivement, mais promptement, un réseau de bibliothèques libres par des moyens qu'il ne tient qu'à nous d'employer.

C'est sur l'Angleterre que j'insisterai encore. Je prie les

Français — qui donc ne va pas une fois à Londres? — d'entrer une fois dans une- bibliothèque publique. Pas le British ; le firiti8h,nous Tavons, et peut-être mieux. Mais une libre publicpe ~ ce qui serait une populaire en France et ce qui là-bas csst celle du Peuple, par un ^and P, pour un grand Peuple. Il y en a partout, 80 à Londres, et une dans chaque petite ^lle. Toutes ouvertes jour et soir, sans interruption, toutes avec leurs 3 salles : journaux, prêt, références.

Ce que je dis ici, après MM. Lan/^lois, Pellîsson, Chevalier, et d'autres, il y a six ans que le D' Schultze Ta dit aux Allemands, et le mouvement chez eux déjà se généralise.

Je ne voudrais pas faire de déclamations morales, crainte de nuire à une cause qui peut-être est d*ordre moral supérieur, idéal — mais qui avant tout est une machine rudement commode, dont on ne se passe pas plus, quand on la dans sa ville, qu'on ne se passe de l'autre lumière, celle du gaz.

Mais quand une chose est commode, les Anglais ne négligent pas d'j voir une œuvre magnifiquement moralisatrice. Et les grands écrivains qui vers i85o lancèrent ce grand mou- ?ement pratique, créèrent ces outils, prêchèrent pour ces maisons utiles, en reçurent du coup le don de prophétie.

Ouvrez une école, fermez une prison, disions-nous de même en 48. Créez des bibliothèques, et cela fera, nous dit Luhbock, une grande économie sur le budget des prisons. Deux façons de dire la même chose. Et Dickens, Thackcraj, Bulwcr-Ljtton prophétisaient la renaissance d'un peuple, la diminution des crimes, l'aisance répandue avec l'instruction, les caliarcts concurrencés par les libraires, et la grande, la plus grande Angleterre triomphante.,.

On croyait cela, il j a cinquante ans.

Comme on le croyait bien, cela fut.

Sans doute ils n'ont pas fait que croire, ils ont agi. Et je ne veux pas du tout affirmer à des Parisiens que des écoles, (les bibliothèques, cela empêche les Apaches et les révolutions. Tous les journaux nous disent que non. Il n'y a pas vingt ans que nous avons des écoles, nous n'avons pas encore de bibliothèques, mais nous avons des journaux... Et, en effet, on ne voit pas bien le lien, la causalité entre de bonnes bibliothèques et la prospérité d'un peuple.

On voit ces choses aller ensemble comme la fumée d'un train et le mouvement des roues, mais la causalité, rien ne dit qu'il y en ait, il n'y a peut-être qu'unité. C'est peut-être ainsi

que la douche froide donne de la vigueur, parce que seuls le vigoureux aiment la douche froide... J'ai vu en Ecosse de beau: musées industriels où les réductions de bateaux, d'usines de hauts fourneaux, de locomotives, coupes, schémas, ou par faites petites mécaniques réduites marchaient,.. Et le pu blic était prié de toucher, de manœuvrer lui-même. Maisc'es l'argent des industriels de la Clyde qui semait cette graint d'enthousiasme industriel. Elle était un effet, elle n'était pa une cause...

Allons donc! elle était une cause également. Ce n'est pas u hasard qui réunit dans le même corps le génie d'affaires d< l'industriel de Pittsburgh et le grand fondateur des bibliothè ques. Le Carnegie de l'un est le Carnegie de l'autre.

La force qui ruait le petit télégraphiste à dévorer les livre; de la bibliothèque publique et celle qui décidait le parveni à répandre partout des bibliothèques publiques, sont bien h même force généreuse de conquête.

Identifier cette forme d'impérialisme à l'autre, ce n'est poin la ravaler, c'est réhabiliter l'autre.

Si l'étude des faits n'avait d'autre récompense que le peti sourire qu'on a en crevant les erreurs qui furent fécondes, c< serait un sport malsain et une grande niaiserie que ce scepti cisme qui se dupe jusqu'à se voler à lui-même la plus grandi joie : agir. Que ceux qui ne peuvent vivre dans rinexpliqu< tiennent la rampe, l'important est qu'ils avancent.

Ainsi nous faut-il bien contenter d'empirisme, et constate] qu'il y a des faits qu'on voit ensemble, sans trop savoir comment ils se donnent rendez-vous.

Pas plus que les griffes du chat ne sont causes de ses moustaches et de son agilité, les bibliothèques d'un pa^rs ne son^ causes ni effet de sa prospérité, sans quoi il suffirait de met* tre du rouge pour guérir de l'anémie.

Mais l'expérience remarque des choses qui vont ensemble Elles vont du môme pas, comme ces bons marcheurs qui balancent le bras en cadence... Et ils ne nous diront pas en quo consiste le rapport du bras qui se balance et de tout le corps qui marche. Ce qui est silr, c'est qu'on ne marche pas auss bien les bras croisés.

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