I. — Fabrique de fiches
Si rétablissement d*une bibliographie générale donne prise à beaucoup de discussions, il y a tout au moins une partie pratique, immédiate, urgente, que personne ne conteste. Pour faire un catalogue, ou n'importe quelle bibliographie, il faut des fiches. Et quand on a des fiches, on peut discuter la meilleure façon de les classer, mais si l'on a beaucoup de fiches on peut mettre toutle monde d'accord en les classant de toutes les façons. L'usage décidera du meilleur catalogue, quand on on aura le choix entre plusieurs.
Rappelons les faits : tout ouvrage imprimé en France, déposé en double exemplaire à la préfecture, y donne lieu à une déclaration, un reçu, un état d'envoi au ministère — qui est celui de Tlntérieur. Les bibliothèques dépendant du Ministère de l'Instruction publique, un exemplaire y est dirigé, tandis que l'autre va directement à la Bibliothèque Nationale. Inscriptions, reçus, envois... Inscription réglementaire dans chaque bibliothèque à l'arrivée, et, dans chacune, entreprise de catalogue, tandis que, durant son passage au Ministère, toute publication a déjà été décrite, cataloguée dans la Bibliogrc' phie de la France^ ou Journal de la Librairie, qui atteint sa cent dixième année.
L'on sait que la Nationale, outre le Catalogue général en cours, réimprime la plus grande partie de ce Journal de la Librairie sous le nom de Bulletin français y - ce qui porte à 3 le nombre (TimpressionSf sans compter les dix à vingt opérations manuscrites...
De leur côté, différents éditeurs refont des bibliographies de
la France sous différentes formes. On en fait de générales (le Soudier, Lorenz, etc.), de spéciales (Bibliographies scientifiques, Annuaire de la presse, etc.).
Un grand nombre des volumes — et ce qui est le pire : les mêmes partout — vont se trouver dans les Universités et les grandes municipales. D'autres dans les petites municipales, les populaires, et d'autres, absolument les mêmes, dans les scolaires... Il y a chaque année un bon millier d'ouvrages dont le nombre de fiches se comptera par centaines, et une centaine dont le nombre de fiches se comptera par mille...
Tandis que les bibliothèques de France ne trouvent pas de quoi acheter les livres les plus indispensables...
Or, si le prix d'une fiche en gros est de bien moins d'un centime, on peut évaluer à deux sous une fiche manuscrite, à dix rimpression, et nous les voyons imprimer, non pas une fois pour toutes, mais plusieurs fois pour une.
Cependant on se plaint que les bibliothèques de France n'ont pas toutes un catalogue. Et en ce qui concerne les sujets et le dépouillement des périodiques, non, les Bibliothèques n'ont pas de catalogue.
Aussi l'entreprise privée (Catalogue international. Institut bibliographique, Lorcnz, le Soudier, Bibliographie scientifique, etc.), supplée-t-cllc de son mieux en réimprimant de diverses façons la Bibliographie de la France,.. Mais tout cela n'étant pas officiel, les bibliothèques ne sont pas habituées à s'en servir. Elles s'en vont refaire cette besogne dix fois refaite pour ne pas être faite.
Et c'est bien parce que tout livre est catalogué de vingt à mille fois que la France n'a pas de catalogue !
Et ce n'est pas qu'on ne s'en occupe, qu'on ne tra vaille.. • Les bibliothécaires ne font plus que du catalogue. La plupart voient là l'essence même du métier, et sourient à toute idée d'influence morale, scientifique ou utilitaire qu'ils pourraient exercer...
En Tan IX, la Direction de l'Arsenal se plaignait déjà que « le public vient quatre fois par décade interrompre les catalogues... ». Il y a là un état d'esprit beaucoup plus grave que la perte d'argent et de temps qu'il occasionne, et c'est pourquoi cette chicane sur de petits travaux me semble d'importance sur l'avenir même de nos bibliothèques.
Sainte-Geneviève, si pauvre et si nécessaire au public studieux, Sainte-Geneviève qui n'a pas de quoi se payer les livres
les plus courants, s'amuse à imprimer un catalogue. Il est très commode, ce catalogue, très bien fait. Mais on imprime un catalogue... pourquoi? Pour qu*il tienne moins de place. Or, avec le public sale, filou et sans soin de Sainte-Greneviève, son catalogue imprimé ne tient pas assez de place! On le colle sur des cartons, on le grossit comme on peut, on l'attache avec une chaîne... On tâche de faire comme s'il était manuscrit
Nous parlons ailleurs des splendeurs du catalogue d'Âlençon et du joujou de TUniversité de Paris, qui s'est amusée à imprimer à la suite les uns des autres les titres de tous les périodiques qu'elle avait. Même sport à Reims, et ailleurs.
Inutile de dire qu'en dehors de la maison, de tels catalogues ne servent h rien. Seuls, des catalogues de manuscrits, de livres précieux, de séries uniques, ou alors des catalogues de bibliothèques de prêt, qui peuvent se vendre à bas prix et payer leurs frais, justiHent leur publication.
Il est parfaitement inutile d*apprendre à rUnivers que Sainte- Geneviève ou l'Université de Poitiers possède Victor-Hugol Elles feront mieux do ne rien dire et de l'acheter s'il manque.
Eliminons donc les catalogues de bonne vente, et ceux de luxe, bien qu'il y ait là-dessus terriblement à dire, et que les milliers de francs versés par l'Etat pour satisfaire la curiosité de ceux qu'intéressent les incunables eussent pu se répartir entre des curiosités plus variées...
Nous aborderons donc résolument le problème : Est-ce qu un Catalogua pour tous ne suffirait pas?
Il nVst pas question de publier un Catalogue omnibus^ mais d'en fournir les matériaux : la fiche.
Que faut-il mettre dessus? Tout ce que l'on voudra. Faitesla la plus longue et inutilement longue qui soit, mais ne la faites qu'une fois.
Tous les pays se sont eiforcés vers l'unification. Aucun, à vrai dire, même T Allemagne, n'y est arrivé complètement. Boston et Washington se font concurrence à vendre des fiches, et prétendent même en vendre en Angleterre. Mais de grands pas ont été faits. Nous avons cité Zurich, le Danemark, Bruxelles...
11 semble que la France, par sa centralisation, devrait être en tête pour unifier. C'est le contraire.
C'est au moment où le livre entre au service de l'Etat, — le
;ervîceest obligatoire de par la loi pour tous les livres, — qu'on ui peut mettre un uniforme. Et il ne s*agît là que d'une entente între ces services publics, demi-publics, ou privés, qui refont ous niaisement la même chose, et ce n'est pas une dépense, î'est une économie...
Voilà ce qui rend tout difficile ! Si c'était une dépense...
Une entreprise neuve et qui crée des emplois soulève des enthousiasmes, mille personnes intéressées s'y intéressent. Mais me utilité g'énérale ne se remue |>as elle-même. C'est lourd, :ela n'a pas deux bonnes jambes qui vont où il faut, et si, par à-dessus, ça menace d'économie... ! Priver les bibliothécaires le a leur» catalogue, qui est leur honneur, leur titre à lavanrement, à l'Institut, souvent le petit complément d'une mai- ^ solde! En vain le rangement de fiches toutes faites leur ouvrirait un champ immense d'innovation, de travail personlel, — cela n'est pas si tentant qu'une liste copiée, un travail inutile autant que mécanique, mais qu'on imprime et auquel m met son nom, qui fait « une œuvre ». Un rangement de îches, cela ne sert qu'aux gens de mon pays. Un catalogue ne eur sert à rien, mais il me sert.
Ainsi, nous ne voyons aucun effort fait pour unir les cataogues français des livres (jui paraissent, mais la question d'une bibliographie générale du passé s'est posée sérieusement, a été onguement discutée, et Ton a fait œuvre de prudence, de (nodestie extrême en se bornfint aux livres de la Nationale.
Bornons-nous plus encore. Laissons le passé. Réservons la jibliographie générale, les catalogues spéciaux. Bornons-nous i l'arrivage courant, annuol dos livres et périodiques dans les [bibliothèques. C'est cet apport constant dont nous avons le iroit d'exiger désormais le classement intelligent. C'est tout :e présent et tout cet avenir qu'il faut cataloguer.
Et il faut bien lo dire, qu'on ne le fait pas, malgré des folies le catalogues, et dix fois plus d'argent dépensé qu'il ne fauirait pour le faire. On ne le fait pas, et on va pour ne pas ivoir à le faire « jusqu'à refuser parfois les livres nouveaux ».
On ne le fait pas... Est-ce à dire qu'il n'y ait point partout le reffistre d'entrée, et l'index des auteurs fort bien tenus et :»Iligraphiés, et, partout où il y a un bibliothécaire sérieux, un catalogue de matières, systématique ou par sujets, et par- Fois, comme à Caen, les deux. La bonne volonté et le zèle abondent, des dévouements admirables consacrent le temps le plus précieux à cette besogne énorme... Mais quoi, ils sont
deux, trois ou un, à tout faire I Qu'ils reçoivent seulement ud millier de volumes par an. Ceci représente,pour 3 catalogues et le rej^istre d'entrée, 4*ooo titres, soit un pensum de plus de 10.000 lig'nes, sans qu'il y ait un double pour les catalo^es fatigués,et sans que volumes ni périodiques soient dépouillés.
Et voilà ce qui est tout à fait graye. Mille volumes,c'est bien peu, mais si seulement un bon index de ce qu'ils contiennent pouvait être fait, ce ne serait plus un mille, mais deux ou trois ou dix que vaudraient ces mille volumes.
Les bibliothécaires peuvent-ils faire cette besogne?
Ils doivent ne pas le pouvoir. Car, pour se livrer à un tel travail, il faut: i**que la bibliothèque reçoive très peu de livres; 2^ qu'elle reçoive encore moins de public. Et alors ce travail est tout à fait inutile... — Et lorsqu'on vous cite, dans telle ville, un catalogue complet, avec longues descriptions, on peut conclure tout de suite, connaissant le budget, que le bibliothécaire a bien du temps de reste, et ferait mieux d'aller se promener le long des quais. Avec le prix de ses fiches, il achèterait quelques volumes, attirerait quelques lecteurs.
S'ils ne peuvent la faire matériellement, le peuvent-ils moralement? Beaucoup se croient assez savants pour le faire; on réclame des examens spéciaux à cet efiPet. Les bonnes gens admettront sans démonstration qu'un homme ne peut tout lire ni tout savoir, et que, pour classer les livres d'une science, il n'est pas inutile de connaître cette science.
Le dépouillement sera donc mieux fait par un service central avant des spécialistes que par chaque bibliothécaire dans son trou. Il nous faut une Bibliographie totale de la France, et de la part qu'elle en reçoit ou en achète, chaque bibliothèque a assez à faire de présenter commodément, utilement les fiches classées.
Une Bibliographie de la France, c'est, ce devrait être le journal de la librairie, ou le Bulletin de la Nationale; mais en plus :
i<> Division de matières pour qu'on puisse le lire. A parties annonces, le (( Journal », comme le Bulletin, est parfaitement illisible, n'étant divisé qu'en livres, musique, estampes. La division en dix à vingt groupes de livres est indispensable. Il faut qu'à Vagriculture^ comme maximum de généralité.on puisse lire ce qui a paru. C'est un contrôle indispensable. Eston au courant? A-t-on acheté les livres indispensables ? Le
journal de la librairie ne divise qu'annuellement dans sa table. C'est trop tard, et les listes sont trop long'ues ;
2^ Ce n*estpas un exemplaire qu'il en faut, mais une dizaine, prêts à coller, ou tout cartonnés, imprimés sur papier spécial, d*un seul côté. Tout cela se fait en Amérique. Le bulletin ordinaire est reçu ; le bibliothécaire renvoie la liste des numé* ros dont il veut des fiches, et le nombre qu'il en veut.
Dans la pratique, il se peut qu'on fasse plusieurs éditions de ce bulletin. Nous avons un excellent bulletin des bibliothèques populaires, qui envoie des notices critiques, pour conseiller de bons livres. 11 serait excellent que ces notices mêmes, en Tespèce, servissent de fiches dans ces bibliothèques. La littérature scientifique, qui a besoin de livres étrangers, pourrait peut-être, par une entente avec la bibliographie scientifique internationale, éviter de doubles emplois. Je ne mentionne ces combinaisons possibles que pour éviter des objections trop faciles. Je sais que a nous avons déjà »... Je parle surtout pour qu'on « se serve de... »;
i^ Le dépouillement des livres et périodiques. Nous en avons montré la nécessité.
On trouve dans le Bulletin de la Library de New-York un bon petit guide à* Indexing de Mclvil Dewey.
Œuvre énorme, arbitraire sans doute, puisqu'on n'y peut faire tout rentrer, mais qui réalise une économie : celle de livres qu'on n'a pas à acheter à part.
On ne saurait trop insister sur la nécessité A' indexer aussi les volumes, comme on le fait beaucoup à présent en Amérique et en Angleterre.
J'ai sous les yeux les Essais optimistes de MetchnikofF. Voici un titre aussi évocateur que Vopus de tel musicien... 11 serait possible de faire une vingtaine de renvois fort utiles à ce volume à propos des questions qu'il étudie, relatives à la vieillesse, à l'intestin, à l'acide lactique, etc.
Une vingtaine ce serait trop, n'est^Kie pas? — On en fera plus de cinquante, en vérité, car plus de cinquante bibliothèques auront à classer ce volume au nom chinois de MetchnikofT, ou à ce titre fumeux, ce titre qui ne révélera pas de quoi il s'agit dans ce livre à un sur mille de ceux qu'il peut intéresser.
Apprendrai-je à quelqu'un qu'une Revue dite des Deux Mondes est achetée par plusieurs Bibliothèques en France? Je ne sais pas combien, je sais qu'il y en a plus d'une. Combien de ces bibliothèques ont dépouillé cette revue, ne serait-ce
que pour ne pas racheter en volumes ce qu'elle apublié?Et vraiment c'est la moindre utilité, carsurles Mormons, le Braidisme et la fabrication de la bière, elle publia des articles de réel intérêt, — et que nul volume ne remplace, et que nul lecteur ne cherchera dans les tables de la Revue des Deux Mondes.,. Et si quelques bibliothèques, dix, ce que je ne crois pas, ont pris la peine de dépouiller cette banale revue, — il suffit de copier ou découper les tables qu elle publia — ce serait dix de trop, puisqu*une aurait suffi ! Une fabrique de fiches centrale, pour quelques sous, enverrait aux bibliothèques aboanées à la Revue des Deux Mondes, toutes les fiches intéressant les divers catalo|9;iies : auteur, sujet, systèmes, titres, etc. Il suffit qu'une bibliothèque adresse chaque année la liste des revues qu'elle reçoit I Et ceci équivaut à multiplier en fait le nombre des livres que la France possède.
Ainsi la France moderne est d'une misère en livres qui n'assure nulle part des études sérieuses, en très peu d'endroits les lectures courantes... Partout l'insuffisance non seulement de livres, mais de personnel, et de catalogues vrais.
Cependant autant il j a de bibliothèques, autant de fois les fiches nouvelles des mômes livres, sont recalligraphiées à grand'perte de temps, souvent réimprimées àgrand'perte d'argent, quand il ne passe pas quelque inspecteur pour s'assurer que ce travail stupide a été fait, qu'il a bien été fait partout de la môme façon...
Or tous les volumes de France sont centralisés, sont mis en fiche une fois, d'abord officiellement...
Est-ce que vous trouvez que cette plaisanterie n'a pas assez duré et que le courage le mieux intentionné n'ose pas demander d'argent pour des bibliothèques qui le gaspillent si niaisement ?
Nous ne trouvons pas de terme assez formel pour conclure, et donner notre solution au problème du Catalogue dans les bibliothèques de France.
C'est une question qui ne se pose pas, ou peut cesser de se poser dès qu'on voudra. Personnel, argent, colle, papier, on a tout ce qu'il faut. Mais il faut encore quelque chose: unecen-
tralîsation. Grand Dieu! ce n'est pas cela qui nous manque, et il nj a qu'à l'appliquer à quelque chose d'uUle.
Des fiches toutes faites permettent non seulement le catalogue orthodoxe, mais une foule d'autres...
La question de forme et la discussion du système sont donc ici hors de cause. La question d'argent ne se pose môme pas. La Bibliothèque Nationale, qui imprime deux fois, une fois dans un Bulletin et une fois dans son catalogue, les notices des livres nouveaux, pourrait être autorisée à ne les imprimer qu'une et à vendre ses fiches toutes faites, elle y gagnerait de quoi finir son catalogue. Ceci tout de suite, à l'essai, en attendant mieux : la réforme du Dépôt légal.
Et maintenant nous ajouterons qu'il y aurait quelque chose d'aussi indispensable que ce catalogue des livres que possèdent nos petites bibliothèques de France. C'est celui des livres qui leur manquent...
Combien il eût été plus utile, pour les gens d'Alençon, d'avoir une bonne bibliographie générale que la liste si bien imprimée de leurs aS.ooo vieux livres, où il y a si peu à lire!
Pour se faire apporter les 3 volumes de la maison sur le cheval, les éleveurs de la région n'ont que faire d*un catalogue, mais ils auraient besoin de répertoires sérieux pour savoir que la conservation des fourrages a fait dernièrement un progrès réel, que l'on trouve dans telle revue un article profitable à leur métier, et que le bibliothécaire doit vite le leur procurer Les éleveurs ne vont pas, je le sais, à la Bibliothèque. Je ne dis pas : ils devraient y aller. Je dis : la bibliothèque devrait faire qu'ils y aillent.
La conception du « Catalogue » est donc tout à fait surannée et oiseuse. 11 y a bien certains cas où elle s'applique utilement : une vente I Une bibliothèque close, finie, bouclée — qu'on la mette au musée ou qu'on la mette en vente, — cellelà peut se catalo^^uer, elle ne vit plus. Mais une bibliothèque qui assimile encore a des yeux sur le monde, des mains pour prendre. Elle n'a pas à raconter ce qu'elle a, mais à savoir ce qu'il lui faut. Les malades seuls s'occupent sans cesse de leur estomac; les gens sains songent aux plats quand ils sont sur la table, et ne se préoccupent plus de ce qu'ils ont avalé. Les déchets de la science depuis longtemps digérée chargent nos dc{)ots do livres qui se tùtent sans cesse.
Le problème de trouver vite des livres ne se pose que dans
de très rares bibliothèques. Des tables, des concordances peuvent remplir ce but dans les dix ou quinze maisons de France où les livres sont vraiment nombreux.
On exagère beaucoup le problème des recherches, parce qu'on ne songe qu'au nombre brut des volumes, alors qu*il ne s'agit que de vieux fonds d'avant la Révolution, qui sont maintenant classés, et dorment bienheureux ! Et il ne reste souvent pas mille volumes par an à connaître et à arranger. Séparez le vieux du neuf et le problème est tranché.
Quant à l'arriéré dont le catalogue n^aurait pas été fait, et aux séries uniques ou très rares dont la collection vaut la peine d'être imprimée et publiée, il y a tout intérêt à distinguer cette partie curieuse de la masse banale des livres qui sont les mêmes partout. L'initiative personnelle n'a jamais fait défaut à ce genre de travail, il est tout indiqué notamment pour remplacer les thèses latines autrefois obligatoires. Mais en aucun cas ces travaux de curiosité particulière ne devraient peser sur le budget ni le personnel de nos bibliothèques. Elles ont en France, dans leur pénurie de livres et de gens, des besognes autrement urgentes.
Il est temps que la bibliographie française soit tenue à jour. Et il est temps que les bibliothèques servent à autre chose qu'à faire des catalogues.
Qu'elles s'occupent d'avoir un public et des livres.