AAA AAA AAA NPA AAA SARA AR SA AAA AAA AAA A RAAARAAARAAA RAAARAAA
Muror est peut-être l'écrivain le plus prodigieux des temps modernes. À quelque sommet du Parnasse que s'élèvent les autres poëtes , leur muse habite pourtant sur la terre : celle de Milton réside au èiel » à côté de David et d’Isaïe; c’est du ciel même qu’elle nous fait entendre des hymnes si ravissantes, qu’on les croirait chantées dans un ancien idiome , ou plutôt dans une langue à part, réunissant à la finesse et aux ingénieuses combinaisons des langues nouvelles , la hardiesse figurée, la pompe et l'harmonie de celles de l'antiquité.
Et cet homme, dont l’âme. fut aussi belle que l'était son génie, ou plutôt dont le génie n’était que l'expansion même de son âme, mourut pauvre, méconnu, calomnié! La postérité le venge tardivement de l’injure des contemporains; mais la réparation est-elle généralement complète; et si les compatriotes de ce grand homme ne mettent point de bornes aux hommages qu'ils rendent à sa mémoire, nous, Français, n’ayons-nous pas consèrvé contre lui quelques injustes préventions ?
J'accepte pour Milton le reproche de s'être montré protestant parmi des protestans , et républicain parmi des républicains. Je ne le justifierai point d’avoir été, avec
une intégrité et un désintéressement rares, le secrétaire de Cromwell, dont Mazarin fut le flatteur et Louis x1v l'allié. Je me tairai même sur l'opinion qu’il émit®n faveur du régicide, long-temps après une grande catastrophe à laquelle il était resté complétement étranger ; cette opinion, que je ne partage pas, appartient à la controverse; or, dans Îles choses sur lesquelles le sentiment des hommes n’est pas unanime, les apologies sont superflues ; elles ne convainquent point les adversaires, * et n’ont pas besoin de convaincre les amis. Mais qu’on nous représente Milton comme un fanatique, comme un pédant, et ses œuvres comme un amas d'argumentations scolastiques , parmi fesquelles brillent le Paradis perdu, tel qu'un astre unique au milieu d’immenses ténèbres, voilà ee qui ne peut être le fruit que de la première défaveur avec laquelle son nom fut reeu parmi nous, et d'une extrême légèreté à reproduire sans examen des impressions accréditées. *
Non, sans doute, ce n’était point un pédant, celui qui voulut réformer les études de son pays en substituant l’analyse aux vieilles méthodes, les exercices gymnastiques et les promenades à la prison sédentaire des classes, les arts libéraux et les sciences d'application à Fenseignement exclusif du grec et du latin. -Ge n'était point un pédant, celui qui ne cessa de se moquer des obscures et assommantes homélies des prédicateurs de son temps, et de toute espèce de morgue et de routine doctorale ; celai qui, joignant partout l'exemple au précepte; et montrant ce que peut, sans appui et sans guides, la haute sabacité du génie. sut prendre, selon les matières qu'il traitait, le tom qui leur était convenable, depuis lexaltation séraphique de Platon jusqu’à le malice ingénieuse
de La Bruyère ; qui, en un mot, fut érudit avec choix, orateur avec grâce, dialectitien avec simplicité.
Gelui là non plus n'eut de fanatisme d’auoune sorte, qui voulait que toutes les opinions pussent être exprimées sans contrainte ; qui s’écriait dans son Discours ser la . Hberté de la presse : « Qui, les temps sont venus de
parler et d’écrire franchement sur toutes les matières’ de bien public. Laissez la vérité lutter avec l’erreur; qui a jamais vu que, dans « un combat libre et ouvert, la vérité fût vaincue ? »
Et plus loin : « Ne sont-ce pas de vains fantômes, toutes ces puériles disciplines clouées récemment au bois de la croix ? Quelle noble conquête ce serait, que celle de cette liberté chrétienne dont saint Paul se vante ‘ai souvent ! Sa doctrine est que celui qui mange ou ne mange pas, observe une fête ou ne l’observe pas, peut être également agréable au Seigneur. Combien d’autres choses pourraient être tolérées paisiblement et abandônnées à la conscience, pourvu que nous eussions de la charité et que l’ardeur de nous juger les uns les autres ne fût pas l’entêtement continuel de notre hypocrisie }» À la vérité, sa tolérance eut une restriction , elle excluait le catholicisme ; mais cette erreur, qui.est encore aujourd’hui celle de la nation anglaise, avait alors l’excuse des temps. On est un grand homme parce. qu’on s'élève en quelques points au-dessus de son siècle ; le dominer en toute chose, serait la perfection d’un disu.
Plus les œuvres variées de Milton nous deviendront familières ,: plus neus reconnaîtrons que ni les hautes et et suaves pensées , ni le talent doux et sublime qui lni inepirèrent la peinture de l’Éden, ne l’abandomnèrent dans ses autres compositions. Jamais il ne sépare ni ls morale
de la religion, ni la religion de l'amour. Cette liberté même, la passion de son âme, parce que son âme était généreuse et forte, n’est rien pour lui sans l’ordre et le repos. « Ah! dit-il, je tiens sans doute à la défense de nos justes immunités, mais plus encore à la paix, si ce devait être là mon seul bien. Donnez-moi, par-dessus toutes les autres libertés , celle de connaître, de m’exprimer et de discuter librement, selon les inspirations de ma conscience. » Et voilà celui qu’on ose nous montrer comme un turbulent novateur et comme ut factieux ! Toutes les idées d'améliorations politiques et sociales qu'il a conçues pour son pays, ne sont autres que celles qui s’y sont fondées depuis par le renversement du pouvoir. arbitraire; et s’il les présente sous la forme républicaine, c’est.qu’alors la république anglaise était .proclamée. Dans les écrits qu'il publia lorsque Charles 1° vivait encore, rien ne provoque la chute du trône; sa pensée attendit, pour se manifester tout entière, qu’elle fût en harmonie avec les lois. Les préventions lui ont fait un reproche de cette réserve même, et ont blâmé en lui, comme ayant suivi le jugement du roi; des attaques qu’elles eussent blâmées bien plus fortement encore pour l'avoir précédé. Milton, dans son ouvrage, dit positivement que son intention n’est pas d’outrager le malheur ; qu'il ne veut que répondre à la clameur turbulente des factions et consolider l’ordre établi. Ah! même en ne considérant la mort de Charles 1‘° que comme une grande infortune , jamais il n’aurait.eu la froide barbarie d’y in- ‘sulter, cet homme tendre et généreux qui , non content d’excuser en sa première femme le crime de l’avoir quitté par esprit de parti, lui rendit toute son affection, et partagea , avec les parens inftigateurs de sa fuite, des res-
NOTICE, 7 sources à peine suflisantes pour lui-même. Un homme est jugé par cette action seulé; et quel de ses adversaires eût été capable ‘d'y correspondre ? Tous les siècles ne nous disent-ils pas que les ennemis de la liberté ne pardonnent jamais 2
Les nobles sentimens de Milton lui portèrent bonheur dans presque tous ses ouvrages, en vers ou en prose ,. connus ou ignorés de nous. En prose, ä est judicieux et. éloquent, soit qu’il écrive l’histoire avec l’élégante simplicité de Xénophen, soit qu'il trace à l'éducation. des. préceptes que nous aurions besoin d’adopter en France ,. soit qu'il défende contre Paveugle intolérance des-partis. la cause de la philosophie et de la liberté. En vers, il est. sublime et gracieux, soît que les muses latines lui ins-
pirent des chants empreints de l'harmonie et de la sensibilité de Virgile ; soit qu’en des poésies pastorales, philosophiques ou religieuses , il assouplisse la rudesse de sa propre langue, et vêtisse de richesse et de grâce s sa nudité septentrionale.
Parmi tant d’opuscules remarquables en des genres divers, et qu'il est je puis dire honteux pour nous d'ignorer , je choisis ici l’un des plus remarquables, l’Aréopagitique, ou Discours en faveur de la liberté de la presse, adressé au long parlement, en 1644, quatre. ans avant le jugement de Charles 1“. Les presbytériens , après avoir renversé la hiérarchie épiscopale, voulaient. s'attribuer cette même inquisition des écrits, cette même dictature de la pensée que les prélats avaient rendue. si odieuse ; et le parlement, par une erreur commune aux temps de révolution, ne reconnaissant plus le despotisme . sous les couleurs populaires, avait ressuscité l’exécrable institution de la censure. C’est contre cot acte. surpris à.
er ———
des intentions droites, mais mal éclairées, que Milton s'élève avec une force de raisonnement et d’éloquence dont les temps modernes n'avaient pas encore d'idée. Je le dois dire, parce que j'ai surtout à cœut d’être vrai, l’asservissément de la presse n’était point dirigé contre le parti du roi, ainsi que Fénonce un des biographes de Milton, qui, souvent injuste à son égard, semble lui faire honneur ici d’intentions autres que les siennes. Ce parti était trop faible dans l'opinion pour que le parlement le regardât comme redoutable la plume à la main ; et nous voyons même, par l’Aréopagitique, que les écrits les plus violens et les plus hardis en faveur de la royauté, circulèrent assez librement sans que l’autorité les troublât ; c'était l'essor des idées de puritanisme et d'indépendance que le parlement avait dessein de comprimer. Mais il est certain que Mikon, en réclamant la liberté générale des écrits, sauf la répression de ceux qui troubleraient l'ordre public, n’était pas moins favorable à la cause royale qu’à sa propre cause. Si ses géné-
. reuses idées eussent prévalu , la défense du roi, au lieu
d’être livrée à des pamphlets virulens et clandestins, qui ne servaient qu’à irriter les passions , eût été confiée publiquement à des apologies graves, dont l'autorité eût pu calmer les esprits, et faire que la foudre, qui éclata quelques années plus tard, s’évaporât en paisibles discussions.
Milton , dans son discours , s'attache à prouver que la
‘ censure des écrits naquit avec Finquisition religieuse,
dont elle fut constamment la sœur et l’auxiliaire, et que les gouvernemens anciens ne connurent rien de semblable; que par-là on ne supprime aucun écrit dangereux ; mais qu’en revanche, on réussit merveilleusement
NOTICE. 9 à avilir et à décourager les lettres, et à étouffer tout progrès dans les sciences et toute vérité. Son ouvrage est une histoire et un traité complet de cette riche matière. Aucune face du sujet ne lui échappe, et plusieurs aspects envisagés par lui, n’ont été vus par aucun autre. Sa dialectique est vive et pressante , son érudition choisie, ses détails malins et ingénieux ; son style énergique, rapide, figuré, rarement déparé par le mauvais goût, et relevé souvent par une pointe d’étrangeté originale que j'ai tâché de lui conserver.
FIN DE LA NOTICE
ra
ARÉOPAGITIQUE (1);