‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques; (volume 2)Chapitre 2 sur 57 · DISCOURS EN FAVEUR DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

DISCOURS EN FAVEUR DE LA LIBERTÉ

« Ceci est la vraie liberté, lorsqu'il est loisible à chacun de .… proposer ce qu’il veut pour le bien public, ou de se taire. , Quoi de plus propre à assurer la prospérité d’un état!»

Evmirins, Swppliantes, v. 148.

Ce» n’est pas. sans “beaucoup d'efforts sur eux- ‘mêmes et sans un grand trouble d'esprit, HaurTe Cour DE PARLEMENT, que des citoyens*osent adresser la parole aux chefs des États; ou, si leur condition privée leur en interdit les moyens, qu’ils osent prendre la plume sur des matières de bien public. Les uns sont agités par le deute du succès; les autres par la crainte du blâme ; ceux-ci. par l'espérance d’être utiles ; ceux-là par la confiance de ce.qu'ils onit à dire. Et peut-être , selan les ‘ matières que j'avais à traiter, toutes ces diverses émotions furent-elles autrefois les miennes; peutêtre était-il aisé de découvrir à mes paroles l’im- ‘pression qui dominaïit en moi; mais la seule idée

de l'entreprise que je forme aujourd'hui et des hautes pensées qui s’y rattachent, me jette dans une agitation qu'un exorde peut difficilement exprimer. Je dois pourtant m'empresser de le déclarer : rien n’est plus innocent, pour ne pas dire plus louable, que la joie que je cause à tous les amis de nos libertés nationales, dont mon discours

est un témoignage, s'il n’en est pas un trophée,

En effet, qu'il ne soit apporté dans l’État aucun dommage aux citagens, c’est là une sorte de pros-

périté publique dont nous ne pouvons pas raison-

nablement concevoir l'espérance; mais que les

plaintes soient exprimées avec pleine licence, exa-

minées avec attention, réformées avec promptitude,, voilà le plus haut degré de liberté civile que des hommes sages puissent ambitionner. Or si je

prouve, par le seul fait de mes paroles indépendantes, que, de l'abime de tyrannie et de superstition où nous étions tombés avant de nous montrer des Romains et des hommes, nous nous sornmes élevés en grande partie à la hauteur de cette politique; il faudra rendre grâce d'un tel bjenfait, d’abord à Dieu, notre libérateur, et-ensuite à votre fidèle conduite et à votre sagesse in-

trépide, Lords et Communes d'Angleterre.

= La-gloire de Dieu n’est point blessée qu'on fasse l'éloge d'hommes vertueux et de dignes magistrats ; et, lorsque je commence à vous louer aujourd'hui seulement , après que vos belles actions ont eu un si long cours, et que le royaume a de si anciennes

DF LA PRESSE. 13 obligations à vos infatigables travaux, je ne puis être rangé que parmi les plus tardifs et les moins ardeus de vos admirateurs. Toutefois, il est trois conditions principales sans lesquelles tout élôge n'est que complaisance et flatterie : La première, de ne louer que te qui mérite des louanges solides; la seconde, de ne louer que ceux à qui , selon les plus grandes probabilités, les louanges se rapportent véritablement ; la troisième, de’ne louer qu'avec une persuasion si intime et si forte, qu'ebe exclue toute idée d’adulation. De ces trois ‘caractères, les deux premiers ont pu être remarqués dans la tentative que j'ai faite autrefbis, de vous venger d’un vulgaire et malveïllant panégyrique ; le dernier s'applique particulièrement à la circonstance présente. Car celui qui, en exaltant librement ce qui est bien, ne craint pas de déclarer ce qui pourrait être mieux, celui-là donne des gages certains de sa fidélité, et montre que ce n’est qu'aux effets que s’attachent ses affections et ses espérances. Il n’y a point de flatterie dans ses lohanges les plus fortes, et il y a une sorte de louange dans ses re° montrances les plus sévères. Ainsi, par exemple, il m'est facile d'affirmer, de prouver même que la révocation de tel de vos actes publics servirait tout à la fois la’ vérité, les lettres, et le bien général; et pourtant si les bons citoyens sont pleinement convaincus que la. franchise de ces représentations | vous plait mieux que ne plaît à d’autres hommes d’État une approbation servile, la hardiesse même

de mon discours fait ressortir la douceur et l'équité de votre gouvernement. Et c'est en cela qu'on peut voir la différence qui existe entre la magnanimité d’an parlement triennal , et la édäigneusehauteur qu'affectaient précédemment des prélats et des conseillers. de cabinet. Au milieu de’ vos victoires et de vos succès, vous souffrez plus patiemment la critique de vos lois, que les autres cours dont tous les titres se bornaient à une vaïne osténtation de richesses, n'auraient souffert la moïndre désapprobation de leurs ordonnances. Sf j'ose présumer assez; Lords et Communes, de vos sentimens doux et populaires, pour m'élever*contre un acte publié par vous,. je puis aisément repousser le reproche, qu’on m’adressera peut-être, d'innovation et d'insolence; j'apprendrai aux censeurs que je vois en vous les imitateurs de la-politesse 4égante de l’ancienne Grèce, et non les héritiers du sauvage orgueil des Huns ei des Norvégiens. Dans ces vieux âges, à la sagesse, à la science, à.l’aménité desquels nous devons de n'être plus des Goths et es Jutlandais, je puis citer l'orateur qui, de sa maison. privée, écrivit au sénat des Athéniens ce fameux discours tendant à leur persuader. de changer leur démocratie. Les hommes qui faisaient profession d’éloquence et de philosophie étaiént alor$ tellement honorés, non-seulement dans leur propre pays, mais dans les contrées étrangères, que les peuples et les sénats écoutaient -avec joie et respect ce qu'ils proposaient en public

DE LA PRESSE. 15 pour la réformation de l'État. C'est ainsi qu’un étranger ; un homme privé, l'orateur Dion Chrysostôme, sut jadis persuader aux Rhodiens de revenir sur un de leurs décrets (2): je pourrais multiplier à l'infini ces exemples. Quant à moi, dont la vie a toute été consacrée aux études littéraires, et dont les talens ne sont peut-être pas méprisables pour une latitude nord de cinquante-deux degrés, J'avoue que je n'ai pas le droit de me regarder l’égal d'aucun des grands hommes qui jouirent autrefois de ce beau privilége; mais je demande seulement à être placé dans l'estime publique un peu moins au-dessous d'eux, que vous-mèmes ne vous élevez au-dessus des hommes auxquels s’adressaient leurs avis. Et soyez sûrs, Lords et Communes, que vous donnez un témoignage non équivoque de cette supériorité, lorsque votre prudence obéit à la voix de la raison, par quelque bouche qu elle se fasse entendre ; 3 lorsqu’ elle vous dispose à rapporter un de vos propres actes aussi facilement que vous rapporteriez un de ceux de vos prédécesseurs. | D’après cette intention, dont on ne e peut doutér sans vous faire injure, je ne vois pas ce qui doit m'empêcher de mettre en évidence et cet amour de la vérité, dont vous faites hautemement profession , et cette rectitude de jugement qui vous rend si sévères à vous-mêmes. J'examinerai donc avec liberté, du moins dans quelques-uns de ses articles, l'acte (3) par lequel vous ordonnez qu’au-

cun livre, pamphlet ou feuille publique ne puisse à l'avenir ètre imprimé sans avoir été soumis à la censure. Assurément je n'ai rien à dire des dispositions par lesquelles vous punissez les contrefacteurs et assurez les intérêts du commerce, sinon que je voudrais qu'elles ne servissent pas de prétextes pour vexer et tourmenter des hommes, dont l’honnête industrie n'a rien à dé- ‘mêler avec les abus. Mais, quant à cette autre clause du rétablissement de la censure, clause que je croyais ensevelie pour jamais avec ses dignes sœ@rs les quadragésimates et les matrimoniales de nos défunts prélats, je me propose, dans ce discours, d'abord de vous prouver qu'elle a pour inventeurs des hommes dans lesquels il vous répugnerait de reconnaître vos guides; puis de rechercher ce que l’on doit penser en général de la lecture des livres, de quelque nature qu'ils puissent être, et de démontrer que cette défense n'atteint nullement l'unique but que vous ayez pu vous proposer, celui de supprimer les ouvrages scandaleux, séditieux ou diffamatoires. Enfin, je ferai voir que par là vous découragez toute science et arrêtez l'essor de toute vérité , dans les découvertes et les travaux faits ou à faire pour le bien de la religion et de l'État.

Je ne nie point que dans l'intérêt, soit de la cité, soit de l'Église, une grande surveillance ne doive être exercée sur les livres comme sur les hommes, et qu'il ne faille emprisonner et punir les uns et

et en ee LÉ D ne RS Re RS GORE

DE LA PRESSE: 17 les autres en qualité de malfaiteurs ; car les livres

ne sont pas absolument des choses mortes, et il y

a en eux une puissance de vie aussi active que l’âme dont ils émanent; on peut même dire que, tels que des instrumens de musique, ils rendent avec une expression fidèle tous les accords médités par la vivante intelligence qui les a produits. Je leur

reconnais la mêmevertu qu'aûx dents fabuleuses du

dragon ; semés sur la terre; ils peuvent enfanter des hommes armés. Ettoutefois, voyez combien il faut en ceci de circonspection et de discernement ! tuer un bon livre, c’est presque tuer un homme de bien ; ou plutôt celui qui tue un homme, tue une créature raisonnable faite à la ressemblance de Dieu; mais. celui qui détruit un bon livre, anéantit la raison elle-même .et la propre représentation de la divinité. Beaucoup d'hommes vivent, inutiles fardeaux de la terre; mais un bon livre est la substance même d’un esprit supérieur, réduite et embaumée pour lui survivre. Peut-être n'est-il pas très-fâcheux que les siècles soient inhabiles à ressusciter les hommes; mais que souvent les ré-

. volutions des âges ne puissent ressusciter .les véri-

tés détruites, voilà ce qui est nuisible aux nations entières. Vous voyez donc que les attaques portées à cette vie exquise de l’homme, qui se répand et se conserve dans les livres, peuvent, selon leur violence, s'appeler proscription, homicide, martyre, massacre même en quelque sorte, lorsque Ja prosçription ne tue pas seulement la vie élé- BIBLIOTH. ÉTRANG. Te IL. 2

mentaire. mais frappe Jusqu'à cette essence éthèrée, jusqu’à ce soufile de la raison même qui est moins une vie qu'une immortalité.

Mais de peur qu'en combattant la censure, on ne m'accuse de vouloir introduire Ja licence, je ne craindrai point de me jeter dans des détails historiques, pour montrer ce qui a été fait contre le désordre des écrits, par les anciennes et fameuses républiques, jusqu’à ce que la censure, enfant de l'inquisition, nous ait été donnée par nos prélats et même par quelques uns de nos presbytériens.

Dans Athènes, où l’activité des esprits et l'affluence des ouvrages’ furent constamment plus grandes qu'en tout autre lieu de la Grèce, je ne trouve que deux sortes d'écrits qui aient attiré l'attention du magistrat : ce sont ceux qui contenaient des doctrines impies et blasphématoires , ou des diffamations. Ainsi, par sentence de l’Aréopage, les livres de Protagoras furent-condamnés à être brûlés, et lui-même fut banni du territoire de la république, pour un discours, au commencement duquel il disait ne pas savoir « s’il existe des dieux ou s'il n’en existe pas. » À l'égard de la diffamation, il fut décrété que personne ne pourrait être traduit en public, par son nom, à la manière de la vieille comédie; d’où nous pouvons induire qu’on punissait le libelle; et cette doublerépression des athées et des calomniateurs fut suffisante, au témoignage de Cicéron, pour les déconcerter et les désespérer tous. Les autres sectes et opinions, quoi-

que tendant àla volupté et au déni dela Providence, n'inspiraient aux anciens aucune alarme. Aussi ne voyons-nous pas que, soit Épicure, soit l'école libertine de Cyrène, soit le cynisme avec toute son impudence , aient jamais attiré sur eux l’animadversion des lois. On n’a jamais dit non plus que les œuvres des vieux auteurs comiques aient été prohibées, quoique la rèéprésentation en fût interdite. Ne sait-on pas généralement que Platon recommandait à son royal élève Denys, la lecture d’Aristophane, le plus effréné de tous? Et comment le blâmer , lorsque saint Chrysostôme, ainsi que nous l’apprenôns, étudiait ce poëte nuit et jour, et s’exerçait dans l’art de traduire en style de sermons l’injurieuse véhémence du dramatiste? Si nous jetons nos regards sur cette autre capitale de la Grèce, Lacédémone; si nous réfléchissons que Lycurgue, son législateur, fut épris du charme des lettres jusqu'à recueillir et rapporter le premier, d'Ionie, les poëmes épars d’'Homère, et jusqu'à envoyer de Crète le poëte Thalès pour amollir, par ses odes et ses chansons, l’âpreté orgueilleuse des Spartiates , et les façonner mieux au joug de la civilisation et des lois, nous ne pouvons assez nous étonner de voir combien resta ignorant et illettré ce peuple, qui ne respirait que la guerre. 1l n'était pas besoin de censure parmi des hommes dont toute la littéra- -ture se bornaït à de courts apophthegmes, et qui . saisirent le plus léger prétexte pour rejeter de leur

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ville Archiloque, sans doute parce que ses accords lyriques étaient montés à un ton plus haut que les chants grossiers de leurs soldats; car comment croire qu'il ait été repoussé pour Ja licence de ses vers, d’une ville dont les mœurs étaient si dissolues, et les femmes si déréglées , ainsi que l'atteste Euripide, dans 4Andromaque ?

Nous voyons par ces faits, quelles sortes d’écrits étaient prohibés parmi les Grees.

Pendant plusieurs siècles, les Romains ne connurent que la rudesse militaire. C’étaient d’autres Spartiates dont tous les livres se bornaient à leurs douze tables ; le collége pontifical avec ses augures et ses flamines, éloignait tellement d'eux toute instruction étrangère à la religion et aux lois, que lorsque Carneades, Critolaüs et le stoïcien Diegène, dans leur ambassade à Rome, voulurent donner à cette ville-une idée de leur philosophie, ils furent regardés comme des séducteurs par Caton le censeur lui-même, qui proposa en plein sénat de les expédier promptement et de chasser de l'Italie ces babillards Athéniens. Mais Scipion et plusieurs autres nobles sénateurs réprimérent sa vieille austérité sabine; ils professèrent pour ces hommes éminens, l'admiration qui leur était due; et ce farouche Caton caressa lui-même dans sa vieillesse les lettres qu'il avait rudoyées dans son jeune âge. Au même temps, Névius et Plhaute, les plus anciens comiques latins, remplirent le théätre des emprunts qu'ils avaicnt faits à Ménandre et

à Philémon. Ce fut alors que les Romains, commencèrent à se mettre en souci de réprimer les libelles et d'en châtier les auteurs; car Névius fut mis en prison pour la licence déréglée de ses vers; et ce ne fut que sur sa rétractation, qu'il fut relâché par les tribuns. Nous lisons aussi que, sous Auguste, les libelles étaient brûlés et leurs auteurs punis. La même sévérité, n'en doutons pas, atteignait toute déclamation impie contre la vénérable majesté des dieux. Ces deux points exceptés, tout écrit, sur quelque.matitre que ce fût, pouvait librement circuler dans le.monde ; le magistrat n’y prenait pas garde. S'agit-il de reli-

gion ? Lucrèce, sans empêchement aucun, met en

vers les doctrines d’É picure; et Cicéron, ce père de la patrie, quoiqu'il ne les adopte pas, les reproduit dans ses ouvrages. Est-il question de satires? la véhémence et la crudité de Lucilius, de Catulle ou d’Horace rie sont frappées d'aucune répréssion. Venons-nous enfin aux matières d’État? l’histoire de Tite-Live, quoiqu’elle exalte la cause de Pompée , n’est supprimée ni par Octave, ni par aucune autre faction victorieuse. Si nous voyons Ovide exilé, ce n'est point sans doute pour les poëmes licencieux de sa jeunesse; poêmes dont la circulation ne fut jamais interdite; c’est pour quelque secret de famille impériale et de palais, dont nous n'avons pas connaissance (4). À partir de-là, nous ne trouvons plus que tyrannie dans l'empire romain; ce n’est donc pas merveille si bons ou

mauvais livres sont presque toujours réduits au silence.

Je crois n'avoir rien omis relativement aux limites que les anciens imposaient à la liberté d’écrire, et au-delà desquelles cette liberté n'éprouvait aucun obstacle.

Quand les empereurs se firent chrétiens, je ne m'aperçois pas que leur discipline sur ce point d'administration publique soit devenue plus sévère. Les livres des auteurs qu'on réputait hérétiques étaient, sans doute, examinés, réfutés, condamnés dans les conciles généraux; mais ils n'étaient ni prohibés mi brülés par l'autorité de l’empereur. Quant aux écrits des payens, à moins qu'ils ne fussent remplis de virulentes invectives contre le christianisme, tels que ceux de Porphyre et de Proclus, on-ne peut citer aucune interdiction qui en ait été faite avant l'an 460, que le concile de Carthage défendit aux évêques euxmêmes de lire les livres des gentils. Mais à l'égard de ceux des hérétiques, il leur était loisible de les connaître, à la différence des temps antérieurs où l'on apportait plus de scrupule à lire les hérétiques que les payens. Il est attesté par Fra Paolo, le grand révélateur des intrigues du concile de Trente, que depuis les temps primitifs de l’Église jusqu'au huitième siècle, les conciles et les évéques, tout en censurant un livre, n’allaient pas plus loin, et laissaient à la conscience de chacun à le lire ou à le rejeter. Ce fut après le huitième

DE LA PRESSE. 25 siècle que les papes , concentrant dans leurs mains. Fe monopole et la toute-puissance de la politique, étendirent leur domination sur les lumières comme Hs l’avaient étendue sur les jugemens, brûlant et proscrivant tous les livres qui leur déplaisaient. Cependant ils étaient encore sobres de censures, et un petit nombre de livres avaient encouru leur réprobation , lorsque la bulle de Martin v, non-

seulement prohiba les livres des hérétiques, mais.

fut la première à lancer sur ces écrits les foudres. du Vatican. Le péril presgait. C'était alors que s'élevaient deux adversaires terribles, Wiclef et: Jean Hus, les premiers qui firent sentir aux.

papes le besoin d’une plus sévère répression de la. pensée. Léon x et ses successeurs suivirent la route-

qui leur était ouverte, jusqu'à ce que, de l’ac-

eouchement simultané du concile de Trente et de-

l'inquisition d'Espagne, sortissent ces fameux /n-

deæ qui arrachèrent les entrailles à plusieurs ex-

cellens auteurs des vieux temps, avec une profa-

mation pire que si l’on eût ouvert et violé leurs.

tombeaux. Et ne croyez pas que les proscripteurs s'en tinssent aux matières de controverse religicuse ; tout aliment, de quelque matière qu'il fût, qui ne plaisait pas à leur palais, ils le rejctaient du banquet des hommes, et le plongeaient dans le purgatoire nouveau de l'index. Enfin les derniers fers de la pensée furent rivés; leur rafinement de despotisme fut d'ordonner (comme si saint Pierre tenait en main les clefs de la pressé

Re TE ER rt — à +

aussi bien que celles du paradis) que nul livre, pamphlet ou papier public, ne pourrait être imprimé sans avoir été soumis à la censure de deux ou trois gloutons de moines. Voici quelques-unes de leurs formules :

« Soit communiqué au chancelier Cioi, pour voir sil n’y a rien qui puisse empêcher l'impression.

» Vincent RaBBaT, vicaire de Florence.

» J'ai lu le présent ouvrage , et je n’y ai rien trouvé contre la religion catholique , ni contre les bonnes mœurs , en foi de quoi, etc.

Nicold Cint, Chancelier de Florence.

» Vu la présente approbation, permis d'imprimer. » Vincent RABara.

» Soit imprimé, 15 juillet.

% La .

» Frère Simon Mompgr D'AMELIA, chancelier du Saint-Office , a Florence. »

Sûrement ils pensaient, ces inquisiteurs littéraires, que si le diable venait à s'échapper du fond de l'enfer, ce quadruple exorcisme allait l'y replonger (5). Voici un autre modèle de permission ; celui-ci vient de Rome :

« Imprimatur, s'il semble bon au révérend maître du Sacré Palais. :

, . » BELCASTRO, vice-régent. » Imprimatur.

» Frère Nicold Ropozput, maître du Sacré Palais. »

Quelquefois, sur le frontispice d’un livre, on voit rangés en forme de dialogue, jusqu’à cinq de

| DE LA PRESSE: 25 ces èmprimatur, qui se font des complimens et des révérences, pour savoir si l’auteur. ‘resté humblement dans l'attente aux pieds de sa pétition, sera mis à la presse Ou aux oubliettes: Telles étaient les belles interrogations, telles étaient les charmantes antiennes que s’adressaient entre eux, avec je ne sais combien d’échos, nos prélats et leurs chapeélains. Ils avaient leurs- imprimatur datés de Lambeth, on de la cathédrale Saint- Paul, et dont les tours de passe-passe nous amusaient le plus joliment du monde; ils gambadaient si adroitement.en latin, que jamais le mot de com- ‘mandement v’était tracé par eux que das cette Jangue' sacrée’; on eût dit que la-plume savante qui écrivait ce mot n'aurait pu puiser de l'encre, sans latin; ou peut-être pensaient-ils qüu'aucune langue vulgaire n'était capable d'exprimer la vertu magique d’un imprimatur : ou plutôt, et je me flatte que cette raison est la véritable, notre anglais, cette langue d’honimes à jamais célèbres, cette langue des premiers ouvriers de la liberté, n'aurait pu fournir des lettres assez serviles pour orthographier cet orgueil dictatorial. C'est pour cela que vous avez traité les permis d'imprimer comme les arbres généalogiques, en les extirpant les uns et les autres. Vous n'avez pu trouver l'origine de cette oppression, ni dans aucun ancien décret de l’état ou de l'Église, ni dans aucun statut de nos vieux:ou modernes ancêtres , ni dans les coutumes récentes d'aucune

cité ou église réformée, mais dans le concile le plus anti-chrétien et la plus tyrannique inquisition qui aient jamais existé. Jusqu’alors la naissance des livres était aussi bien récue daus le monde que toute autre ; les accouchemens du cerveau n'étaient pas plus étouffés que ceux du ventre; aucune envieuse Junon n'estropiait d'un coup de pied les productions de la pensée; seulement si elles étaient reconnues des monstres, personne ne dit qu'on ne fit pas très-bien de les brûler ou de les noyer dans la mer. Mais qu'un livre soit placé dans une plus fâcheuse position qu'un accusé, qu'il ait à se défendre devant un jury avant de naître au monde; qu'avant de passer la fatale barque , il attende dans les ténèbres le jugement de Rhadamanthe et de ses suppôts, cela ne s'était jamais vu , jusqu’à ce qu'une mystérieuse iniquité, provoquée par les premiers essais de la réformation, créât de nouveaux limbes et de nouveaux enfers, pour enfermer tout ensemble et les livres et les damnés; invention pernicieuse que s’approprièrent bientôt nos évêques iaquisiteurs, et les chapelains leurs valets. Certes il est clair pour quiconque connaît la pûreté de vos actions, et sait combien vous portez respect à la vérité, que vous ne voulez point ressembler à de pareils hommes, et que leurs sinistres desseins sont très-loin de vos pensées. | «Mais, dira quelqu'un, qu'importe que les inventeurs fussent méchans, pourvu que l'inven-

DE LA PRESSE, 27 tion soit bonne?» D'accord; si pourtant il est reconnu que la censure ne fut point le fruit d’une inéditation profonde pour le bonheur de l'humanité, mais une ressource de circonstance, et qu'il était facile à tout tyran de trouver sous la main; s’il est reconnu qu'en quelque temps et dans quelque circonstance que ce fût, les meilleurs et les plus sages états n’ont jamais imaginé d'en faire usage ; s'il est avéré que les plus perfides séducteurs et oppresseurs des hommes en furent les inventeurs dans la seule vue de barrer les premiers pas de la réformation, je suis de ceux qui croient qu'il n’y@ point de Raymond Lulle dont l'alchimie puisse extraire rien de bon de cette substance empoisonnée, Je conclus, au contraire, que jusqu'à ce que les propriétés de la plante soient analysées une par une, les fruits doivent en être réputés suspects et dangereux. Maïs je dois maintenant faire voir , comme je me le suis proposé, ce qu'on doit penser en général de la lecture des livres; de quelque nature qu’ils puissent être, et s’il y a plus de bienfaits que de dommages à en attendre.

Je n'insisterai point sur l’exemple de Moïse, de Daniel et de saint Paul, qui étaient savans dans les lettres chaldéennes, égyptiennes et grecques; qui probablement avaient lu tous les livres écrits dans ces langues , et qui ne crurent point souiller les saintés écritures en y insérant des vers de trois poëtes grecs, dont l’un était un auteur tragique.

28 DE LA LIDERFÉ

La question de l'utilité et de la légitimité de la science a été souvent controversée parmi les doc-

teurs de la primitive église, mais le poids des

suffrages a toujours penché en faveur de l'aflirmative. La preuve en fut bien évidente, quand Julien l’apostat, cet ardent ennemi de notre religion, fit un décret pour interdire aux chrétiens l'étude de la littérature du paganisme ; ces hommes, disait-il, nous blessent avec nos propres armes, ils se servent de nos arts et de nos sciences même pour nous terrasser. Et, en effet, les chrétiens furent tellement affaiblis par cet ingénieux retranchement de secours, et ils.se vir@t en un

tel danger de tomber dans les ténèbres de l’igno-

rance, que les deux Apollinaire furent contraints, comme chacun le peut voir, à frapper au coin de la Bible les sept sciences libérales, à la manipuler en diverses formes d'oraisons, de poëmes, de dialogues, et à fabriquer jusqu'à une grammaire chrétienne. Mais, dit l'historien Socrate, la providence de Dieu fut plus habile que l'industrie d’Apollinaire et de son fils; elle anéantit le décret de Julien avec la vie de celui qui l'avait rendu. Tant les chrétiens regardaient comme une grande injure d’être privés de la communication des lettres grecques ! ils considéraient cette persécution comme plus propre à saper sous main les fondemens de l'Église, que ne le pouvaient faireles cruautés ouvertes de Dèce ou de Dioclétien. Et peut-être fut-ce un trait de politique, que ce prétendu songe

du diable, qui fouetta saint Jérôme pour avoir lu Cicéron ; si toutefois ce ne fut pas une vision enfantée par la fièvre qui s'était emparée du saint docteur ; car il eût été trop injuste qu’une main surnaturelle lui eût donné la discipline, à moinsque ce ne fût pour s'être complu dans le cicéronianisme ; sans doule, ce qu’elle eût châtié en lui, ce n’était pas la lecture, mais la vanité. Comment l’aurait-elle corrigé au sujet du grave Cicéron, et non pas relativement à ce bouffon de Plaute, qu'il confesse avoir lu peu de temps auparavant? Et comment la céleste férule serait-elle tombée sur lui seul , et non sur tant de pères de l'Église, qui vieillireñt avant lui dans les charmes de ces profanes études, sans en être repris par une si sévère apparition? Saint Basile nous apprend quel avantage peut être tiré de la lecture du #argités, poëme badin attribué à Homère, ‘et que les âges nous ont conservé; pourquoi donc le Horgante, poëme romanesque que possédent les Italiens, ne nous serait-il pas de même profitable? :

Mais s’il nous plaît de nous occuper de visions, il y en a une rapportée par Eusèbe plus anciennement que le conte de saint Jérôme à la religieuse Eustochium, et dans laquelle la fièvre ne joue aucun rôle. Denys d'Alexandrie était, vers l'an 240, un personnage très-renommé dans l’Église pour sa piété et pour son savoir. Il s'était servi puissamment contre les hérétiques de la lecture de leurs ouvrages; jusqu'à ce qu'enfin un certain prêtre

vint à troubler sa conscience par des scrupules sur l'impureté de ces lectures. Le saint homme, qui craignait de pécher , était en proie intérieurement à de grandes pcrplexités, quand soudain une vision venue de Dieu (c'est sa propre épitre qui nous l’apprend) le tranquillisa en ces mots : « Lis tous les livres qui te tomberont sous la main; car tu es en état de discerner le bien et le mal. et d'examiner convenablement chaque chose. » 1l se hâta de céder à cette révélation, ainsi qu'il le confesse, parce qu'elle répondait au passage suivant de l’apôtre aux Thessaloniciens : « Éprouvez tout, et approuvez ce qui est bon. » Il aurait pu ajouter un autre mot remarquable du même auteur :

« Aux hommes purs, toutes choses sont pures. » Et cela doit s'entendre non-seulement des mets ct de la boisson, mais de toute la connaissance du bien et du mal. La science, ni conséquemment les livres, ne peuvent souiller , si la volonté et la conscience me sont pas elles-mêmes souillées. Car il en est des livres comme des alimens et des viandes; les uns sont d’une bonne qualité, les autres d’une mauvaise nature ;.et Dieu, dans cette vision non apocryphe, dit sans restriction à son serviteur : « Tue et mange; » laissant ainsi le choix de la nourriture à la discrétion de chacun. Des mets sains dans un estomac vicié diffèrent peu des mets insalubres; de même pour un méchant esprit, ‘lés meilleurs livres deviennent facilement des occasions de mal. Et il y a cet avantage des livres

sur les alimens, que le plus haut degré de cuisson .ne peut rendre ceux-ci salntaires, quand ils sont malfaisans par essencé, tandis que, dans la main d’un lecteur prudent et judicieux, les mauvais livres peuvent servir en beaucoup: de points à découvrir, à réfuter, à prévoir, à éclaircir. Quel meilleur soutien de cette opinion puis- je invoquer qu’un homme siégeant ici même avec vous, et que l'estime publique place à la tête, dés savans de ce pays? M. Selden, dans son Traité du Droit naturel et des Gens (6), prouve, non-seukement par la réunion des plus grandes autorités, mais par une foule d'excellentes raisons et de théorêmes presque mathématiquement démontrés, que toutes les opinions, même les erreurs, dites ou écrites, sont d’une forte assistance dans la recherche de la vérité. Je conçois donc que de la même manière que Dieu abandonna aux règles de la s0briété le soin de préserver k santé des corps humains, de même il remit à notre libre arbitre la diète et la nourriture de nos esprits; c’est à chaque homme d’un jugement mûr à se diriger à cet égard selon sa prudence et sa capacité. Certes la tempérance est une vertu bien grande ; elle est indispensable à l’homme pour la conservation de sa vie; cependant Dieu en a laissé l’usage à chacun, sans exercer sur lui aucune contrainte. Et même lorsqu'il fit descendre du ciel, en faveur des Juifs, cet omer (7) de manne qui formait la ration journalière de chacun, il supputa qu'il y en avait plus

que le plus fort mangeur n’en pouvait consommer en trois repas. Pour tout ce qui entre dans l'homme au lieu d'en sortir, et qui conséquemment ne le souille point, Dieu ne veut pas le tenir, comme un enfant, dans un perpétuel asservissement d'ordonnances, mais il s'en rapporte à sa raison du soin de le diriger : aussi l’exhortation seule étaitelle employée en ces choses. Salomon nous dit que l'excès de nourriture est un poids pour le corps; mais ni lui ni aucun auteur sacré n’interdit tels ou tels alimens. Si cependant Dieu avait voulu imposer en cela des barrières, il était plus expédient de les prendre dans la loi que dans la santé.

On objectera peut-être que les livres éphésiens furent brûlés par les néophytes de saint Paul; mais ces livres étaient empreints de la magie que les Syriens y avaient mise. D'ailleurs ce fut un acte volontaire et privé, dont limitation n'avait rien que de libre. Cet exemple n'était d'aucun poids pour le magistrat. Les mêmes livres, proscrits par les uns, étaient peut-être lus par les autres avec une sorte d'utilité. Nous savons que dans le vaste champ de cet univers, le bien et le mal croissent ensemble, unis presque inséparablement; la connaissance du bien est tellement mélée dans celle ‘du mal, et tant de subtiles ressemblances empêchent souvent de les distinguer l’un de l’autre, que lesgraines confuses, dont le triage était la tâche continuelle de Psyché, n'étaient pas plus difficiles à reconnaître ct à mettre à part. Ce fut d'une pomme

DE LA PRESSE. 55 ” Imprudemment goûtée que ,-tels que, deux jumpaux’, le bien ét le mal sortirent à 14 fois et | firent leur irruption dans le monde (8). Et peut-être . cette sentence dont notre père Adam fut frappé dans lui-même et dans toute sa race, nous réduitelle à la‘triste nécessité de ne connaître le bièn , que ‘parle mal. Si donc tel est l'état de l'homme, quelle sagesse humaine entre le mal et le bien peut faire son choix, ou quelle barrière humaine s'interposer? Celui qui peut envisager fixément le vice avec, seg amorces et ses fausses jouissances, et ce- : ‘péndant le repousser et préférer la vertu, celui-l4 est le vrai chrétien, poursuivant ici-bas son pèlerinage, Je ne puis louer une vertu fuyarde et clof. trée , sans exercice Commé sans vigueur, qui n’oje jérrrais sortir pour contempler son adversaire , mais qu'on voit défaillir dans sa course, ‘tandis que la palme immortelle doit être conquise à travers la sueur-et la poussière. Assurément, nous De. partons pas l'innocence dans le monde, nous ‘y portons plutôt l'impureté; ce sont. les épreuves qui nous purifient, et-qui dit épreuve, dit ‘contradiction. D'où je conclus qu'une, vertu qui en présence du mal reste inerte comme un embrÿon, : et qui n’a hi le mérite de connaître ni la force de rejeter les présens séducteurs du vice, n'est qu'une vertu. sans puissance et dont la blancheur ressemble à celle des sécrétions. C'est pour cela que ndtre sage et profond poëte. Spenser,, que Jose regarder comme un philesophe supérieur à Scott BIBLIOTE. ÉTRANG, T. II. .

ou . à saint Fhomas-d’Aquin, décrivant la: vraie tempérañce sous le personnage déGuion, le transporte avee son pélerin dans la caverne de Mammon et dans le jardin des félicités terrestres ,'afin qu gi! puisse voir, connaître et s'abstenir. Or; : puisque la connaissance et la contemplation du vice sont si nécessaires pour constituer l'humaïhe vertu; puisque l'examen de l'erreur peut seul établir La vérité, par quelle route plus sûre et moins dangereuse que celle des lectures et des raisqnnemens de toute sorte, pouvons-nous parcourir, lés regions de l'erreur et du. péché? Tel est.le profit que nous pouvons retirer des livres lus indistinctement.

‘ On objecte, en général, trois espèces de périls qui peuvent en résulter. La première est la crainte . de répandre la contagion. Mais, d’après cela. il faudrait donc rejeter toute critique , soit humaîne soit religteuse ,.et supprimer la Bible elle-même, | Souvent elle rapporte sans adoucissement des blasphèmes scandaleux, décrit sans voile des voluptés attrayarttes, semble fortifier contre la Providence les argamens d’Épicure, et sur d’autres questions de :là plus haute conséquence, ne jette à de faibles yYenx que des lumières troubles et incertaines. C’est pour cela que nous voyons les papistes mettre la Bible du rang des livres défendus. Par le ménje matiF, on doit auési interdire les saints-pères, tels que: CKkment d'Alexandrie, et Eusèbe dans son Traité le ta: préparation évangélique, Jesquels

| DE LA PRESSE, . . + 55 n'ärriv ent qu’à traveïs un amas d'obacénitéspaïen-

‘nès aux pures clartés de l'Évangile. Qui ne sait

que saint Irénée, saint. Épiphane , Salt Sérôme, exposent plus d’hérésies qu ‘ils n’en réfutent victo=

rieusement-; et que souvent ce qu'ils prennent

pour. hérésie est la vérité même? Ce n'est pas uhe ralson pour nous de rejeter ces auteurs, ni même

de nous abstenir des plus impürs écriväins du pas ganisme. Soyons sûrs qu'ils sont lus de çes hom...

mes pervers, habiles à en distillev les poisons dans les cœurs des princes, et'à y-semer toutes kes dé- Jlices et toute l’ärtillérie du .mal.. Ainsi faisaiént œ Pétrone, intendant des Mmenus-plaistrsade Nérpn ‘qui J'appelait son arbitre, et eet infâmé débauhé d'Arétin,. si redouté des-rdis pendant sa ve, et. si

cher encore de- nos. jours: aux countisans italiens. Par ‘respect pour ses descéndans, j je ae nojime pas celui qu "Henri vu, en bonne’humèur, appe- Jait son vicaire de Fenfer. Tels sont les, véritables ganaux par lesquels la contagion des Jiyres- étrangers- peut trouver, jusqu’ au peuple un ‘Passage plus court et plus facile qu'aucun de ceux que, les voyageurs.se sén fraÿés .vers Yes Indes, quoique

nos censeurs Aquittorigux p'e aient jamais en+ chaîné sj fortefheñt qu ‘aujoærd'hâi lés presses de:

l'Angleterre, D'un’autre côté ;-le vehin caché dans les livres.de. controverse religieuse est bien plus dangeréux pour les’ savañs qui‘kes vonsultent, qe pour les ignorhnà, qui ne les’liseñt- pas ;""ce sont donc égalernént des livres qu'il est sans’ utilité de

36. -. DE LA LIBERTÉ défendre. Il est presque. sans exemple qu aaci ‘ Kvre papiste ait séduit en Angleterre des cdprits simples et droits, à moins d'avoir été‘popularisé pir les-lowanges et les commentaires des prêtres. Tous ces traités vrais ou faux sont comme;la pro- . phétie d'Isaie à l'eunuque, laquelle ne pouvait être . éntendüe sans explication. Mais, de nos prêtres et docteurs, cotabien n'y en a-t:il pas qui, en étà- ‘ diant les gloses des jésuites et des sorbonistes’, .sé sônt.haissé corrompre ,-et ont ensuité répandu leur. coïruption dans le peuple? Ce sont choses dont Bou avons une récente et fâcheuse expérience. Opn’a pas oublié que lé docte et sübtil Arminius fut perverti, séulément pour avoir pris conhaiteance : d'un écrit anohyme, imprimé à Delft, et qu fl se proposait déréfuter. Nous voyôns donc “que les Hvres qui, répandus én si grand nombré, enseigrènt les mœurs et la doctrine, ne, pourtaient être supprimés $ans que toute-science et toute critique fussent étejntes ; nus voyons que ces:écrits ne sont ‘guèrelus que-des savans par la.voie desquels peut facihement étre jeté dans le peuple tout ce qu'ils contietinent d hérétique ou de dissolü ; nous voyons que’les-mawvais efiseigueméns ont, pour se répandre, nMlle’ autresmoyens qui ne peuvent étre. arrêtés , tandis que par les livres elles ne peuvent se propdger. sans Je sécours d un interprète, d'un élacidatewr qui pour “cela n’a pas totjours besoin d'écrire et qui sait braver les prohibitions. Or, d’après cela, je né comprends pas à quoi peuvent

‘ DELA "PRESSE . . ‘37 aboütir. les vains efforts d'une cengure tyrebnique: À prendre. la chese en plaisgntant, on ae guère la comparer qu’à la rare ithaginafion de ve ” galant homme qui, en fermaht les ‘portés dè son parc, croyait, einprisonner -les cerneilles. "D'leurs; si les savans sont les premiers par lesquels les” livres soient reçus et le vice et lexreur dé- . chaînës, comment les censeurs pourront #ls faire la part du vraj et du faux, à moins qut neuf me * leur cenférions ou-qu'ils ne s’attribuent- à eüx- | " mêmes le privilége exclusif d'être infaillibles et: - incorruptibles ? Et de plus, “s'il est vrai que,’ tel no un habile fondeur, l'homme saga. peut ‘dé'la plus salé écame métallique retirer. up on pur, tapdis qu'avec ou sans livres; l'extravagant sera {OU» jours extravagant , il n’y a pas de raison pô pri- Ver le premier des avantages de sa sagesse, et péur- ” mettre hors de la portée du second ce dont: ‘l'éloi gnement ne güérira pas sa folie, «Si 1’on' meïtait scette exfrêmè rigueur à écarter des iñsensés cagui - . me leur est pas bon, il fatidrait- répoufger d'eux | les sages préceptes, dont, au jugement d'Aristote , | ‘de Salomon et de noire Sauveur iyinèmé , ils sont inçapables de. tirer utilité. | est pas dou- "teux qu’ug homme sage ne ,spit plus 40. état de : profiter du pamphlet le its imperfivent, qu’ un. fou, de lire avec fruif Les Sainte Éenitines , En second lieu ,.gh prétentk que nqusine devons pes: nous" exposer Aux tentations säns nécessité, ni perdre, n notré. temps en: éheses superfues. .:

58 . . pe LA, LIBERTÉ À ecs deux objectient il suflira d’une. seulè ré- ‘ponse,, s'est qÜe les livres oiseux ou dangereux rie ‘sont pas tels, pour plusieurs de ceux qui lesions, ‘mäis que les hommes sages s en serverit comme d'utiles ingrédiens ‘Pour composer des rèmèdes | “cffiçaces dont la vie humaine né peut se passer. Tett le reite, savoir les enfans ou les hemmes"en- ‘ fans, ; qui n’ont point le talent-d’en exfraîre ces. puissaptes médedines, feront bien d’en éboignèr d ux le contact; mais il ne peut jamais être bon qu'is ÿ soient forcés par les inquisitions et les censures.. Ét c'est là ce que j'ai promis de prouver égflement, je veux dire que ces interdictions de. ‘ Fautorité ne touchent point au but qu'elles se proposent d' atteindre, et qu’elles jettent sur ce qu’on écrit-des contraintés tellement fortes, qu'elles m'ont prèsque. empêthé d'être suffisamment clair dans tout ce que je viehis de développer : au lieu que la vérité iègéiue,. lorsqu'elle est conduite par uné .majir libse et bjenveillante, prend un essor dans lequel les timides appréhensions sont Irors d'état de la’ suivre: C’est pat là que j'ai commenté mon discoyrs en.faisant voir qu'iln'y a jantais eu d’ État. : ni ‘de peuplebjen -oongfithé, qui se’ goit avisé de : foumetira tes, écrits’ à la vergè’de la censure, et que cette belle, imagination ñe date que ‘des temps motlernes. Je reviens présentement ap point. de départ; ét dis que ce ‘serait grande sottise d'ima; ginet que les ahciens États aientmanqué de gens, . qui Tour aient conseillé cette ogdiese. tyrannie;

mais qu’én la repoussant, ils -ont fait preuve de jugement et-de sagacité :’c'était faute d'approuver

et non pas faute de connaitre qu'il leur convenait.

de ‘s'abstenir.

‘Un philosophe d’une grande autorité, mais le moins solide et le moins judicieux des hommes d'État, Platon, dans ses lois, qu'aucune cité ne voulut recevoir, fabriqua, au nom de ses sénatours imaginaires , plusieurs décrets, par lesquels il proscrivait toute autre \science que celle de quelques pratiques, pour-lesquellesil suffisait d'un livre plus petit que ses dialogues. Il établit aussi que nul poëte ne pourra lire ses vers à personne, .à moins que les juges et les légistes ne l’aient permis; mais il est évident que Platon n'avait imaginé cétte loi que pour la républiqué de son in- veñtion ; autrement il aurait violé ses propres pré- .ceptes, et mérité d'être chassé par ses magistrats ‘eux-mêmes ; tant pour l'extrême liberté de ses

dialogues et de ses épigrammes, que pour la lec-

ture continuelle des vieux poëtes comiques, dépôt de saletés et d'infamies, notamment d’Aristophane, ce: diffarhateur ordurrer, dans l'étude duquel il voulait faire perdre à Denys son temps et sa peïne. Mais encore une fois, ce-créateur d’une censure kmaginàire savait fort bien que cette institution “n’était en rapport qu'avec toutes les. autres de’sa république idéale, et il ne lui vint jamais à la pen-

sée de Ja transporter dans le monde réel, de même

que nal tisgistrat, frulle cité ne conçut le dessein

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