‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques; (volume 2)Chapitre 12 sur 57 · TRADUIT DE L’ANGLAIS · texte numérisé non relu

TRADUIT DE L’ANGLAIS

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Cx n’est pas seulement sous le rapport politique et moral que nous avons des injustices à réparer envers Milton. Son feu poétique, que nous croyions concentré dans le Paradis perdu, brille d’un vif éclat dans d’autres productions injustement négligées par nous. Pour ne parler ici que du Comus, ce petit poëme, empreint du génie à la fois énergique et gracieux des classiques anciens , placerait à lui seul son auteur sur les hauts sommets du Parnasse. « La plus importante des compositions’ de la jeunesse de Milton, a dit le célèbre Johnson, est . le Masque de Comus, dans lequel on peut clairement apercevoir l’aurore du Paradis perdu. Milton paraît s'être formé de bonne heure ce système de diction et ce mode de vers, que son jugement plus mûr lui fit approuver, et dont il n’a jamais essayé ni même désiré de s’écarter. Non-seulement Comus offre un exemple de son langage ; il montre en même temps son talent descriptif et sa force de sentiment, employés pour l'éloge et la défense de la vertu. Îl est difficile de trouver un ouvrage plus vraiment poétique. Les allusions, les images, les épithètes descriptives embellissent et ornent presque toutes les périodes avec profusion. C’est pourquoi, comme série de

vers, on peut le juger digne de toute l'admiration avec laquelle il fut reçu par les enthousiastes. »

Lord Monboddo enchérit encore sur cet éloge ; il regarde le Comus comme une des plus belles productions des temps modernes, et ne sait pas s’il doit en admirer davantage la poésie ou la philosophie.

Enfin Wakefield va jusqu’à dire qu’il regarde le Comus de Milton comme « le poëme le plus beau et le plus parfait de ce génie sublime. » Sans m’arrêter à cette exagération , je dirai que l'opinion générale des Anglais place cette pastorale à côté et à très-peu de distance du Paradis perdu.

Les enfans du comte de Bridgewater, président du pays de Galles, étant allés en ‘visite chez un de leurs __ parens dans le comté de Héreford, furent surpris par la nuit en traversant la forêt de Haywood, où même la jeune lady Alicia Edgerton s’égara pendant quelque temps. Cette simple circonstance a fourni tout le sujet de la pastoral qui fut représentée devant le comte de Bridgewater, par les héros même de l’aventure. L’habitation et les biens du père de Milton étaient dans la mouvance du comte; et Milton vivait dans la société de ses enfans , pour l'éducation desquels ses conseils étaient - d’une grande utilité; de sorte qu’il prit plaisir à faire briller leurs talens pour la déclamation dans une petite fête de famille, et à s’exercer lui-même, en écrivant un masque , sorte de poëme dramatique, alors très à la mode en Angleterre. (Voy. la Remarque 1°.) Celui-ci est un composé du drame satirique , tel qu’Euripide l’a traité dans le Cyclope, et de la pastorale héroïque; dont le modèle avait été fourni à l’Italie par Politien, Giraldi et le Tasse. Mais le Comus , pour l’élévation des sentimens,

pour l’énergie et la variété des peintures , est bien supé rieur à l’Orphée, à l’Églé et à l’Aminte.

Le dieu Comus, tel que l’a conçu Milton, n’est point ce dieu bourgeois invoqué par nos pères, qui ne savaient lier l’idée des repas qu’à celle de la bonne chère et de la joie: C’est une personnification bien plus hautement philosophique des désordres de l’intempérance et de l’abrutissement qui en est la suite. Eschyle, peignant le festin parricide de Clytemnestre, appelle Gomus le buveur de sang humain, et le fait marcher environné des furies ; Milton , qui veut montrer seulement la laideur du vice et non l'horreur du crime, se borne à faire de ce dieu le fils de Circé, l’héritier ‘de ses ruses et de sa bagvette. Cette pièce, dans laquelle il ne faut chercher ni le mérite de l’invention , ni celui de la conduite dramatique , est toute calquée sur l’épisode d'Homère. Le poison et l’antidote y sont présentés de la même façon. C'est la même coupe magique, la même étable de pourceaux humains. Si Milton s'éloigne en quelques points de limitation du poëte grec, c’est pour tomber dans celle de deux poëtes anglais ses contemporains, Spenser, auteur de la Reine des Fées, et Fletcher, auteur de la Bergère fidèle. Il n'est pas jusqu’à l’Ariel et à l’Oberon de Shakspeare qui n'aient servi de modèle au génie protecteur introduit dans cette pastorale. Enfin, pour ne rien taire de ce qui peut lui être reproché, de longues dissertations sur le spiritualisme platonique si cher à presque tous les grands esprits d'alors, semblent, en quelques passages , en faire moins une pièce de théâtre qu’une thèse de philosophie. Mais ce n’est point sur leurs défauts, c’est sur leurs beautés que doivent être jugés les poëmes; et les beautés de celui-ci sont du premier ordre. Milton s’y est montré

préludant dignement au Paradis perdu. C'est la même sublimité de pensées et d'images; seulement, comme il ne s'était pas enfoncé alors dans l'étude des lettres sacrées, et qu'il était toût plein de ses auteurs grecs, c'est le Milton mythologique qui se fait voir ici, de même que le Milton biblique s’est manifesté plus tard. On peut juger, par cette seule remarque, combien le Comus est une isoportante production, et par quelle inconcevable négligence nous avons pu tarder jusqu’à présent à la faire entrer dans nos acquisitions littéraires.

FIN DE LA NOTICE

COMUS

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