CHAPITRE I
Je: ne saurais pas vous dire comment j'arnivai là à ni quelle fut là causée qui m'y fit tomber.
Je ne pouvais remuer les jambes, tant j'avais peur; d’ailleurs, l'obscurité ne me permettait pas de voir où j'allais.
. Mais ce qui redoubla mon épouvante, ce fut le
son d’un cor si éclatant et si terrible, que Je trem-
ble encore d'y songer. .
11 me semblait voir auprès de moi la Mort armée, de sa faux, avec ve vilain air sous lequel. chaque couple se représente sa moitié.
. L'air surchargé d'un, amäs de nuages épais et noirs , et la voie cmbarrassée de pierrés, de bran: chages et de racines, tout cela me glaçait d’ horreur et abattait mon courage.
: Jeme tenais appuyé sut un tronc d'arbre, quand soudain je vis briller une Jumitre.semblable à un. “éclair. : | | Mais elle ne disparut pas de même; du contraire, elle grandissait et deveñait plus vive en approchant de moi.
de la regardai d'un œil fixe, et j'entendis à Fentour le bruit d’un grand tressaillement qui la suivait, . : °
Épouvanté, d’une chose” si. houvelle, je “restais pour ainsi dire privé de sentiment. Ja vue. toprnês, vers cet objet , : | |
Lorsqu'une femme éclatante de beanté, à la démarche vive et agile, aux tresées blondes et éparses, se présenta ‘devant moi.
De la main gauche, elle tenait un flatnbea dont elle éclairait les ombrages; de la droite, un cor dont elle sonnait. |
Autour d'elle, dans la plaine solitaire, accouraient successivement d'innombrables animaux,
Ours, loups, lions fiers et terribles, cerfs et blaireaux, et, sans parler de plusieurs autres espèces, un nombre infini de sangliers.
Ce fut là ce qui me fit le plus trembler; pâle et demi-mort, je me serais mis à fuir, si j'én avais eu Je pouvoir.
Mais quelle étoile m'aurait montré le port? Malheureux, où serais-je allé? Qui m'aurait accompagné dans ina route?
J'étais dans le doute de savoir si je devais attendre qu'elle’ vint à moi, ou m avancer respectueusement à sa rencontre.
Avant que je me fusse détaché du tronc qui me
soutenait ; elle s’approcha, et, souriant d'un air malin, me souhaita Île bonsoir. |
Ce bonsoir-là fut'dit d'un ton aussi gracieux ét aussi familier que si elle m'avait vu mille et mille fois.
. À ce mot, je ine rassurai, et pris d'autant plus de confiance , qu'elle se mit à me saluer en m'appelant par mon nom. |
Puis, souriant encore, elle me dit :« Comment
es-tu tombé dans ces vallées qui ne connaissént ni
cultivateurs mi habitans? »
Mes joues, auparavant livides et mortes; chan-