‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques; (volume 2)Chapitre 46 sur 57 · CHAPITRE VII. 4où · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. 4où

Et comme il serait ennuyeux de-les.passer en revue, je ne parlerai que de quelques-uns, dont mes yeux furent plus vivement frappés. : : .4

Je vis un chat, quoique avisé et de bonne race, perdre par trop de patience la proie qu'il guettait, et se retirer bafoué. +

Puis je vis un dragon tout harassé , s’agiter sans repos, tantôt sur le côté droit, tantôt sur. le gauche. oo er

Je vis un renard, méchant et härgneux, pe point trouver encore de filets pour s'y prendre. et un chien corse aboyer à à la lune.

Je vis un lion qui, par sa sottise, s'était arraché à lui-même les ongles et les dents.

Auprès étaient divers animaux mutilés, celuisans queue, celui-là sans oreilles ; tous. étaient là musant. | Loir

Oncques j je n'avais vu. leurs pareils; c'était , Si. je m'en souviens bien, un mélange de lepie et'de bouc. + i + $ , a

Plus loin, un peu. à l'écart; je vis un, autre ani-. mal, qui ne ressemblait point à ceux-là, mais que la nature avait formé avec plus de soin,

Sa toison était précieuse et délicate ; il:paraissait courageux et superbe, et je sentis Îe.désir de lui plaire. .

Il ne pouvait montrer son .cœur généreux.; ses ongles et ses’ dents étaient enèhaïînés; aussi se tes nait-il à part, dédaigneux et sauvage(4). . v

Je vis ensuite une'girafe qui tendait le cou à

406 L'ANE D'OR, tout le monde, et, dans un coin, était un ours fatigué, qui ronflait.

Je vis un paon revêtu de son riche manteau, qui faisait la roue avec orgueil; peu lui importait tout le reste du monde.

@ Un animal inconnu dont la peau était toute marquetée, portait sur son dos une corneille. :

Je vis ensuite une énorme bête au poil roux ; c'était un bœuf sans cornes ; de loir il m'avait trompé; je l'avois pris pour un gros cheval.

Je vis un âne si flasque, qu'il avait de la peine à porter seulement son bât ; on eût dit une citrouille d'août.

J'aperçus un limier qui avait la vue basse; Circé en aurait fait quelque anüaal considérable, s’il n'eût marché en tâtonnant comme un aveugle.

Je vis un souriceau, dont le malheur était d’être si petit; il s’en allait batifolant tour-à-tour avec tous les animaux. |

Plus loin, je vis un braque, qui flairait à celui-ci le museau, à celui-là l'épaule, comme s’il eût cherché son maître.

Le temps est déjà vieux, et j'ai la mémoire courte; de sorte que je ne puis bien vous raconter tout ce que je vis en un jour dans cette immense étable.

N'oublions pas un buffle qui me fit frémir par l’atrocité de ses regards et la force de ses mugissemens.

Je vis un cerf tremblant d’épouvante et qui croi-

CHAPITRE VII. | 407 sait à chaque instant ses voies, tant il avait peur de.la mort!

Je vis, perchée sur une poutre, une hermine qui ne veut pas que personne la touche, ou même la regarde ; elle avait près d’elle une alouette.

Je vis en plusieurs creux plus de cent hibous, une oic blanche comme la neige, et un singe qui faisait des cabrioles.

Je vis tant d'animaux, qu'il serait aussi long et aussi ennuyeux d'en détailler toutes les espèces, qu'il fàt prompt de les regarder.

Combien d’entre eux m'avaient paru jadis des Fabius et des Caton, qui, lorsque je sus qu'ils étaient là, ne me semblèrent plus que des pécores!

Quelque tourmenté que je fusse par mes propres chagrins, je me serais avancé pour parler à plusieurs, s’il y avait eu des truchemens.

Mais ma dame, dès qu’elle eut connu mon désir et ma pensée, me dit: « Je vais te satisfaire.

» Regarde un peu là, au lieu que je te montre du doigt, et en suivant la ligne de la muraille. »

Alors, dès que mes yeux se furent tournés de ce côté, je vis, en un terrain bas, un gras pourceau enveloppé de fange.

Je ne veux pas dire à qui il ressemble; qu'il suffise de savoir que, si on le pesait, on le trouverait du poids de trois cents livres et plus. .

Mon guide alors reprit : « Allons auprès de ce porc, pour peu que tu sois curieux de connaître ses sentimens et d'entendre ses paroles.

»° Si tu voulais le retirer de ce lac d'ordure et le faire redevenir homme, il ne le voudrait pas; il se trouve là tout aussi bien que le poisson dans les lacs et dans les rivières.

Et comme cet abrutissement est presque incroyabie, demande lui, pour être sûr que je te dis la vérité, s’il consentirait à sortir d'ici»

À ces mots, la dame s'avanca. Craïgnant de me séparer d'elle, je la pris par la main, quelle me tendit,

Et nous nous approchâmes du pourceau.

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