‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques; (volume 2)Chapitre 55 sur 57 · AAA AAA PAR AA AAAMAR AAA AAA AAARAARAAAAA AAA AAA MAN AAAA AAA · texte numérisé non relu

AAA AAA PAR AA AAAMAR AAA AAA AAARAARAAAAA AAA AAA MAN AAAA AAA

La poésie orientale n’est point aussi monotone qu'on se l’imagine. Sans doute elle ne peut offrir ces combinaisons infinies, ces développemens variés qui naissent pour les Européens des communications et du bruit de la société ; sans doute aussi l’uniformité générale du climat et des productions influe puissamment sur le retour des mêmes peintures. Dans la nature physique, les palmiers et les gazelles, les eaux rafratchissantes et les forêts ombragées ; dans la nature morale, une contemplation vague et mélancolique de la destinée humaine; voilà, je le sais, les matériaux les plus ordinaires des poëmes de l’Asie; mais, en revanche, ces poëmes ne copient rien dans les écrits des hommes; tout y est emprunté du grand livre de l’univers , si diversifié dans ses objets les plus semblables. La religion, l'amour, sources fécondes 8e la poésie des Orientaux, sont des passions que rien n’épuise, et dont tous les accens ont des intonations différentes. Enfin, quel que soit le sujet qu'ils traitent, ils ont grand soin d’en multiplier les faces par la profusion des métaphores et des similitudes. Ces comparaisons aux longues queues, si fréquentes dans Homère , c’est d'eux qu'il les a reçues: et, si quelquefois elles semblent forçées dans ses poëmes

parce qu’il les lie à des rapports compliqués, elles sont naturelles cliez les Orientaux qui les attachent à des rapports simples , et ne leur permettent le plus souvent d’embrasser qu’une seule face des choses. De l’usage fréquent des comparaisons sont nées pour eux les allégories, et les allégories ont dû produire naturellement les apologues , puisque dans toutes leurs compositions , de quelque genre qu’elles soient, les animeux sont doués de la parole humaine. Ainsi expliquée, l’origine de l’apologue, soit dit en passant, me paraît bien plus vraisemblable, que lorsqu'on va la chercher dans le besoin de-coutrir d'un voile les leçons présentées aux rois. Ces leçons, en Orient, leur sont faites par les prêtres, qui, plus révérés et plu puissans qu'eux, et croyant les honorer en leur donant à manger leurs restes, n’ont certainement pas hesoin de se gêner pour leur dire tout ce qu'ils pensent.

. Et s’il est vrai que la poésie asiatique ne manque ps de variété, même dans ses earactères généraux, combien lui en trouvera-t-on davantage dans la physionomie particulière que chaque grand peuple lui a prêtée? Chez les Persans, et chez les Tures leurs copistes, elle est brillante, subtile, voluptueuse; les réveries de l'esprit ou le délire des sens lui fournissent ordinairement ses couleurs; chez les Chinois, son ton est grave, sentencieux, pédantesque ; ; Rconscrite dans les intérêts mesquins de la vie , elle ne retrouve quelque élévation que pour le culte des parens et celui des souvenirs ; chez les Arabes, elle est guprrière et pastorale, indépendante et passionnée; la générosité, la valeur, l’amour? la vengeance, l’hospitalité lui fournissent d’admirables couleurs; chez les Tartares, vous la voyez aussi diverse dans ses especls que le sont les établispemens de cette grande famille de

NOTICE. 447 peuples ; chez les Indiens , enfin, soumis de temps immémorial à des conquérans qui leur sont odieux, sa tendance est de se reporter vers les anciens âges et les anciennes mœurs, lorsque de puissans bramines et de faibles rajas entretenaient les peuples dans des habitudes de superstition et d’indolence , de mélancolie et de volupté.

La poésie des Indiens, à laquelle appartient le poëme dont j'offre ici un extrait, est immense dans ses monumens, surtout si on l’envisage non-seulement dans les productions des Indous, proprement dits, habitant la. presqu'île occidentale du Gange, mais dans cêlle des Indo-Chinois, ou peuple de la presqu'île orientale, et des îles circonvoisines. Je vais jeter un coup-d’teil rapide sur les principaux poëmes des uns et des autres, en‘omettant les poëmes dramatiques’, qui seraient à eux seuls l’objet d’un travail considérable.

Tous les genres de poésie ont été cultivés par les Indous ; mais les olus révérés, comme les plus anciens de leurs poëmes,, sont leurs livres sacrés eu langue sanscrite , à la tête desquels le respect général place les Védas et le Pouranas.

C’est surtout dans les Védas que les bramines ont consigné leurs notions sublimes d’un Dieu unique et immatériel, seul être proprement dit, dont tous les objefs célestes ou terrestres, quels qu'ils soient, ne sont que de temporaires émanations. Le Commentaire du Gayatri, ou Verset le plus saint des Védas, nous a été apporté par Colebrooke (Dissertation on the religions ceremonies of the Hindous); en voici la traduction donnée par M. Langlès :

« Ce que le soleil et la lumière sont à ce monde visible,

ee — DS née TT DRE SR,

le bien suprême et la vérité le sont à lPunivers intellectuel et invisible. De même que nos yeux corporels ont une perception distincte des objets éclairés par le soleil , ainsi nos âmes acquièrent des connaissances certaines en méditant sur la lumière de vérité qui émane de l’Être des êtres. Cette lumière est la seule qui puisse guider nos et prits dans le sentier de la béatitude. Sans mains et sans pieds , il court rapidement et saisit avec force ; il voit sans yeux; il entend sans oreilles ; il.connaît tout ce qui pat être connu ; mais personne ne le connaît. Les sages l'appellent le Grand-Esprit, l'Esprit suprême et pénétrant: |

Plusieurs extraits curieux du texte même des Védas st trouvent dans les œuvres de sir William Jones; parmi ce extraits, je choisis le suivant :

* «1. Tel un arbre, le seigneur de la forêt, tel sans fction est l’homme. Ses cheveux sont les feuilles ; sa peau, l'écorce extérieure. |

2. Sous la peau coule le sang; sous l'écorce, la sève. B'un homme blessé, le sang ruisselle , comme le fluiie végétal, d’un arbre coupé.

3. Ses muscles sont les fibres entrelacées ; la membraït autour de ses os est l'écorce intérieure étroitement adhé rente. Ses os sont les fortes parties du bois; la moelle leur est commune.

* 4. Puisque l’arbre abattu par la cognée repousse, plus vif, de sa raine, de quelle ra c ine repousse l'homnt mortel abattu par la main de la mort? |

5. Ne dis pas : «il repousse de la semence. » La sement le suppose vivant , tandis que, sans aucun doute, l'art qui sort du germe a, même après sa mort, un renouYe” lement visible.

6. Mais l’arbre qu "on arrache par.la racine ne fleurit plus. De quelle racine“ donc repousse l’homme mortel abattu par la main de la: mort ?

7. Ne dis pas: « il naquit et renaît, » Qui peut le faire renaître ?

8. Dieu seul, la parfaite sagesse et le parfait bonheur: Dieu, le refuge final de l’homme qui a libéralement employé ses richesses , qui a été ferme en verlu, qui connaît et adore le Grand Être. » :

Cette comparaison des générations humaines avec celles des arbres a quelque chose de mélancolique et d’atteñdrissant; "elke se retrouve dans Hombre. La conclusion, sap# doute, ne donne pus le mat de ‘l'énigme ; elle rntique seulement où il faut l’aller chergher. .

* Mais c’est suürtout par lés grands: poërags épiques. aux quels ils ont donné noissance, que les Védas et les Pou ranas sont remarquables, poétiquement parlant. Il est deux de cesepoëmes que la vénération publique ne distingue pas des livres saints, : ce sont le Mahabarat. gb. Le Ramayan.

Mahabarat veut dire littéralement : grande Inde. Barat, nom du premier roi de l’Inde, est celui que portait cette contrée jusqu’à ce qu'il füt changé par les Persans en la dénomination d’Indostan, que nous avons empruntée d'eux , et que la langue sanscrile ne connaît pas (Jones, 5e Discours à la société de Calcutta). Wilkins, dans'son Catalogue . de manuscrits en langue sanscrite, attribue cinq mille ans d'antiquité à cet ouvrage, composé de au mille vers de huit syllabes, et dont l’auteur est, dit-on, un saint bramine nommé Viasa, le même qui compila les Védas et.les réduisit à leur forme actuelle.

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450 NOTWCÉ.

Le poëmé est divisé en huit livres. Il a pour sujet k grande guerre des génies et des héros. Il contient l’histoire fabuleuse des deux plus anciennes familles qui aient régné dans l'Inde , ét « offre, dit W. Jones, de charmans détails et des épisodes très -intéressans. » M. Ward, a premier volume de son grand ouvrage sur l’histoire, ls littérature et la mythologie des Indous, en donne unt analyse sommaire, que Îes curieux peuvent consulter.

Nous sommes redevables à Wilkins de la connaissance du Bagavat, autre poëme en douze livres, estrait de Mahoebarat, et commentaire de l'un des Pouranas, :p. pelé Pouranä du poisson , parce que c'est sous la fôrnt

d’un poisson qu’eut lieu la première incarnation de Vich-

nou. Glest ane chose fort remarquable dans ce poëne, que le récit du déluge et de la conservation de l'espe hütraïne , an méyen d'ude arche Mbriquée par l’ordre de Dieu,

‘ Lé poëte présente d’abord en quelques mots le résumé du rétit; forme erientale que pous remafquons da Homère ; puis il passe au récit même.

« « Braïma ayant envie de dormir, et souhaitant le rep après | une longue suite d’âges, le fort démon Hayagri s ’approcha de lui, et déroba les Védas qui avaient coul de ses lèvres (*).

| Lorsque Héri (ou Vichnou), la conservateur de l'un vers, découvrit cette action du prince des Divaudes, i prit.la forme d’un pelit poisson appelé sapari. Un sai monarque, nommé Satiavrata, régnait alors. C'étal uo

(*) C’est-h-dire que les mondes 'tombèrent en dissolution.

NOTICE. 451 serviteur de Fesprit qui marchait sur les eaux, et si pieux que l'eau était sa seule nourriture,

‘Ua jour qu’il faisait une libation dans le fleuve Crita: mala , et qu’il tenait de l’ean dans la paurme de sa main, ik vit remuer un petit poisson. Le roi de Dravira jeta surle-champ le poisson et l’eau dans le fleuve où il les avait pris. Alors le sapanñi, d’un ton pathétique, adressa ces paroles au bienfaisant monarque : « O roi qui montres de Ja compassion pour les opprimés, commaänt peux-tu mg laisser dans l’eau de ce fleuve, moi trop faible. pour résisler aux .monsires qui l’habitent et qui me remplissens d ‘effroi }s

: L'auteur nous apprend que le bon prince mit obliéamment le poisson dans un petit vase plein d’eau; mais que, pendant une seule nuit, il grossit au point de yes pouvoir plus être contenu dans le vase, et.qu'il fallut successivement, vu le volume toujours croissant de son corps, le jeter dans une citerne, dans un étang, dans un lac , et enfin dans la mer : image frappanie des désire , qui grandissent à mesure qu ils sont satisfaits! .

Trompé ainsi à plusieucs reprises par Île poisson, le roi dit : « Qui es-tu, toi qui m’abuses sous cette forme empruntée? Jamais avant toi je n'ai eu le spectacle ou p'ai-entendu parler d’un aussi prodigieux habitant des eaux, qui, comme toi, ait rempli en un ÿeul jour un lac de cent liaues.de circonférence. Sûrement tu es Bagavat qui m’apparais, le grand Héri : salut et louange à toi, ô premier mâle! seigneur de la création, de la conservation et de la destruction l'a

Le seigneyr de. l'asfters, aimant l'homme pieux pui

J'implorait ainsi, et désirant le préserver de la mer de destruction causée par la perversité du siècle, lui dit, en ces termes, ce qu'il avait à faira : « O toi qui dompts les ennemis , dans sept jours les trois mondes seront plorgés dans un océan de mort; mais, au milieu des vagues meurtrières , un grand vaisseau envoyé par moi pour ton usage , paraîtra devant loi. Tu prendras alors toutes ls plantes médicinales, toute la multitude des graines; et, accompagné de sept saints, entouré de couples de tou les animaux , tu entreras dans cette arche spacieuse; € tu y demeureras à l’abri du déluge d’un immense océan, sans autre lumière que la splendeur de tes saints com pagnons. Lorsqu'un vent impétueux agitera le vaisseau, tu l’assujétiras à ma corne avec un grand serpent de mer: car je serai près de toi. Tirant le vaisseäu avec toi ets compagnons, je demevurerai sur l'Océan, ô chef ds hommes, jusqu’à ce qu’une nuit.de Brama soit compl tement écoulée. »

Le déluge universel survint en.effet. Le saint mont que fit exactement tout ce qui lui était prescrit per À dieu suprême, et entra dans le vaisseau avec le chef d bramines. ‘Alors le dieu lui apparut de nouveau sous ! forme d’un poisson brillant comme l'or; s’étendant àv million de lieues, avec une corne énorme, à laquelle ke roi atlacha le vaisseau par le moyen d’un’câble fait d'u long serpent. Le déluge apaisé, Vichnou tua le démo Hayagriva , recouvra les livres sacrés, ce qui sigailie qu les mondes renaquirent , et éleva au rang de septièm menou ou dive, le saint roi Satiavrata.: Mais le. poëte terminant par une explicatiow philosophique sa narratio! fabuleuse, observe que l'apparition d’un poisson corn

au religieux monarque fut maya ou illusions et ajoute que celui qui entendra dévotement ce récit allégorique sera affranchi du péché.

Moins grand en réputation de sainteté que le Mahabarat, mais plus célèbre comme composition poétique, le Ramayan, ouvrage du saint ermile Valmiki, est un poëme complet en sept livres, sur une action continue, intéressante et héroïque, sur les prodigieux exploits de Ram, le Bacchus indien, pour délivrer Sita, sa bienaimée, des mains d’un épouvantable géant. Il existe un grand nombre de poëmes sur ce sujet, mais celui de Valmiki.est le plus saint et le plus renommé. Je regrette de ne pouvoir pas en extraire l’épisode beaucoup trop long , du corbeau et de l'aigle, rapporté par W. Jones, dans sa Dissertation sur les dieux de l’Inde. Là, se trouve développée ;avec un charme doux et religieux , cette belle doctrine de la philosophie indienne qui attache l’égarement à l’orgueil, comme son juste et inévitable châtitiment; montre sujets à l'erreur tous les êtres créés, à quelque degré d’épuration et de divinité qu'ils soient parveaus , et ne place .l’incorruptible vérité qu’à sa source même, c’est-à-dire dans. l'intime sanctuaire de l'être unique et éternel.

Après ces deux poëmes sacrés, les Indiens, dans le foule immense de leurs poëmes profanes, en distinguent six réputés par eux les plus excellens, et qui sont également en langue sanscrite. Je vais en donner une idée, d’après les savantes recherches de Colebrooke sur la poésie, sanscrite et. pracrite ; Le pracrit est un dialecte du sanscrit, qui a plus de mollesse et moius de majesté ; c'est celui que les anciens dramalistes de l'Inde mettaient surtout dans la bouche des femmes.

45% . NOYICE.

Le premier de ces six grands poëmes , ouvrages de Bsravi, a pour titre : Ærÿunc ct le Montagnard. Arjun obtint de Chiva, d’Indra, et da reste des dieux, dei armes célestes destinées à combattre le géant Dariodan:. C'est par un mélange de religieuses aastérités et de prouesses guerrières que triomphe à la fin le héros, après avoir vaincu dans un combat particulier le puissant dieu Ghiva, qui, pour l’éprouver, s’élait déguisé en habit d’une tribu de féroces montagnards de l'Inde; voilà tou le sujet du poëme : en voici quelques courtes citations.

Un des suivans de Couvere , le Plutus indien , conduil Ârjona sur use montagne, dont la beauté le saisit d'ut muet étonnement. Le guide rompt avec respect ce # lence; car la loquacité, selon la réflexion du poëte, & convehable en son temps.

« Cette montagne, avec ses sonmets heigeux qui-peœnt en mille endroits-les sombres nuées, est propr, Jorsqu'on la considère, à enlever à la fois tous les péché des hommes. C’est te siége de ces mysières subtils doni le sage démontre la vérité par des preuves que l'intell: gence à de M peine à saisir. Mais Brama seul connaît plét nement cette vaste et inaccessible montagne, de mé que lui seul connaît l’âmre suprême. Ses lacs, tapissés de lotus et ommbragés d'arbustes grimpans, dont les fleurs el le ‘feuillage soht enchanteuts, forment un paysage ravis sit, Ce beaü'site sübjuguerait même ke cœur des femmes fortes qui, füsque dans la compagnie d’un amant, on! su maintenir fa fermeté de leur âne. Grâce à cette mot tagne heureuse et aëlmirablément gouvernée, la terré, riche dé $es pierres précieusés qui charment Gourer par leur haut prix ét leur facile acquisiion, semble

NOTICE. 455 surpasser en magnificence Îles autres mondes ses ri- Vaux. » :

Il n’est pas besoin d'observer que la montague, dont on exalte ainsi le prix et la splefgdeur, est une figure. Elle représente J'amour divin. Ge caractère de mysticité allégorique se retrouve dans presque tonte la haute poésie de l’Inde , profane ou sacrée.

Le talent du poëte ne brille pas moins dans les discours que dans les descriptions. Écoutons les reproches d’une reine à son époux, qu'elle excite à rompre une alliance fatale, et de honteuses chaînes d’apathie et de superstition.

s Je ne.comprends pas cette prudence. Sans doute

. les opinions frappent diversement nos esprits; mais le

désespoir s'empare de mon âme , lorsque j'envisage l’état misérable où tu es tombé. Toi qui reposais autrefois sur une couche éclatante, et n'étais éveillé qu’au doux bruit des louanges et des chansons, maintenant tu dors sur la iorre hérissée d’herbes piquantes, et tu es arraché en sursaut à ton sommeîl par les hurlemens affreux des Jackals! Tes pieds qui, jadis appuyés. sur une estrade ornée

dé pierres précieuses , se couvraient de la poussière des

fleurs tombées de la guirlande des monarques prosternés; ies pieds maintenant, dans les déserts sauvages, marchent ensanglantés par les dards aigus des plantes que la dent du cerf a coupées. Ta personne, à roi! dont chaque jour tu voyais s’accroître la beauté, en Le nourrissant du débris sacré des fêtes données aux saints personnages, s'évanouit avec ta gloire, landis que tu n'as plus pour alimens que les fruits des forêts. Que 1u.sois réduit à cette

condition par la malice de tes ennemis, voilà ce qui déchire mon cœur. Ah! pour l’homme vaillant dont le cour rage ne peut être dompté, l'infortune est un triomphe. Laisse la paix, ô roi! Revêts l’activité, l'énergie; et que tes adversaires soient i@molés. C'est aux paisibles saints et non pas-aux monarques que sied cette perfection qu désarme les ennemis par l# patience. Si, des hommes tels que toi, dont l'honneur fait la force et qui sont les con ducteurs des vaillans, se soumettent à cette honte insupportable, c'en est donc fait de la magnanimité ; la voi détruite sans ressource. Mais puisque tu dépouilles ta vait lance, puisque tu achètes le repos par la lâche soumir sion, quitte donc cet arc, symbole de la souverainelé Fais-toi cénobite, et alimente par les oblations les feu régénérateurs. Adhérer au complot d’une perfide alliance, n’est pas bon pour toi, valeureux prince. C'est La perlt que machinent tes alliés, Les rois, ambitieux de victoire sont sans scrupule dans les traités et dans les stratagèmes Toi que le temps ni les destinées n’ont pas encore plong dans un gouffre profond d'adversités, mais dont la splendeur est seulement éclipsée et l’activité ralentie, prends confiante en la fortune ; elle peut de nouveau te souritt ‘et tu reparaîtras comme le soleil au matin chassant l'ami jaloux dés nuages. »

Je passe au second des six grands poëmes indiens. qui a pour titre Maga ; d’autres croient que ce nom est cel de l’auteur. La grandeur du sujet, l’unité d’action , l'élévation du style lui assignent sa pluce parmi les premières épopées; mais le goût des Indiens pour la poésie descrip tive, et particulièrement pour les peintures licencieuset a défiguré cet ouvrage. Les deux premiers et les huit der-

niers chants sont les seuls dans lesquels le tissu du poëme se prolonge sans interruption ; les dix chants intermédiaires employés à waconter un voyage de Crichna ou Apollon, avec un cortége de nymphes amoureuses, sont un hors-d'œuvre tout-à-fait déplacé. Tâchons de montrer en peu de mots l’ordonnance de cette composition débarrassée du long épisode qui l’obstrue. ,

Au premier chant , Naréda ( Mercure) envoyé par Indra, fait une visite à Crichna, et l’excite à la guerre: contre son cousin Sisoupala, roi des Chédis. Au second, Crichna délibère avec son oncle et son frère s’il doit entreprendre cette guerre immédiatement, ou d’abord assister un roi voisin dans l’accomplissement d’un solennel sacrifice , auquel Sisoupala est également invité. Ce dernier parti l'emporte. C'est ici qu'est placée la longue superfétation dont il a été parlé plus haut. Au treizième chant, départ de Crichna pour le sacrifice. Au quatorzième , il arrive et reçoit un honorable accueil. Le quinzième décrit le commencement de la fête ; et, au seizième, Sisoupala , jaloux des divers honneurs rendus à Crichna, se retire avec ses guerriers. Celle rupture amène une négociation infructueuse. Enfin les deux armées se préparent au cowbat : tout cela occupe deux chants. Au dixhuitième , la bataille commence ; elle continue au suivant, où le poëte peñit la déroute et la destruction de l’armée de Sisoupala. Dans le dernier, ‘ce roi, réduit au désespoir, provoque Crichna à un combat singulier. Le combat se donne; et, à Ja manière des poésies indiennes, les ‘deux champions s'opposent l’un à l’autre des armes surnaturelles. Sisoupala attaque son ennemi avec des serpens monstrueux , que.celui-ci détruit à coups de crânes de géans, Le roi a recours à des armes de feu; Crichna

458 NOTICS.

les éteint avec un glaive liquide. Ainsi l'action se prolonge par le balancement des forces et l'opposition des élémens, jusqu'à ce qu'enfin Crichna, d'un ceup de flèche, perce au cœur Sisoupala.

Les discours de ce poëme sont surtout cités comme remarquables ; je n’en rapporterai qu’un seul. Au second chant, lorsque Grichaa hésite ehtre la guerre et le sacrifice, Balarama lui conseille la guerre ::

« Un ami sûr, un ennemi déclaré, c’est bien ; leurs actions les ont fait connaître. Mais quand l'amitié ou k haine sont douteuses, l'événement est chargé de les menifester. La paix est possible avec un ennemi naturel qu nous fait des avantages, non avec un ami incertain qu nous cause du détriment. Bienfait où dommage, voilà La pierre de touche des alliances. Songe que le roi des Chédis fut offensé par l'enlèvement de Rismini; car us femme est cause ici que l’arbre de la discorde pousse dés racines, »

Remarquons, en passant, cette siilitude de donnée avec l’Iliade. Balarama poursuit :

« Tandis que tu étais entraîné A subjugaer les rejetois de la terre, il assiégeait cette ville, dé même que les tt nèbres enveloppent les bords de Mérou, quarid de soleï est éloigné... Après cette injure et ta vengeance , le ro des Chédis est notré ennemi néceséaire. “L'homme qui temporisé , tandis qu'en aggresseur furieux b’apprête à ke sarprendre ; dort exposé au venti avec da fou sous 501 bras. Quel borne ; même capable de supporter une injure unique btlégère , serait assez lâche poar eddaret Ua quillement des outrages répélés ? En d'autres o6tasions

NOTICE. 45) la patience convient à l’homme, ainsi qu’à la fename la pudeur. Mais le guerrier qu’on insalte jette de côté la patiende , comme la femme, au lit nuptial, jette de côté la .modestie. Quigonque se décide à vivre torturé par les insulles d’un ennemi, mieux vaudrait pour lui que jamais dans les angoïsses sa mère ne l’eût enfanté. La poussière qui. des pieds du voyageur, s'élève et se répand sur sa tête, est moins vile que le lâche qui s’accommode des affronis. »

Cette éloquence est vive et fière, il faut en convenir.

Je ne m’arrêterai pas à la troisième épopée, ayant pour titre : Naisadja , et dont on suppose que le brame Ghriasa est l’auteur. Il me suflit de dire que le sujet en est lemême que celui du roman de Nella Raja, mais conduit beaucoup moins loin (*). Le poëte s'arrête au mariage des deux amans, dont il suppose que la félicité résiste aux machination de leur céleste ennemi, Ainsi il se prive de toutes les intéressantes aventures dont nous avons vu le détail, À la place, il se complait dans de longues et obscènes descriptions de jouissances sensuelles, trop bien accommodées au goût de ses compatriotes. °

Mais notre attention la plus vive est réclamée pr les trois derniers des six grands poëmes , et par Calidas , leur

(*) Cette histoire de Nella Raja, formant un des épisodes les plus célèbres du Mahabatat, a donné naissance à unie foule de poëmes indiens. 1] en existe un entre autres du fanieux Calidas. Ceux qui seraient curieux de se faire me idée de l'épisode qui sert de texte prirbitif à cés dilléretites ébmpositions, peuvent consulter la traduction latine kttérale qui en a été publiée il y 4 quelques anuées à Londres, à Paris et à Strasbourg, sous le titre de Nalus, par M. Bopp, savant orientaliste anglais. Un vol. grand in-8°, chez Treuttel et: Würtz, |

auteur. Calidas, selon l’opinion des savans anglais de Calcutta, florissait vers les premiers siècles de l’ère chrétienne. C'était le plus fameux des neuf poëtes appelés Les neuf perles, qu’un des rajas d'alors entretenait à sa cour, resplendissante de la lumière des arts , tandis que de pro fondes ténèbres enveloppaient celle de POccident. Une épigramme composée en indoustan moderne dit que k poésie fut la fille joyeuse de Valmiki, et qu’ayant été élerés par Viasa, elle choisit Calidas pour époux; qu'elle fx mère d’Amara, de Sundar et de plusieurs autres, mai que maintenant, vieille et décrépite , sa beauté s’est flétrie; que son pied sans ornement est glissant dans sa marche, et qu'on ne sait sous quelle chaumière elle daignerii s’abriter.

Le plus admiré des poëmes de Calidas, et l’un ds plus fameux parmi les poëmes sanscrits, a pour Litre guvansa, ou les Enfans du Soleil. 11 contient Lhistort de Ram et de ses prédécesseurs et successeurs. Ainsi le huit premiers chants se rapportent à Ragu et aux sienfi les huit suivans ont pour objet Ram, son père et ses fils les trois derniers concernent les descendans de Cusr Chaque chant de ce grand poëme cyclique est consacré spécialement à l’un des héros dont le caractère est forte ment contrasté avec les précédens.

Le poëte n’a choisi de l’histoire de Ram que les pri cipales circonstances. Il les raconte à peu près dans le même ordre qu’elles sont décrites aux théogonies et al! poëmes sacrés, mais avec des richesses poël tiques infini ment plus grandes; car, en général , le style des poën® de l’Inde réputés saints, sans en excepler le Ramayt de Valmiki, est lâche, diffus, et non moins dénué dr nemeus qu’abondant en répétitions. |

Voici la fin du neuvième chant du Raguvansa. L’auteur décrit une touchante aventure arrivée dans une chasse royale :

« Ainsi la chasse, semblable à une maîtresse artificieuse , amorçait le prince oublieux de tous ses devoirs, et qui, déposant le fardeau de l'État sur ses ministres, nourrissail indulgemment sa passion. |

» Le roi passait sans retenue toutes les nuits dans quelque coin de bois solitaire. couché sur un lit de feuilles et de fleurs, et éclairé d’un feu de plantes sauvages. Au point du jour, éveillé, non‘ pr le tambour royal, mais par le tapement des oreilles de son éléphant, il écoutait avec délices et comme un augure heureux, les doux gazouillemens des oiseaux.

» Un jour qu’à la poursuite d’une gazelle, il avait devancé son cortège, ilarrwa, son cheval écumant de fatigue, sur les bords du Tamasa, que fréquentaient les ‘dévots. Un bruit sourd dans les ondes, causé par un vase qu’on remplissait, parut au roi le grommellement d’un éléphant, et il lança une flèche vers le lieu d’où le son partait. C'était un acte défendu (*); car, :aveuglé par la passion ,.le sage lui-même se fourvoie. « Ah !mon père!» Tel fut le cri

lamentable qui sortit des eaux. Le roi, tout éperdu ,.écarta

soudain le feuillage ; il trouva le vase renversé; et tout auprès, le jeune fils d’un ermite, le corps transpercé par sa flèche. Il s'arrêta pâle de stupeur, et comme blessé Jui-même. Le prince , de glorieuse lignée , se. jette à bas de son eheval , et s'informer avec : précipitation de la fày ( L

(*) Il est interdit à la tribu royale et militaire de: tuer les ‘élé-

phans ailleurs-qu’à la guerre. ru

mille du jeune homme, qui, s’appoyant douloureusement sur le vase, lui dit, d’une voix faible, qu’il était le fils d'un ermite , sans être prêtre lui-même.

» Sur les indications du jeune blessé, le roi le transport: chez ses parens ; et lorsqu'ils apprechèrent de leur fil: unique , il leur raconia sa fatale erreur. Le malbeureur couple, avec des sanglots, conjura le roi d’arracher l flèche du sein de l’enfant : il n’était plus. Alors le vieil ermite, à qui ses pleurs tenaient lieu de lihations , prononc sur le roi cet anathème ; « Tu vieilliras , frappé du même malheur que moi.» Tandis qu’en parlant, il s’échauffait, tel qu’un serpent qui d’abord s’éMnce et décharge ensuite son venin, le roi lui dit: « Ta malédiction est tombé comme une grâce sur moi, dont la vue n’a poiat encore élt rejouie par l’aspect d’un beau rejeton : c'est ainsi qu'alr mentée par lès rameaux , la flamme brûle le sol et le fertilise. » H ajouta : « Ma cruauté mérite que je reçoire mort de tes mains ; quels sont les ordres ? » Le saint er mite fai demanda du bois pour le bâcher funéraire, # femme et lui étant décidés à suivre leur fls au tombeau Le roi, dont la suite venait d'arriver , s'empressa d’extcuter leur commandement, et resta abattu portant en li la malédiction de l’ermite, cause de sa future destruction, de même que les feux dévorans sont récelks-dans les en tailles de la mer. Le prince-s’adregsant encore au vieillard : « Saint ermite, lui dit-il, que veux-tu que fasse maintenant ce criminel déshonoré qui mérite de tai le trépas? L'ermite désira que la flamme funéraire {t religieusement allumée , et le ‘roi présenta le feu pour brûlé en un seil bûcher l’ermite , sa femme et son fils. .

+.» Pour:le chef dela race de Ragu, ilretourna daps son palais, suivi de son armée, abattu et portant en son €$-

NOTICE, 463 prit la pesante imprécation du saint, de même que l’Océan renférme en s0s entrailles le feu de la destruction. »

Cumara, autre poëme de Calidas , a pour sujet la naissance du fils de Parvadi , et se termine à l'accouchement de la déesse. Il y'a lieu de oroire que l'ouvrage est incomplet ; on croit qu'il avait crigmairemient vingt-deux livres. Il remonte à la naissance de Parvadi, et célèbre les religieuses austérités par lesquelles elle mérita d’obtenir la main de Chiva. Ce ‘dieu manifesta sa passion d’une manière bisavre. {rrité contre Éamdeo (l'Amour); qui avait osé lancer sur lui ses traits, il le fit périr d’une Mort tempuraire. Tous les personnagés du poëme, sans excepter le mont Neïgeux , père de Parvadi, sont représentés avec une forme et des mœurs hürmmiaines , et dàns Fexacte observation du ‘costume indien. |

Le poëme de Maga Douta, du même auteur, qui complète le nombre des six plas célèbres épopées, a mérité cet honneur, non par son étendue, car il n’a que cent seize stances, mais par l'extrême élégance de 6a diction: Le poëte suppose qu’Yacsa , l’un des suivans de Couvera ou Plutus, a été séparé d’une épouse bien -aimée, La cause de cette disgrâce est une imprétation du dieu, courroucé de la négligence avec laquelle son serviteur a souffert que le jardin céleste fût foulé par l” éléphant d’Indra. L’infortuné demi-dieu, banni. du ciel et relégué sur la terre, vient d'établir sa résidence sur une mentagne où Ram séjourna jadis; là, il conjare un nuage qui passe, de porter à sa femme un message d'amour.

«Je sais, lui dit-il, que tu es sorti de la race renom. mée des nuages diluviens, ek que. tu peux, ministre

d'Indra, prendre à ton .gré toutes les formes. Je midresse donc à toi comme un humble suppliant, sépart, par le pouvoir du destin, de mon épouse chérie. Une requête adressée en vain aux âmes généreuses, vaut mieur qu’une sollicitation qui réussit auprès des âmes viles. Tu es, Ô nuage, le refuge des enflammés ; je te conjure de porter à ma bien-aimée un message de son époux, banni par la colère du dieu des richesses. Tu te rendras à Alaca, séjour du chef des Yacsas; tu verras son: beau palii blanchi par les rayons lunaires échappés du croissant de la tête de Chiva qui semble fixé dans ces hoccages, elc.!

On peut juger par les divers morceaux qui viennetl d’être cités, que ni la grâce, ni la force, ni le nalurel, ni le pathétique, ne manquent aux poëmes des Indiens. Quai à l'harmonie de la langue et au savant attifice de la versil calion , ce spni d’autres sources de beautés dont.je ne puis malheureusement concevoir ni transmettre aucune idét Non-seulement leurs vers sont à la fois rimés-comme les nôtres el mésurés comme ceux des anciens (*}, mais il

. (*) Lea Indiens'ont, dans des stances.de tous les rythmes. dt vers de tons Jes mètres, savoir : en pracrit, depuis six jusqu'à vingt-six syllabes ; et en sanscrit, depuis vingt-sept jusqu'à nel cent quatre-vingt-dix-neuf. Ces deux sortes de.vers sont classés €! vingt-un genres. Chaque genre comprend une immense variété de mètres possibles, : selon'les différeris modes dans lesquels peuvt être distribuées Jes ‘syllabes longues ou brèves, aussi bien quels pauses. Et, comme lès quatre-vers de:chaqgue stance peuven! être ou pareils, qu alternatifs, ou entièrement différens , la variété pos sible des mètres est presque infinie. Ainsi, dans le premier genrt: où le vers est de six syllabes , il a été supputé soixante-quatre C0” .binaisons pour les syllabes de chaque verss ‘quatre mille quart cent seize pour celles de Ja demi-stance ; et seize millions sept cent

| KOTICH. 465 süht assujétis le plus souvent à àn travail. d’allitération qui présente des combinaisons prodigieuses du retour. affecté des mêmes syllabes (*). Peut-être cette mervoilleuse reproduction de mots susceptibles d’être coupés. et retournés à l'infini sans que la pensée en souffre, doitelle être comparée aux fécondes amputations du polype, qui doit à l’imperfection même de sa nature la faculté de se diviser en parties innombrables ; sans cesser jamais d’être entier. En effet, l’exttôême richesse des langues d'Orient, qui ont des mots et presque des phrases faites pour toutes les modifications et complications d'idées, est, à bien dire, une véritable pauvreté. Cela facilite, il est vrai, l'improvisation, l'inspiration, qui est le caractère général des poëtes de ces contrées; mais cela: ôte à chaque auteur son mérite propre, son caractère particulier, que nous aimons à trouver dans les bons écrits de nos littératures européennes. Les langues ne sont que des sbixante-dix-sept mille pour les vingt-quatre syllabes de la stance entière. Dans le dernier des vingt-un genres, soixante-sept millions cent huit mille huit cent soixante-quatre combinaisons ont été calculées pour les vingt-six syllabes de chaque vers; environ quatre quatrillions cinq cent trois trillions six cent vingt-un biflions pour cinquante-deux syllabes; et plus de vingt nonillions deux cent

quatre-vipgt-deux octillions trois cent quatre-vingt-huit septillions, pour quatre cents syllabes , dont la stance entière se compose.

(Cozesrooke, on Sanscrit and Pracrit poetry. )

(+) Dans le poëme de Calidas, sur les aventures de Nella Raja, la rime et l’allitération sont combinées à la fin de chaque vers de telle sorte que les trois ou quatre dernières syllabes de J’hémistiche sontles mêmes pour le son, quoique différentes pour le sens. « C’est, dit Colebrooke , une série de jeux de mots sur ua sujet pathétique. » Il est clair que, dans l'original, le génie de la langue empêche que cela ne soit ridicule , et même y attache ure beauté.

instrumens ; il ne faut pas qu’elles deviennent des o- . srages.

J'excéderais toute limite si je voulais entrer dans quel ques détails sur les petits poëmmes des Indiens, élégies, poésies érotiques , poëmes scolastiques, odes , apologues,

.satires , elc. ; Car je m'aperçois que je ne me suis encore occupé que des peuples de la presqu'île occidentale; el il me reste à parler de-ceux de l’autre presqu'ile, qu méritent aussi de fixer notre attention. C’est le savait Leyden (on the Languages and Littérature of the inde chinese nations) qui sera mon principal guide dans celle seconde partie de mon iravail.

Les principaux peuples indo-chinois, ainsi nomué parce qu'ils séparent l’Indostan de la Chine et qu'ils par ticipent des-mœurs et des origines de ces deux grand contrées, sont les Siamois, les Birmans et les Mali Tous ont leur littérature et leur poésie , filles du vést rable sanscrit, et plus ou moins remarquables, soit pr cette origine commune , soit par leurs différences part culières.

Chez les Siamois, comme chez les autres peaples d l’Indo-Chine , les dogmes. et les traditions de la mytholr gie indienne sont en vigueur.’ Seulement ; au culte à Bruma, ils substituent celui de Boudh, qui, suivant es . Indiens de toutes les sectes, est regardé comme le net vième avatar ou incarnation de Vichnou , et qui a, dit-01, réformé la doctrine des Védas et interdit sévèrement Ks sacrifices d'animaux. Boudh est appelé par les Siamob. Somonacodam. On trouve des particularités sur ce diet: soit dons l'excellent ouvrage de Laloubère sur l’histoire de Siam , soit dans la relation anglaise de l’ambasgade À Ava, par le major Symes. Le pali, ancien dialecte du

NOTICE. | 467 sanscrit , est la langue sacrée et sctentifique des Siamois. Nous ne connaissons d'ouvrages écrits en cette langue que quelques courts fragmens qu’en a donnés Laloubère; mais ce peuple posséde, dans sa langue vulgaire appelée thay , une grande variété de poëmes. Les Siamois naissent poëtes. « Femmes et.hommes, dit Laleubère, sont presque tous fort exercés à l’impromptu, dont la matière |a plus ordinaire est une raillerie continuée, où paraît à l’envi la vivacité des réparties et des répliques. » |

Parmi leurs poëmes mythologiques ou chéritras, on cite le Rimakien, qui semble être une version du Ramayan, dans laquelle les aventures du Ram indien sont parodies à la siamoise ; le Vetjasundon , ou histoire d’un raja, qui, se promenant dans son jardin, vit un manguier flétri, et, à cet aspect, frappé d’un coup de la grâce, alla se faire ermite dans la forêt; le Voravung, ou aventure d’un infortuné raja qui ; escaladant une nuit la fenêtre de sa maîtresse, fut tué par une $pée enchantée suspendue pour la garder.

Le Chalavan raconte l'enlèvement et la délivrance d’ane princesse qu’un. épouvantable crocodile, épris de ses charmes, a conduite dans les profondes demeures de l’Océaen.

Dans le Phoumom, le ravisseur est un éléphant, et ka princesse est pareillement délivrée des caresses de cet amant redoutable.

Le Pratom expose une cosmogonie conforme aux principes de la secte des Boudistes.

Un autré poëme renferme les instructions à un singe plein de ruse et d'esprit ; un aatre, les aventures de quelques personnes envoyées au pays des Racsasas, espèce de génies, pour.la recherche d’un fruit dont une reine , dans sa gros-

468 NOTICE, sesse, témoignait une envie demesurée. Les députés obtiennent le fruit à condition que l'enfant sera élevé parmi les Racsasas ; on le leur amène,, en effet, et, lorsqu'il devient grand, il est rendu à sa famille.

. Ces diverses fictions, dont la plupart sont tirées des poëmes sanscrits, offrent, au rapport de Leyden, un style sauvage et bizarre, tout-à-fait étranger à nos idées.

Je ne connais aucun poëme épique des Birmans ; seulement le major Symes assure qu’ils sont très-riches en chansons ou ballades, dérivées des traditions indiennes. Ces peuples, si l’on en croit le même voyageur, aiment beaucoup la poésie. Quand leurs vers sont bien recités, ils sont doux et harmonieux. Ils en ont à rimes plates et à rimes croisées, et toutes leurs poésies sont en stances, comme généralement celles des Indiens.

Mais c’est surtout parmi les diverses divisions ou tribus de l'empire des Malais qu'on trouve des sources abondantes de trésors poétiques. La langue de ces peuples a une simplicité de structure et une suavité d’intonation qui l'a fait surnommer l'italien de l'Orient. Elle se’ divise en uw

grand nombre de dialectes {selon les tribus-qui la parlent. Les ouvrages favoris des Malais, proprement dits, ou habitans de la presqu’ile de Malacca ,. sont les Pantoun, mot qui est généralement traduit par chanson , maïs qui serait peut-être mieux rendu par similitude ou proverbe. Ge sont, en effet, des comparaisons versifiées , avec un apophthègme qui leur sert d'application. Ur pantoun est un quatrain rimé, affectant l’ebscure concision des ‘oracles, de sorte que l'intelligence en est souvent difficile

NOTICE. | 469 aux européens qui n’aperçoivent aucune connexilé entrela similitude et son application. Les Malais prétendent que l'affsbulation en est toujours ingénieuse; mais on peut soupçonner que, si la moitié du quatrain est pour le sens, l’autre moitié. est souvent pour la rime, comme dans les ancièns triplets de la poésie welche , qui n’admettent pas une liaison nécessaire entre l’image naturelle et la maxime morale. Quelquefois, dans des.jeux ou débats alternatifs , les Malais se lancent de ces sortes de pantoun pendant des heures entières , le dernier fournissant toujours la réclame du suivant, jusqu’à ce qu’une des parties soit mise ä bout; ou, selon l'expression des Malais, jusqu’à ce qu’elle soit morte.

Les Sayer, dont l’analogue se trouve dans la poésie des Persans, sont une-autre espèce de composition poétique des Malais. C’est dans ce rythme que sont écrits leurs poëmes moraux, didactiques ou descriptifs , .et leurs légendes ou grandes épopées.

Leurs chéritras sont généralement en prose, mais fré-

quemment mélés de vers. Ces chéritras contiennent les fables mythologiques répandues parmi la tribu des Ma- Jais, et quelquefois des fragmens de leur histoire, re- . vêtus d’ornemens poétiques: Les fables indiennes , javanaises et ardbes , sont les trois grandes sources de toutes leurs légendes; mais, dans les compositions modernes, les caractères et les incidens sont tellement mélés, qu'à n'est pas toujours facile de déterminer à laquelle des trois origines elles appartiennent.

Il me reste à citer quelques morceaux. Voici d” abord plusieurs pantoun. Le premier est un défi poétique ; les autres font voir de quelles manières sont présentées, dans. ces quatrains, les images et les applications.

Vous êtes un bambou et je ne suis qu’un tendre rejeton ; Cependant, venez, que’ nous aiguisions nos armes.

Vous êtes comme dix, et je ne suis que comme neuf; Venez pourtant, que nous combattions en vers ironiques.

La grenade a plusieurs cases,

Mais les grains sont également rouges dans toutes.

Ne donnez pas une injuste préférence à une race d'hommes quelconque, Car le sang est également rouge dans tous.

Ne secouez pas la tige du riz; Si vous la secouez, la tige est perdue.

Ne cédez pas à vos jeunes penchans ; Si vous y céder, votre personne est perdue.

La feuille jaune du bétel de Patani,

La fraîche noix du bétel de Malacca, Une blanche demoiselle chrétienne, Entréfnent une personne à sa ruine totale.

Le passage suivent appartient dans l'original, au mètre appelé Sayer, qui est généralement celui des contes el poëmes moraux des Malais.

« Quand ma maîtresse regarde au dehors par sa fenêtre, son œil éblouit comme une étoile. Ses brillans rayon étincellent et resplendissent ; son frère aîné ne peut supporter son éclat. La couleur de sa joue est. pareille au rouge mangou. Son col gracieux et éblouissant , travers par des ombres chaque fois qu’elle mange; ses traits, tels

NOTICE. 491 que tèux d’une statue ou d’une figure théâtrale ; san front semblable à la nouvelle lune dans ses premiers jours ; ses sourcils arqués, si beaux que je voudrais les dévorer, tout cela fait que depuis long-temps je l’ai choisie pour ma maîtresse. |

« Elle porte un collier de diamans de Ceylan, dont les longs clous , brillans comme des éclairs, sont aussi transparens qu'un collier de pertes. Sa taille est mince et.extrêmemeñt élégante ; son col est tourné comme celui d’une statue polie, Éloquente dans l'énonciation de ses mots, ses lèvres qui se séparent, sont comme le bois cramoisi. Ce n’est point par la parure , c'est par elle-même qu’elle est ornée. Ses dents sont noires, teintes avec la poudre de baja. Gracieuse , déliée, majestueuse commé une reine , ses cheveux sont décorés des fleurs de Siraja ; ses beaux traits n’offrent aucun défaut de symétrie. Mon âme, à sa vue, flotte souvent, prête à me quitter, ern: pressée à s’échapper par mes yeux et hors d'état de retourner à sa demeure.» | ,

Je pourrais citer également quelques passages de poëmes et chansons des Bougis , autres peuples Malais , habitans des Célèbes; mais il est temps de terminer cette longue notice, en arrivant aux poésies des Javanais, ou insulaires de Java qui forme une des plus grandes divisions de l’empire des Malais. Ce peuple agriculteur n’est point livré, comme presque joutes les tribus de la même nation, au mouvement continuel, aux voyages lointains, aux entreprises hardies de la navigation ét du commerce ; fixé dans ses foyers par la fertilité de son sol, ika reçu de la richesse et de la paix un degré supérieur de développement poétique. Le Brata Youda , poëme dont on va lire

l'extrait, suflirt pour en offrir la preuve. L'analyse ‘de ce poëme ; publiée à Londres, en 1817, par Thomas Stamford Rafiles , ancien gouverneur de l’île, forme un cs pître de son importante histoire de Java , en deux volumes in-4°,

Il est donc vrai que, libres ou esclaves, guerriers où pacifiques, cultivateurs ou csmmerçans , riches ou par vres, incultes ou civilisés , tous les peuples éprouventu besoin plus ou moins vif d'exprimer en vers leurs sent: mens et leurs pensées, et qu’ils ouvrent l’âme et l'oreilk à cette musique de langage appelée poésie. L'Inde, comme l'Orient, ses légions de poëtes , mortels à la hi

privilégiés et malheureux. Une vieille tradition indien que cite M=° Graham, dans son voyage dans l'Inde, porte qu’aux noces de Ghiva et de Parvadi , les dieux aya! épuisé tous les amusemens connus alors, désirèrent di plaisirs nouveaux. Chiva essuya quelques gouttes del sueur de son front et les secoua sur la terre. De cit rosée naquirent les poëtes, êtres divins. Recopnaiss du don de la vie, ils chantèrent les louanges de Chin, mais oublièrent d'y associer Parvadi , qui , blessée de let silence , les relégua dans le monde de la terre, où ler occupation fut de chanter les dieux et les héros, en p sence des rois et des grands; et leur destinée, der misérablement au sein de la pauvreté. Ainsi, point de ception pour les Homère de l’Inde ; hommage et indigence, voilà le plus beau lot que ; par toute terre, puis espérer le génie.

FIN DB LA NOTICE

* . LE BRATA YOUDA, POEME JAVANAIS.

PAAVAIMAAAAAAAA AS

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