EXTRAIT
PARAARAANAAAAAAA
Le gujet du poëme-est la Guerre sacrée, ou Guerre des cinq fils de Pandou, appelés les Pandavas, comme les fils d’Atrée sont nommés les Atrides, contre leurs cousins les Couravas, ou les cent fils de Courou, qui avaient usurpé sur eux le royaume d’Astina, le plus ancien des états javanaïs. Le poëme est partagé en sept cent dix-neuf stances, chacune de quatre mètres égaux, et dont le rhythme varie de temps en, temps, selon le genre des objets décrits. La scène se passe principalement dans la ville d’Astina et dans les grandes plaines voisines, théâtre de la guerre. La durée est d'environ un mois. L'auteur, dansles premières stances, annonce qu'il se nomme Ponseda, et qu'il écrit à une époque correspondant à notre onzième siècle , sous le règne de Jaya Baya ; règne tellement heureux et tranquille, que les seuls voleurs, dit-il, sont les amans qui, à la clarté de la lune, dérobent
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leurs plaisirs. Puis il commence son récit, en entrant par le milieu de l’action, lorsque l’usurpateur entame des négociations avec les princes dépossédés. ‘
«* Dans les vieux temps, Crichna (1) était l'ami de Naranata Panduva, et il le pressa, disant : « Ne demande rien moins à Souyoudana, chef de Courou, qu'un partage du royaume. S'il y consent, c'est bien; sinon, la guerre ! » Après cet avis, il partit de Virata en toute hâte, monta sur son char attelé de coursiers aux pieds légers, qui s’élancèrent dans l'air comme s'ils eussent eu des aîles, et bientôt il distingua la ville d’Astina qui se perdait dans les nues. Tristes étaient ses bananiers, comme une femme plaintive séparée de son époux. Les angles des portes semblaient s’incliner à mesure qu’il avançait, et leurs tourelles paraissaient lui faire signe de se hâter. Les branches du serpent-fleur ondulaient au gré des vents, comme en témoignage d’obéissance, et toute la beauté de la ville des Courous paraissait s'informer s’il était suivi des Pandavas. »
Mais Crichna avait laissé à Virata les fils de Pandou, et l'aspect de chaque chose était triste sur la route. Cinq stances sont consacrées à la peinture de cette tristesse. |
« Dès que le bon Crichna fut arrivé aux plaines de Courou, il fut joint par les héros Canva, Janaca et Narada, qu'il rencontra dans la plaine, et qui s’associèrent à sa cause. Aussitôt l'excellent Cri-
chna s’assit sur le siége du cocher, cédant sa propre place dans le charriot aux trois Panditas{2), et leur rendant obéissance. -Ceux-ci lui donnèrent à leur tour le salut, et prièrent intérieurement pour la santé de Crichha. Les Panditas voyaient avec plaisir que Crichna eût pris place auprès du co- Cher; et comme la route était longue, ils parlèrent de leur voyage vers le roi d’Astina. Ils discoururent aussi de plusieurs matières importantes, et leurs paroles coulaient doucement comme un agréable ruisseau.
» Quand le digne Crichna fut entré dans la plaine de Courou, Dreteraja (frère aîné de Pandou ét père des Couravas) apprit bientôt son arrivée prochaine, et donna ordre de nettoyer le palais, prescrivant en même temps d'étendre sur la terre les plus beaux tapis, depuis le trône royal jusqu’à la grande place. »
Remarquons bien, toutes ces attentions recherchées même envers des ennemis. Il ne. faut pas croire qu'elles soient incompatibles avec la grossiéreté et la férocité des mœurs héroïques. Homère est plein de tous ces soins d’une civilité rafinée, et souvent il fait sentir combien elles plaisent à ceux qui en sont l'objet. L'absence d’une politesse bienveillante indique plutôt la dégénération, que l’enfance des peuples.
Cependant l'entrée de Crichna dans la ville, et la marche de son char vers la salle d'audience au bruit des instrumens, excitérent une joie et une
476 LE BRATA YOUDA;, aflluence dont le poëte fait la description la plus animée. | |
« Le peuple, dit-il, désirant de contempler le cortége royal, et craignant d’accourir trop tard, se pressait à grands flots aux lieux où il espérait de le voir. Les uns ajustaient leur parure et relevaient à la hâte leurs cheveux épars; d’autres, qui avaient laissé leur toilette à demi-achevée, se présentaient avec des dents moitié noires et moitié blanches (3), tandis que des femmes soutenaïient leur sein des deux mains, comme si elles eussent voulu le présenter au héros exalté parmi les hommes. Des enfans aussi portaient dans leurs bras leurs poupées d'ivoire, et, leur adressant la parole, leur disaient de reconnaître et de saluer celui qu'ils regardaientcommeleur ptreetleur roi
Crichna descendit au ‘palais, non point du roi d'Astina, mais d’un vieux pandita, nommé Aria, révéré des deux partis. Là il reçut l'hospitalité la plus amicale, et les viandes lui furent servies dans des plats d'or enrichis de pierres précieuses. Le roi d'Astina vint dui offrir des friandises (4) ; mais il les refusa. Le roi lui en témoigna son déplaisir; il répondit : « Député pour traiter avec toi, cette nourriture me serait un poison, tant que-ma mission n’est pâs finie..» Ainsi parla le pur entre les hommes.
Ensuite Crichna va rendre ses respects à Batari, veuve de Pandou, qui était demeurée au milieu des usurpateurs du trône de ses enfans.
POEME JAYVANAIS. 497 « Dès que Batari le vit s'approcher, son âme s'épanouit comme une fleur. Mais bientôt, oppressée par le chagrin, elle jeta doucement ses brasautour du cou de Crichna; et, avec un puissant effort pour comprimer ses larmes: « O mon ami et mon protecteur! dit-elle, tu apportes la consolation et le soulagenrent à mon cœur brisé.” Tu me rends aussi heureuse en ce moment que si j'étais dans la délicieuse compagnie des fils de Pandou.» Crichna lui répondit : « Net ’afige pas, princesse, tout ce qui existe a été ordonné par le toutpuissant Maître du monde, dont je ne suis que l’'humble instrument. » À cês mots, Crichna retourna jouir des soins et des attentions de son hôte. | Mais les conseillers du roi d’Astina le poussaient à la guerre. Ce prince porte ses soucis auprès de la reine, dont l'exquise beauté surpassait même celle des filles des cieux, et qui renfermait plus de douceur qu'une mer de miel. Ici le poëte place de belles descriptions de l'amour des deux sexes, des grâces et des séductions des femmes, enfin des jeux et des amusemens des dames du palais, pendant un clair de lune, dont le repos n’est troublé que par la voix du bramine proclamant minuit.
L'aurore renaît ; description du lever du soleil. Ce jour est celui de l’audience donnée à Crichna. Introduit en cérémonie devant le roi, il annonce l'objet de sa mission, c’est-à-dire, la proposition d’un partage de son royaume entre lui et les Pan.