‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 1 sur 126 · TRADUIT DU LATIN · texte numérisé non relu

TRADUIT DU LATIN

F 7 du quatormeme Siecle.

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Tovs les âges du christianisme ont retenti de plaintes plus on moins vives sur les scandales et les désordres introduits dans l'Église par ceux mêmes qui devaient en être l'édification. En dépouillant ces satires de l’exagération qui quelquefois les défigure , il y reste un fond de vérité dont voici, je crois, la cause la plus générale. Un père de famille de qui les peines sont adoucies par la tendresse des siens, et qui a tout à la fois à soutenir la bonne réputation de ses ancêtres et à diriger la bonne conduite de ses enfans, peut aisément être un honnête homme. D’ailleurs Ja vertu qu'il s'efforce de suivre est Sans exagération, sans faste, et s’accoutume à transiger doucement avec les petites faiblesses de l’humanité. Mais celui qui, dénué des mêmes secours et des mêmes consolations, a une tâche bien plos difficile et bien plus superbe à remplir: celui dont le ministère est de prêcher . et d’édifier les autres, et qui, dans cette carrière d’austérités et de sacrifices , a fait divorce avec les plus doux attachemens de la nature, celui-là doit être un ange ou un démon , il n’y a pour ainsi dire , pas de milieu. Voilà ce qui explique comment la pureté des apôtres dégénéra si vite dans Jeurs successeurs. Les saints pères se plai-

l NOTICE. |

gent déjà de la corruption des ecclésiastiques dans les temps les plus voisins de la persécution; quels rapides progrès le mal ne dût-il pas faire , lorsque Constantin eût comblé le clergé de richesses et d’honneurs; et lorsque les Barbares qui, après lui, envahirent l’empire romain, se furent jelés dans les bras des papes et des évêques pour affermir par un ciment sacré leurs naissantes dominations ?

Le quatorzième siècle, aurore d’un jour nouveau pour les peuples , et premier déclin de la puissance temporelle des prôtres, manifesta dans ceux-ci de grands excès , et dans ceux-là de vives résistances. Si d’un côté les annates sont établies , si les inquisiteurs jugent les princes, si les feux déjà pâlissans des excommunications se ravivent, et si le superbe et cupide Jean xx11 ajoute à la tiare le nouvel orgueil d’une troisième couronne ; de l’autre , les templiers tombent terrassés sous leurs immenses richesses ; les inquisiteurs sont tués par les Vaudois; le peuple français ose , par des feux grotesquement allumés et éteints, se moquer des torches de l’anathème; les ministres de Charles vi et l’Université sévissent contre l'usurpation de la justice par les évêques; les Anglais défendent à leurs prêtres d'aller chercher à Rome des bulles d'institution ; ét dans Martin Pastre et Jean Wiclef apparaissent les précurseurs de Luther et de Calvin.

Mais la plaie la plus profonde et la plus difficile à guérir, fut portée alors à l'Église par le fameux schisme d’Occident, qui, réalisant aux yeux épouvantés des chrétiens les honteux prestiges de l'ivresse, leur fit voir à la fois deux papes et deux sacrés colléges se frappant d’excommunications mutuelles, et appelant sur le christianisme Lous les maux promis par l’Écrilure aux maisons divisées.

Ce fut an milieu de cette nuit déplorable , que brilla l’une des grandes lumières de la religion et des lettres, Matthieu-Nicolas de Clamenges, né dans un village de Champagne , dont il prit le nom. Secrétaire de l’anti-pape Benoît xu1, il vit de près des scandales révoltans, et dès-lors amassa ce trésor d’une. vertueuse indignation dont ses ouvrages sont enrichis. Rappelé dans sa patrie après avoir été contraint de s'en éloigner deux fois, il fut successivement recteur de l’Université, archidiacre de Bayeux, et proviseur du collége de Navarre, où il mourut. Il a laissé plusieurs écrits qui eurent jadis une célébrité prodigieuse, et dont l'élégance, très -remarquable parmi les épaisses ténèbres de son temps, mérite encore aujourd'hui d’être citée avec éloge. On distingue dans le recueil de ses œuvres, les Lettres qu'il écrivit à plusieurs de ses plus illustres contemporains; un Traité contre le paiement des annates; un autre sur la nécessité de ne point ajouter au nombre des fêtes déjà trop multipliées ; une Dissertation adressée à Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne, sur la chute et la restauration de la justice, et dans laquelle il s’attache à prouver que, sous le malheureux règne de Charles vr, il y avait plus de justice en enfer qu’en France ; et enfin l'ouvrage qui suit : «Sur l’État corrompu de l’Église; » De corrupto Statu Ecclesiæ. Je l’ai traduit en entier, parce qu’il est court et peu susceptible d’analyse , n’étant, ainsi que l’auteur l’annonce, que le résumé très-sommaire d’une matière inépuisable. Les périodes en sont enchaînées avec un art et une harmonie dont je voudrais bien avoir conservé quelque chose. |

La dépravation du clergé devait être grande alors, si seulement on doit regarder comme véritable la dixième

partie des excès contre lesquels s'élève le pieux archidiacre. Quelques écrivains ont accusé son zèle d'amertume et de déclamation; cependant il est à remarquer que ce reproche ne lui a point été adressé par ses contemporains, qui s'accordent, au contraire, à lui prodiguer sans restriction les louanges les plus magnifiques. L’approbation donnée à ses œuvres, en 1612, par la Faculté de théologie de Leyde, porte en termes exprès, qu’elles sont « utiles à la république chrétienne, et dignes d’être lues et étudiées. »

FIN DE LA NOTICE

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