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422 LE MÉNESTREL, . ZLI. |
Loin d'ici, vous qui enveloppez l'âme de perfides réseaux , Sophistes, vous , le poison de toute vertu, de toute beauté, de toute allégresse ! Oiseleurs avides et barbares, quoique aveugles et impuissans, qui tendez vos filets bourbeux dans le temple éclatant de la vérité, et qui déployez avec vigueur vos griffes empoisonnées , fuyez dans l'antre obscur de l'erreur dont l'impur limon vous donna la naissance! Fuyez! de peur que ma muse (quoiqu'elle regrettât de perdre ses chants sur un sujet aussi bas) ne poursuive de ses accens vengeurs vos attentats sacriléges.
- XLH.
Mais salut, 6 vous, puissans maîtres de la lyre, véritables enfans de la nature, amis de l’homme et de la vérité, dont les chansons, sublimes avec douceur, et gaies avec sérénité, amusèrent mon enfance et instruisirént ma jeunesse. Oh ! que tou jours votre esprit adoucisse mou âme, inspire mes réveries, et guide mes pas errans à l'aventure! Votre voix sait aplanir toutes les .aspérités de la vie; j'éprouve que partout où vous résidez, habitent l'harmonie, la paix et l'innocence.
| XLIIT.
. Hélas! abandonné dans da plaine, déserte, le pauvre Edwin n'a pas encore étudié vos doctes Jeçons , excepté quand la chawnière oppose aux pluies et aux neiges de l’hiver la tutélairé eléture
OU LE PROGRÈS DU GÉNIE. EX d de sa porte. ‘Alors, instruite dans la magie blanche, la sorcière déroule ses grimoires; on chante de vieilles ballades héroïques, et le jeune Edwin sent l'admiration et la joie pénétrer son cœur; le conte merveilleux l'enchante, mais l’art et J’harmonie bien plus cnçote.
XLIY.
Le conte n'était pas moins étrange que varié; il décrivait des salles de château, des chevaliers, de hauts faits d'armes ; il parlait de joyeux bergers buvant la mousse d’une bière rembrunie; il racontait les réjauissances des fées dans la clairière, à l'heure magique de minuit. On y voyait des sor--. cières allaitant une couvée infernale, et scellant dans leurs cavernes des pactes que nul langage ne peut exprimer; (3) parmi des spectres et des furies, elles éteignaient la lune en des flots de sang, hurlaient dans les tempêtes nocturnes au marchaient sur les vagues mugissantes.
Mais quand l’étonnement s'élevait jusqu'à l’horreur, la magicienne passait à des chants plus agréables ; c'était des contes rustiques, des récits d’infortunes, d’orphelins au berceau, placés sous la tutelle d’oncles impitoyables. Cruel! aucun sentiment de pitié n’amollira-t-il ce cœur pétrifié par l’amour du gain? Ah! si toute lueur de vertu n'est pas éteinte, certes, dans les temps les plus reculés, les âmes sensibles gémiront sur ces or-
25 + LE MÉNESTREL, phelins malheureux, victimes de détestables artifices.
Voyez-vous, nourris de fruits sauvages et dé. chirés par les ronces, ces enfans affamés se coicher misérablement sur la terre? (4) Abandomné dans l'horreur des bois ténébreux, ils se serrant étroitement les uns contre les autres; nul ami, nul étranger n'entend leurs cris de détresse; car aucun habitant de la ville ne passe par ce lieu. Mais toi qui oses braver la juste vengeance du cie) bientôt par des larmes tardives tu déploreras ton forfait, quand tu verras la mort se promener das ta maison et les flammes consumer tes richesses.
Le sourire étouffé d’une joie morne et farouche vint briller un moment parmi les larmes d'Edwi. « Mais, dit-il, pourquoi l’homme faible et bn est-il frappé de la sorte? Par quél arrêt sévère l'innocence est-elle ainsi écrasée ? » O Edwin, tardis que ton cœur est pur encore, repousse ces pensées de mécontentement et de défiance ; sans doute notre sphère mortelle est obscure, même dans toute la splendeur du midi ; mais laisse-nous espérer; le doute est rébellion ; laisse-noustriompher dans l'espoir que tout finira bien.
Ne réprime point pourtant ton indignation généreuse; n'essuie point les pleurs de pitié que tu
. donnes à la misère; de ces deux sentimens, l’un te protégera contre la contagion du crime; l’autre adoucira et épurera ton âme pour les demeures du ciel. Mais elle est terrible la sentence de ceux que le doute conduit à accuser la Providence, et à renoncer aux espérances religieuses. Tels que des rameaux frappés par les éclats de la foudre, ils ne connaissent ni la perfection, ni la beauté, nila vie; leurs regards chagrins ne s arrêtent que sur les choses périssables , sur les monumens du deuil et de la misère. ! |