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Au lieu de prêter son oreille «et ses pas aux. danses animées qui réünissaient toute la jeunesse
du village, Edwin, épris des vrais charmes de la mélodie, et pour qui les grossières gambades n’avaient nul attrait, allait confier seul aux haleines des vents ses accords harmonieux. Ah! combien alors, à cette âme épurée au creuset de l’imagination , toutes les joyeusetés semblaient de la folie et du bruit! Qu'est-ce que la gaîté, sinon une profane turbulence , comparée aux charmes de Ja céleste mélancolie?
S'il est un cœur que la musique ne sache pas adoucir, oh! combien il est rude et sauvage! S'il est un esprit qui n'ait jamais senti les mystérieux transports de la rêverie et de la solitude, qu'il s’abstienne d’invoquer la muse, elle ne lui répondrait que par des mépris. Que bien plutôt il s’occupe à filer pour le sophisme des toiles subtiles d’araignée; qu'il pälisse sur les tristes et poudreux écrits des écoles ; que, pour fouiller des richesses, il s’ensevelisse vivant dans les minés sépulcrales de Mammione ; qu’il rampe avec le vil renard, ou grommelle avec le fangeux pourceau. |
AVIL.
Âh! pour Edwin sont tissues de plus nobles destinées. Chanter, était son but, sa pensée première et favorite. En ses mains aventureuses résonnait la harpe sauvage ; la flûte sur”son sein modulait de plaintifs accords. Sa muse enfantine était. sans art, mais non muette. L'élégance ne-réclamait pas
encore ses soins ? C'est un fruit du temps et de la culture; et ce fruit si rare, Edwin, comme je le dirai , parviendra plus tard à le cueillir.
En attendant, tout ce qui, par hasard ou à dessein, sur la terre, sur les mers ou dans les cieux, s'offrait à lui de neuf ou de beau, de sublime ou de terrible, il l’examinait d’un œil curieux et exalté. Tout ce qui, dans les contes gothiques, dans les vieïlles fables ou ballades, pouvait suppléer aux traditions perdues, éveillait sa pensée, toujours ardente à écouter, à chercher, à saisir. Enfin, malgré les obstacles de la solitude et du besoin , les grandes facultés de son âme commencèrent à se développer.
Ainsi sur l’affreuse terre du Lapon frileux, perdu plusieurs mois sous les neiges amoncelées, quand le soleil, de son palais du Cancer, envoie la saison riante et douce, et lorsque, dans leurs cavernes septentrionales , les tempêtes sont enchaînées, tout à coup, des montagnes jusqu'alors silencieuses, sont lancés avec fracas les torrens; les verts sommets commencent à poindre; les arbres se couronnent de feuillages, et les rochers, de fleurs ; les pures ondes des ruisseaux serpentent en gazouillant dans les vallées; et le cœur du villageois déborde d’admiration, d'amour et d'allégresse (6). |
O ma lyre gothique, repose-toi quelques ”momens. Tu ne peux réclamer de ceux qui t'écoutent que les heures du loisir. Mais si ***” sourit à tes travaux, bientôt tu seras excitée à de nouveaux chants. Son suffrage est pour moi plus que la renommée; car son goût exquis est toujours d'accord avec la vérité. Que d’autres cherchent le gain ou le renom; moi, je ne demande qu'à plaire à ces excellens esprits qu'enflamment les beautés de la nature et l'amour de l'humanité.