‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 17 sur 126 · III. Des évêques prévaricateurs · texte numérisé non relu

III. Des évêques prévaricateurs

I. Mais j'en reviens à nos évêques, qui, élevés dès l'adolescence dans la mollesse et les voluptés, sont bien aises que:.les saints autels soient peuplés d'hommes qui leur ressemblent. Je ne dois pas oublier de dire que plusieurs d’entre eux, jouissant, depuis longues années, d'évêchés considérables, ne sont pas encore entrés dans leurs villes, n'ont point encore vu leurs-églises, ni visité leur diocèse ; que le visage et la voix de leurs brebis leur sont entièrement inconnus, et qu’à plus forte raison sont-ils ignorans de toutes leurs blessures, si ce n’est de celles qu'ils leur ont faites en les dé- ‘pouillant par les mains de mercenaires étrangers. Je dis mercenaires étrangers, car eux-mêmes sont des mercenaires qui n’ont d'évêques que le nom. Évèque veut dire inspecteur ou surintendant. « Je t'ai placé, dit k prophète, comme inspecteur de

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la maison d'Israël. » Mais ceux-ci n'inspectent et n’examinent rien de ce qui concerne leur troupeau ; c’est à leur propre corps que leurs soins se bornent ; ce sont eux-mêmes , et non leurs brebis, qu'ils font paître, et ils s'inquiètent peu si cellesci sont malades ou affamées, pourvu qu'ils s’entretiennent dans un état florissant. |

IT. « Mais, dira quelqu'un, il faut les excuser de visiter si rarement leurs diocèses et de donner si peu de soins aux fidèles qui leur sont soumis ; appelés aux conseils des princes, ils ont à discuter les grandes affaires de l'état, et portent sur leurs épaules le poids de la chose publique, qui périrait sans eux; or, il est bien plus louable de se vouer à l'intérêt général, que de ne soigner: que son intérêt particulier. »

D'abord je suis loin d'accorder que les princes les appellent spontanément pour conseillers. C’est à grands frais ct par l’intercession de leurs amis qu'ils obtiennent cet avantage, non par zèle pour la chose publique, dont ils se soucient fort peu, mais à cause des gros traitemens et des hautes récompenses aftachés à ces fonctions, et dans la pensée d’accumuler tous les revenus de l’Église, en tirant d’ailleurs de quoi subvenir à leurs dépenses. Enfin quels sont donc ces services qu ils rendent à l’état languissant, à l’état presque éteint, et mis au bord du tombeau? Ah! plût au ciel qu'ils ne fussent pas plutôt la cause de sa perte. Nommerait-on par hasard services publics, lhabi-

DE L'ÉGLISE. 49 leté et la ruse avec laquelle. ils inventent, multiplient et prolongent les impôts dont le peuple est écrasé? Aussi l’usage a-t-il prévalu sous ce règne, de mettre des prélats à la tête de nos finances, et d'appeler les auteurs de la misère du peuple à prononcer sur ses plaintes et sur ses griefs.

III. Leur comptera-t-on comme services publics d’être mandés au conseil , et, lorsqu'on désire leur avis, de le donner plutôt agréable au prince qu'utile au bien du royaume? de céder aux présens , à la faveur, à la haine ou à la crainte? enfin de faire couler dans l'oreille des maîtres, non des paroles vraies, justes et sincères, mais le miel de la flatterie et le poison de la perversité? Et traitera-t-on, aussi de services publics les instructions qu'ils donnent soit aux percepteurs sur le recouvrement général des impôts, soit à leurs intendans sur la rentrée particulière de leurs revenus ; et le soin qu'ils prennent de faire cadrer les unes avec les autres, pour être conséquens dans leurs actions et dans leurs paroles? En un mot, quel est celui d’entre eux qui se montre défenseur des. pauvres, consolateur des affligés , soutien des faibles , tuteur des pupilles, et protecteur de la veuve indigente contre ses puissans oppresseurs? Est-il, au contraire, des hommes plus étrangers à toute compassion envers les misérables ? Et n'est-ce pas d'eux qu’isaïie a voulu parler sous l’image dès princes de la synagogue placés avant eux dans l'ordre des temps, et après eux dans celui des

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crimes : « Tu as, disait-il à Sion, des princes infidèles, compagnons de larcins, aimant les présens, avides de rétributions, et qui ne rendent justice ni à la veuve ni à l'orphelin. »

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