CHAPITRE XVIII
TI. Que de tels prélats méritent d’être appelés mercenaires, IT. Qu'ils ne recherchent la prélature que pour se livrer au repos.
L. Ox s'étonne qu'un évêque qui reçoit par an de son église, depuis sept jusqu’à dix mille écus d'or, et à qui le prince n'en paie que mille pour ses gages en qualité de courtisan, préfère le service du monarque à celui de son troupeau. « Ne devrait-il pas, dit-on, faire au moins comme les mercenaires qui donnent la préférence au salaire le plus élevé? » À cela la réponse est facile. La rétribution de la cour est plus faible que cellede l'église, d'accord ; mais deux profits valent mieux qu'un. D'ailleurs, ces prébats de cour savent très-bien que les avantages qu'ils attendent du roi leur échapperaient, s'ils n'étaient pas assidus auprès de sa personne ; tandis qu’ils recucillent ,. absens comme présens, les revenus de leurs bénéfices. Il ÿ a plus; c’est au roi lui-même, qui les a présentés, et non pas à Dieu, qu'ils sont reconnaissans de leur promotion pontificale; et c'est par suite de cette re-
5 à DE L'ÉTAT CORROMPU
connaissance qu'ils préfèrent le service du roi à celui de Dieu. |
IT. Enfin, ils ont été stylés au premier de ces deux services, et nullement au second. Ce n'est point pour vaquer aux pénibles fonctions du saint ministère, mais bien plutôt pour couler une douce vie au sein du repos et de l'abondance, qu'ils ont voulu décorer leur front de la mitre épiscopale. Ajoutons qu'il est une foule de petits avantages, que l'habitation des cours leur fait obtenir à force d'importunités, et dont le service ecclésiastique ne les mettrait jamais en possession. « Au moins, direz-vous , ils veillent à ce que leurs églises ne
. soient ni foulées, ni opprimées ? » Point du tout,
eux-mêmes oppriment et leurs propres églises et les églises étrangères, lorsqu'ils consentent aux
impôts arbitraires que les princes séculiers éta-
blissent sur elles. J’ajouterai que, de peur que les rois dont ils se sont faits les serviteurs, ne les ac-
cusent de favoriser leurs églises, ils se montrent
plus ardens à les écraser, que les séculiers euxmêmes; il est rare qu'elles soient en proie à quelque fléau que n’ait pas attiré sur elles la main de Leurs propres enfans.-