V. Sodomie
[. Loss donc que tous les empires et royaumes de l'Univers, quelle qu'ait été leur puissance, ont été renversés par leurs injustices ct leur orgueil, toi qui as détruit de tes mains ces fondemens solides d'humilité sur lesquels tu étais assise, et qui te méttaient à l'abri de toutes les tempêtes ; toi qui as élevé si haut ta grandeur et ta richesse, comment peux-tu croire que, la base renversée, tout l'édifice ne succombera pas? c’est parce que ton arrogance s'est accrue peu à peu, et presque insensiblement ; qu’elle n’a pas encore, aux regards de plusieurs, laissé de traces évidentes de ta destruction. Mais aujourd’hui tu te précipites comme un torrent fougueux, surtout depuis que tu es
envahie par un schisme abominable, que, certainement, le courroux céleste a, permis pour comprimer ta démence et ton intolérable perversité,
Et si ton royaume edieux aux nations et importun au ciel mème , verfait, selon les paroles de l’'Évangile, à être désolé par ses propres divisions , et à tomber en lambeaux, qu'on: ne croie pas pour cela que la foi de l’Église militmte courût risque d’être abolie ; s nON Sans doute, ele est bâtie sur une pierre inébranlable et éternelle : ce qui périrait, c’est la puissance mondairte x ja vaine gloire et les molles délices dont la coupe a débardé dans l'Église, et dont elle s'est enivrée‘au point qu'il est ordonné contre elle aux anges, exécufeurs des vengeances de Dieu, ce qui est ordonné contre la courtisane : s Autant elle s'est glorifiée en ellemême et s'est perdue dans la mollesse, autant faites tomber sur elle.de tourmens et de douleürs. »
IT: Car, sans parler des événemens anciens, je veux dire du ‘schisme des Grecs, causé par, Forgueil et l'avarice des nôtres, et du resserrement des limites du catholicisme qui 8 ‘étendait autrefois sur presque toute limmensité de l'Univers ; ; Fans retracer, dis-je, les nombreuses blessures dont, l'Église, à diverses époques, a été.frappée, cette grande catastrophe survenue de nos jours, et sous laquelle nous voyons succomber K ville de-Rome, siége et capitale de la chrétienté, ‘n'est-elle pas un avant coureur de l'entière désolation de l'Église, de même que la dispersion des Juifs et de la syna-
gogue suivit de près la destruction de Jérusalem ? Comment, en effet, pourrait encore fleurir et se tenir debout celle qui, chassée de sa résidence et la tête fracassée, court par le monde, errante et fugitive, et, telle qu’une misérable étrangère, est réduite à passer d'un asile dans l'autre ?
III. Sans doute cé fut pour elle le signal d’une ruine prochaine , que ce jour où , forcée de quitter, pour $es odeuses fornications, la ville de Romulus, elle se réfugia dans Avignon, où elle mit à découvert sans contrainte, et avec une pleine impudenté, ses prostitutions simoniaqués, ses mœurs pervérses et ses pratiques idolêtres ; bientôt elle infeota notre France de l'irruption pernicieuse de ses agens, et pervertit notre discipline fqui, jusqu'alors sage, modeste et régulière, .est maintenant. perdue dans des excès également révoltans à entandre et déplorables à voir. :
IV. Mais j'ai d'autres choses encore à dire de la France et de l'Église; de l'Église qui, je ne sais par quelle maligne influence , a gâté de son Îevain tous les lieux où elle s’est établie, et qui est devenue pour eux une cause de ruine et de perdition. Toutefois, ce n'a pas été sans châtiment : ainsi l'Italie nous a vengés, lorsqu'elle a chassé de son sein cette corruptrice nue et dépouillée de presquetout sori patrimoine. La France elle-même, réduite par elle à l’indigence, commence à lui rendre les maux qu’elle a reçus d'elle, afin que “cette prédiction du prophète s’accomplisse : « Tu
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seras confondue par l'Égypte, comme tu l'as été par l’Assyrie. » Et cette autre : « Fille malheureuse de Babylone, qui te rendra ceque tu nous as fait ? »
Après, en effet, que la sorame devenue intolérable des péchés, eut livré l'Église aux calamités du schisme, on vit les papes rivaux faire des choses que j'aime mieux passer soug silence : je les laisse à décrire à ceux qui, ayant vécu dans leur imtimité, ont une connaissance profonde de leurs mœurs et de leur conduite (13). Je me borne à demander ce qu'il y eut- de plus misérable que notre Clément (14) , qui s'était fait à tel point le vil esclave des princes français, qu'il supportait formellement de la part de leurs courtisans des injures et des affronts, que le dernier des valets n'eût pas endurés ? Il cédait à toutes les fureurs, à toutes les exigences des temps; 1l accordait tout aux importunités des solliciteurs, feignait, dissimulait, promettait sans réserve; vivait au jour le jour, distribuant à ceux-ci des bénéfices, et à ceux-là de belles paroles. C'était surtout à ceux que l’adulation ou la bouffonnerie avaient mis en faveur dans les cours qu'il s'attachait soigneusement à plaire ; il leur prodiguait les emplois et les grâces , afin que par leur crédit, il acquit la bienveillance de leurs maîtres, et ainsi du reste.
5. Presque tous les évêchés vacans et les principales dignités de l’Église, devenaient le partage des beaux jeunes hommes, ses mignons. Pour acquérir, conserver et accroître la faveur des prin-
ces, il leur faisait des présens considérables, et leur permettait d'exercer sur les pauvres ecclésiastiques d'affreuses exactions, quelquefois supérieures à leurs demandes ; enfin il soumettait tellement les clercs à la juridiction des magistrats séculiers, que chacun de ceux-ci semblait être plus pape que le pape lui-même. Trois lustres et plus qui se sont écoulés dans cette servitude, ont couvert l’Église de deuil et d’avilissement.
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. CHAPITRE XXVILL.
T. Qu il convient “plutôt d'humilier que d'élever l'Église. II. Que Dieu seul peut la restaurer et lui rendre son ünité. II. Des deux verges de Dieu, avec lesquelles il mène son trou-
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I. L'Éceuise, frappée de tant @le fléaux, ayant dédaigné de s'humilier elle-même, il appartient À la main divine, qui élève les humbles et abaisse les superbes, de commencer par l'humilier pour l'élever ensuite; de l’afiliger pour la consoler; de la frapper pour la guérir.
XL. Car c'est en vain que, déchirée comme elle est par ce funeste schisme, nous attendrions d’un effort humain sa restauration. Ce’ne sont point là des œuvres qui soient au pouvoir de l’homme, un tel travail exige une main plus haute. Si jamais elle doit revenir à l'unité, il faudra que la même : puissance qui fit sa blessure en opère la guérison ; la plaie est si profonde et si irrémédiable, qu'il n’est aucun autre art qui puisse la cicatriser. 4 a été fait dans cette. vue beaucoup de tentatives,
82 DE L'&FAT CORROMPU conçu beaucoup de résolutions, assigné beaucoup de conférences, envoyé beaucoup d'ambassades ; mais plus de peines nous nous sommes données , plus nous avons embarrassé les choses et les avons chargées de difieultés nouvelles. Dieu se rmit de nos entreprises, ou plutôt il s'irritait de la présomption qui nous portait à croire que, sans son assistance, nous viendrions à bout d’un te] ouvrage.
Ajeutez que nous sommes indignes et de lui demander ef d'obtenir de lui la paix, car « il n'est point de paix pour les impies, » a dit le Seigneur. Et il ajoute, encore par la bouche de son prophète : « La paix est l'œuvre de la justice.» Enfin lorsque Dieu se fit homme, le chœur des anges,
annonçant la paifÿ à la terre en dés chants sgates et harmonieux , ne la promit qu'aux hommes de bonne volonté.
IL Mais que cette peste schismatique nous vienne de Dieu, c'est ce qui est attesté par plusieurs passages de Zacharie. Car nous lisons dans ce prophète, qui a enveloppé d’un voile de prédiction beaucoup d'événemens relatifs aux dernières tribulations de l’Église, que Dieu, le pasteur suprême, le chef et la règle de tous les autres, a, pour faire paître son troupeau, deux houlettes, qui sont l'Honnéteté et le Cordon(15)}; attendu 1° que l'honnéteté des mœurs et la charité featarnelle doivent animer tous ceux qui veulent occuper des emplois dans l’Église; et 2° que h charité, qui est Le lien de la perfection, a un triple cordon qui.se rompt
. DE L'ÉGLISE. 85 difhcilement, puisqu'il se rattache à Dieu, au prochain et ä hoüs-méêrhés. Mais si le pasteur, où bfiant les préceptes divins, cherche ses avantages, et mon poirii Ceux qui se rapportent à Dieu , et s’il se laisse entraîner honteusement dans des votes profanes, Dieu brise sur lui sa double houlette, et lui envoie, au lieu de l’honnéteté, la honte et l'ignominie; au lieu du cordon qui lie et resserré les schismes, les dissentions, et les discordes virulentes; enfin il déchire son pacte avec les pasteurs et les brebis et anéantit entre eux toute association; car bien souvent les subordonnés eux-mêmes : sont punis pour les fautes de Jeurs chefs. C'est ainsi que; pour la désobéissance dé David dans le dénombrement du peuple, uné plaie pestilentielle fut envoyée sur les juifs. Ge qui est constant, c'est que la première houlette, appelée l'Honnéteté, a, depuis longues années, été retranchée de l'Église, livrée à ce débordement des mauvaises mœurs dont j'ai parlé précédemment. C’est depuis ce temps que nous l'avons vue décliner, languir et tomber dans le dépérissement. Dépouillée de sa fraîcheur et de sa beauté, elle penchaït vers la terre un front pâle et abattu. Le mal ensuite, au lieu d'être combattu par des remèdes vigoureux, fut abandonné à lui-même, et s'accrut tellement, par une négligence invétérée, qu'il se répandit dans tout le corps et le jeta enfin dans un état complet de dissolution, selon ces paroles du prophète : « Depuis la plante des pieds jusqu'au sommiet de .
Ja tête, la santé s'est retirée de lui.» Alors fut brisée la seconde houlette, c’est-à-dire le cordon qui liait les membres entre eux; et, le lien de la paix étant rompu, les horreurs du schisme se sont répandues parmi nous.