MANFREDO
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J'Arappris, iln’y a pas quatre jours, une aventure extraordinaire que je crois digne de vous être répétée:
Au temps où la noblesse napolitaine étajt agitée par de telles factions, qu'à geine avec beaucoup de gens armés vivait-on en sûreté dans son propre
logis, un gentilhomme, appelé Manfredo, se trou: vant veuf avec un fils et une fille en bas âge , résolut d’aller chercher un séjour plus tranquille, et de transporter ses pénates à Venise, comme dans l'asile le plus doux et le plus honorable qu'il füt possible de choisir. Il remit donc en des mains sûres l'administration de ses ‘biens , et fit voile pour Venise avec ses enfans, emportant.ses bijoux, son argent et une partie de son mobilier. Mais, au bout de quelques jours de navigation, il s'éleva une bourasque si horrible qu'on perdit toute espérance de sauver le vaisseau. La seule ressource du
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patron, fut de se jeter dans la chaloupe; et Man- . fredo épouvanté, y sauta précipitamment avec lui, sans songér à ses deux enfans. (14) La chaloupe s'éloigna aussitôt, et en moins de six heures, aborda à terre sans danger. Mais Manfredo, pour- suivi du souvenir de ses enfans, ne put goûter la joie de sa délivrance. Il s'établit à Venise, vendit les joyaux de grand prix dont il était porteur , et y mena une existence honorable, supportant ses revers avec une constance merveilleuse.
Dix-huit ans s’écoulèrent sans qu'il entendiît paricr ni de ses enfans, ni du bâtiment naufragé. Tourmenté de l’idée qu’il laisserait toute sa fortune à d'indignes neveux, il résolut de se remarier. Un riche Vénitien appelé Marco Sarafino, avait une fille jeune et belle, nommée Laura. Manfredo la demanda malgré son âge avancé, et il l’obtint sans peine, à cause de sa noblesse et de sa grande fortune, Mais Laura avait un jéune amant appelé Costantino. Tous deux désespérés de ce mariage, formèrent le dessein de s’enfuir le jour même où il devait se célébrer. Malheureusement leur projet fut découvert par un serviteur, qui en avertit Marco. Celui-ci, transporté de colère, délibéra d'attendre l'instant de l'exécution pour faire saisir le ravisseur , et le livrer aux mains de la justice, . Cependant Marco, dans un de ses fréquens voyages à Constantinople, y avait acheté une jeune fille esclave, qu'il croyait être un garçon, parce qu'elle était vêtue en homme. Cette jeune esclave
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ayant oui parler de l'enlèvement projeté de Laura, courut en avertir Manfredo, qui la remrercia béaucoup, et, concevant pour elle un vif intérêt, lui demanda le récit de ses malheurs. Elle lui révéla son sexe, et lui apprit que jadis, un vaisseau sur lequel elle voyageait avec son frère, ayant échoué sur la côte de Constantinople où l'avait poussé la tempête, tous deux, ainsi qu'un vieux serviteur qui les accompagnait, avaient été réduits en csela vage; qu'on lui avait dit qu’elle était fille d’u gentilhomme fort riche, et qu'elle ne savait rien de plus sur son sort. Manfredo, très ému, la pria de lui laisser voir si elle n’avait pas à l'épaule droite un signe fort remarquable. I] l’aperçut en effet, et sa joie fut extrême de retrouver dans cette jetine esclave, sa fille qu’il avait si misérablement perdue. Pour surcroît de miracle, il reconnut bientôt son fils dans Costantino, l’ amant de la jeune personne qu il était à la veille d'épouser, et qui ne l’intétessait plus depuis que ses enfans lui étaient rendus. Les deux amoureux furent unis: Manfredo, heureux de presser dans ses bras les enfans qu'il pleurait säns cesse, devint de bon cœur le beau-père . de celle dont il avait projeté d'être l'époux.
L'assemblée fut enchantée que les malheurs de Manfredo se terminassent si bien. Spira,. désigné pour parler après Barbaro . commença en Ces termes.
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