‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 66 sur 126 · OU. LA. CABOMNIE. 221 GAMALIEL · texte numérisé non relu

OU. LA. CABOMNIE. 221 GAMALIEL

Dis plutôt, à prouver à tout le mondé qué tu as oppritmié par la tyrannie l’hortime dé bien que tu ne pouvais convaincre par la raison.

MALCHUS

Qu'il soit juste et saint tant que tu voudras, dès qu'il s'éloigne des vieux instituts de nos pères, on’ne peut dire qu'il soit animé de l'esprit de Dieu ; et, puisque je ne trouve pas auprès des anciens l'appui que je devais en attendre, c’est celui des rois que je vais réclamer pour sa ruine (3).

LE CHŒUR

11 me semble que Gamaliel parle bien, et que tu dois céder à ses conseils; mais là passion effrénée obscurcit en nous les lumières de l’entendement ét : ferme l'oreille aux sages avis. |

GAMALIEL

Il sort, enflammé de courrout et goriflé d’orgueil. J'ai fait ce que j'ai pu pour calmer sa fureur, et pour lui souffler, par -de douces paroles, des sentimens moins féroces et de plus sages résolutions; mais loin qu'il me sache gré de mes efforts, je n’ai fait que l’irrité} contre moi. Telles sont aujourd'hui les mœurs générales, telle est surtout notre pratique, à nous dont le métier est de tromper le peuple par une sainteté imaginaire : Ne violét-on que les préceptes de Dieu? On le péut faire en toute licence. Ose-t-on attaquer nos instituts ?

L'or, le poison, les faux témoignages, rien ne nous coûte pour écraser et broyer nos ennemis. Nous emplissons de fausses rumeurs les oreilles des rois, et tous les serpens de la calomnie sont déchaînés à la fois pour venger nos injures. Malchus en ce moment s’achemine sans retenue vers la cour ; il va dénoncer l’introduction de nouvelles sectes, la violation des dogmes de nos pères, le mépris de l” autorité royale, enfin tout ce qui pourra servir ses atroces passions, voilées sous des noms honnêtes. Pour peu qu'il s'aperçoive que le roï lui prête une oreille complaisante, ses traits deviendront plus aigus et plus envenimés; il ne s'agira de rien moins que de troupes séduites et rebellées contre la vie du monarque ; que de conciliabules secrets, que de complots ourdis, de rassemblemens noctunes; que de forces particulières assemblées et accrues en des factions impies. Voilà ce qu'inventera ce forcené, s’il n’invente des choses plus atroces encore; voilà les poisons élaborés par son affreux génie, qu'il distillera goutte à goutte dans l'oreille et dans l’âme du prince.

"Hélas! felle est la misère de presque tous les rois, de prêter aux délateurs une créance facile : plus les mensonges sont hofribles, plus ils sont disposés à les croire; ils se forgent à eux-mêmes de vaines terreurs, et s'attachent avidement à toutes les mobiles rumeurs de la renommée. Auprès d'eux, les avertissemens fidèles sont timidité, indolence , torpeur, sottise. Ainsi, nous

avons changé le nom des vertus, depuis que nous n’en possédons plus que l'apparence; vain simulacre, qui impose toujours à la crédulité du vulgaire. Quant à ce prophète, je voudrais que notre ordre mît plus de modération et de prudence à son égard. S'il est réellement l’envoyé de Dieu, nulle force humaïne ne peut arrêter sa mission; s’il est artisan de fraude et d’imposture , lui-même se percera bientôt de son propre glaive. Quelle que soit l’epinion que chacun se fasse de lui, si l’on m'en croit, nous tiendrons nos mains pures du sang innocent, de peur que nos cruautés ne retombent sur nos têtes. Hérode n'est-il donc pas de lui-même assez barbare, sans que kes délations se plaisent à irriter. ses bouillantes fureurs? (IL sort.) LE CHŒUR.

Quelle épaisse nuit enveloppe les âmes des mortels! A-travers quelles ténèbres nous sommes emportés à grands pas dans l’espace fugitif de la vie!

L'effronté se couvre d’un masque de pudeur; l'impie, d'un voile de religion ; les cœurs agités se cachent sous un visage serein ; les trompeurs, sous les traits de la vérité.

Ce personnage grave et austère que l'on citait comme le modèle unique d'une vie sage et modérée, toutes les furies en secret le dévorent; tous Tes serpens de la colère conspirent à déchirer son sein.

Tel que l’Etna dans ses brûlans fourneaux roule

les pierres en rapides tourbillons ; telles que les morsures embrâsées de la lave dessèctient et rongent le Vésuve,

Telle l’aveugle fareur de la vengeance ie précipite sur un prophète innocent, et dans les noires vapeurs de la calomnie cherche à étouffer la vérité.

Toi, mère dé tant de maux, orgueilleuse passion de la fausse gloire, mensongère apparence de J'honnéteté,

Sitôt que tu t'empares dé notre âme, tu fascines cette reine de tes séductions empoisonnées , tu fais de sa cour le siége des troubles insensés.

À ton aspect s'enfuient la vérité, la piété, la pudeur, la foi, et cet hôte d’un meilleur âge, la justice, qui la dernière se déroba par la fuite à l’'horrible invasion des vices de la terre.

O ! si, dégageant les voiles des fronts humains, quelque ouvrier habile mettait à nu les soucis de l'âme, et laissait pénétrer dans ses plus profonds replis la sonde investigatrice, vous verriez que dans une si étroite caverne, habitent plus de monstres de diverses formes, que n’en recèlent, dans leurs lointaines "contrées, le Nil et le Gange, et le Caucase aux noirs enfoncemens, et la Libye féconde en aecouchemens.hideux. -

Là se verraient unies toutes les rages ensanglantées du tigre, toute la férocité de la lionne au poil fauve, toute la gloutonnerie des loups que n'’assouvit aucun carnage , tous les poisons du basilic empesté, de l’aspic qui vous jette dans un engour-

dissement sans réveil, du scorpion dont la queuc est un dard recourbé: enfin toutes les larmes feintes et meurtrières du crocodile, toutesles ruses cruelles du renard, tous les effroyables jeux de l’hyène.

Ils savent si bien, les tyrans, cacher sous la pitié leur barbarie! La robe traînante du pontife n'est pas moins habile à couvrir l'impiété. Pour la vertu que vêtissent de pauvres haïllons, c'est sous le chaume rustique qu'elle se retire. Elle ne se vend point aux titres superbes ; elle se rit des tumultes insensés du Forum et du bruit des applaudissemens populaires; jamais, humble cliente, elle n’assiége le vestibule d’un patron; ses destinées s’écoulent dans une champêtre solitude, on se connaître elle-même lui suffit.

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