‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 82 sur 126 · JUGEMENT DU PRINCE DON CHARLOT · texte numérisé non relu

JUGEMENT DU PRINCE DON CHARLOT

ne —

« Àu nom de Jésus, créateur de l’univers et de la Vierge, sa mère, qui l’a enfanté,

» Nous Dardin, appelé dauphin en France, Don Albert et Don Resnier , des trois états ;

» Le vieux comte de Flandre conseiller délégué avec le duc de Bourgogne, le premier pour la justice; et le duc Charles, sergent général ; :

»Et le duc de Bourbon, Don Arnaud, fidèlé beau-frère du très haut empereur, époux de sa sœur royale,

» Etle bon vieux Don Bertrand, et le brave comte de Foix, et lé comte Don Gañelon, et le duc Bibiano, |

» Etle duc de Savoie , qui a cherché les aventures,

» Et le duc de Ferrare, et Arnaud le grand bâtard , et l'amiral Guarin, renommé surles mers,

» Don Arnaud de Berlande, connétable, délégué au lieu et place du grand empereur Charles ;

» Tous réunis en conseil, et d’un commun accord , vu la requête du marquis, et les demandes auxquelles il a conclu ; vu les réponses que Charlot a envoyées , et tout le procès examiné avec la plus scrupuleuse fidélité et avec un soin extrême de la justice et du droit ; après avoir laissé jouir de tous leurs droits l’une et l'autre parties (17), et ayant la crainte de Dieu présente à notre pensée jusqu’à la mort; reconnaissant qu'il est clair et légitime que, selon la loi divine, quiconque a donné la . mort à autrui, avec un coutelas ou tout autrement, ou excité à telle action, soit puni de mort; reconnaissant que Don Charlot a ourdi une trahison pour tuer Baudouin dans un bois désert , ainsi qu'il est clair par l’aveu même que Charlot en a fait sur la requête du marquis; reconnaissant qu'il a avoué son crime de point en point, quoi-

qu'il l’eût nié avant de subir la torture ; reconnais- :

sant enfin que rien ne met obstacle à ce que le jugement soit prononcé par la cour royale, ainsi que le veut l’inflexible justice , et sans avoir égard à aucune autre considération ;

»Chacun étant bien informé de la vérité des faits , selon que le coupable les a confessés,

,Condamnons Charlot d'abord à être traîné par la campagne à la queue d’un cheval indompté,

» Après quoi, ordonnons qu ‘il ait la tête tranchée sur un échaffaud élevé, d’ou il puisse être vu aux

dchors de la ville, où il sera conduit à cet effet. Puis , pour plus grand exemple, voulons qu’il ait les pieds et les mains coupés; qu’ensuite son corps soit séparé en quatre quartiers; qu’enfin il soit élevé un édifice de pierres bien artistement travaillées,

» Qai soit pour les passans un monument de Îa mort de. Baudouin et du châtiment qui en a été tiré. » |

Don Charlot, quelque brave et hardi qu’il fût, frissonna de tout son corps lorsqu'il entendit cette sentence.

Cependant il se remit autant qu'il put, et demanda une plume; on la lui donna avec de l’éncre : et du papier , et il écrivit un billet,

Qu'il envoya à Don Roland par un page. Personne ne savait le contenu de ce billet, car il s'était mis à l'écart pour l'écrire. |

Don Roland lutle papier, avec un grand trouble; il aurait bien voulu fournir le secours qui lui était demandé.

Pensif et affligé, il balança pendant quelque temps s'il pourrait faire ce qu’on sollicitait de lui, ou s’il devait s’en excuser. Ses hésitations, ses peines étaient extrêmes; l'amitié Jui disait d'agir; la crainte des terribles défenses de l'empereur cet dela protection qu'il avait donnée au marquis, lui commandait de s'abstenir; enfin l'amitié l’emporta, dût-il en perdre Ja vie. Il fit cette réponse : que

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rien n’était capable de l'intimider, qu'avec ses parens et amis, il irait assaïlhir le camp armé et périrait ou accomplirait son dessein. Don Charlot ne tarda pas à être informé de cette résolution de Roland, et il en concut quelque espérance. Il voulut cacher cette bonne nouvelle: mais il ne put y parvenir. Le Connétable fut prévenu et se saisit de la lettre. Après qu'il en eut fait la lecture, le bruit se répandit à l'instant dans Paris que Don Roland levait des troupes. L'empereur qui l’apprit, en avertit sur-le-champ le marquis. Il fit doubler les gardes de Charlot et publier dans Paris à son de trompe que personne, sous peine de la vie, ne fût assez hardi pour sortir en armes le lendemain. Puis il envoya à Roland l’ordre de quitter Paris à l'heure même et la défense d'oser y reparaître avant un an, sous peine d’être déclaré traître. De son côté, le marquis, voulant se prémunir contre ce péril, avait envoyé diré à Renaud de se trouver sans faute le lendemain de grand matin aux portes de Paris avec trois millé hommes de troupes, jusqu'à ce que Charlot eût subi son supplice; et de livrer le combat s'il éprouvait la moindre résistance. Fout cela fat exécuté de point en point.

On tira de sa prison le prince Charlot avec les fers aux pieds et aux mains, des hérauts le précédaient publiant son crime et sa félonie (18). .

Quand il fut à la porte de la ville, Don Renaud le reçut et le fit placer au milieu de sa troupe.

Et lorsqu'ils furent arrivés à l’échafaud, à le fit

exécuter sous les yeux de tout Paris, ainsi que le portait la sentence, Ainsi mourut Don Charlot, couvert d'un opprobre éternel, tandis que Baudouin, duoique mort, Vivraä; jamais avec honneur dans la mémoire des hommes.

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