‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 92 sur 126 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ANA VAAN

Aux! qui peut dire combien eët rude à escalader,

Je haut précipice sur lequel la renommée a placé son temple? qui peut dire-combien de sublimes ‘esprits ont ressenti la maligne influence des étoiles et lutté sans terme contre la fortune? Comprimés par les dédains de l’orgueil, par les sarcasmes de l'envie et par la barrière insurmontable de la pauvreté, on les a vus languir seuls dans les vallées basses et désertes de la vie, puis s'abimer au

tombeau, sans être plaints ni connus.

| Il.

Toutefois le t‘urment de l'obscurité ne se faitpas également sentir à tous. Celui qui ne poursuit

. point la chimère des ‘louanges, n’est pas effrayé du silence: de l'oubli. Il en.est qui, sourds aux

4o6 LE MÊNESTREL,

folles promesses de l'ambition, tressaillent de peur et reculent devant la trompette bruyante de la renommée; santé, suflisance (1) et repos, voilà leur suprême félicité. Celui qui va vous raconter sans art une simple histoire, ne se proposa jamais d'autre but. ,

Je n’ai point à feuilleter le livre des faits célèbres ; je ne veux point chanter ces doctes ménestrels des vieux temps, joyeux de cœur, grossiers d'habits, qui, les cheveux flottans, la barbe grise, et la harpe , seule compagne de leur route, attachée à leurs épaules recourbées, répondaient par leurs accords aux sifflemens des vents, et chantaient, en marchant, quelque gai refrain.

Mes aäccens sont inspirés par un pauvre villageois; fils brillant de l'orgueil , n’en sois point fâché ; que le faste et la puissance habitent avec toi; les - douces muses fréquentent les forêts, où, le soir, le pasteur rôdant, solitaire, admire avec ravissement les charmes de la nature. Elles haïssent la grossièreté des sens et méprisent la sotte vanité; jamais elles ne s’échauffent ni pour le vil parasite, ni pour celui dont l'âme sordide n'est agitée que par l'amour de l'or. - :

Quoique les plumes du paon soient ornées des plus riches couleurs ,:il ne tire de son gosier dis-

cordant que des sons odieux. Levez-vous, enfans de l'harmonie, et saluez le matin, tandis que l’alouette gazouillante se balance sur ses ailes roussâtres; ou bien, le soir, enfoncez-vous dans les profondes solitudes des bois, où les linottes au plumage gris chantent du haut de la montagne. Ah! que jamais, par des notes étudiées , leur petit gosier ne s'exerce pour le plaisir d’un tyran; mais. que ces libres oiseaux répètent ce que le ciel leur inspire, et se promènent où les porte leur fantaisie !

La douce main de la nature est libérale et non prodigue; et la perfection n'a pas été faite pour l'homme, habitant d'ici bas. Cependant tous les plans de cette sage mère sont tracés avec un art exquis; le mal est balancé par le bien, et la tristesse par la joie. Si les monts du Chili resplendissent d'or et de pierres précieuses, et si nos montagnes d'Écosse s'élèvent nues et glacées; là-bas se répandent la peste et les poisons ,: la luxure et la rapine; ici sont de paisibles vallées, un ciel pur; la liberté embrâse les âmes et étincelle dans les yeux.

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