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Edwin était, en “vérité, un être bizarre et fanths-
414 . LE MÉNESTREL, que; toute scène gracieuse ou terrible le charmait, Les ténèbreset les tempêtesn'étaient pas môins pour lui des objets de délices, que l'aspect du jeune soleil déployant l'or de ses rayons sur la sérénité des flots. Même les tristes vicissitudes du sort dornaient de l’'amusement à son âme; et si quelque fois elles amenaientun soupir sur sa bouche ouunt larme dans ses yeux, ce soupir, cette larme avait tant de douceur, qu'il ne cherchait pas à les com primer. | |
« O bocages solitaires (ainsi la Muse traduisit ses pensées mélancoliques), qu'avez-vous fait d votre éclat? Et vous, fleurs et verdure, vous, on brages embaumés, si favorables contre les flèche embrasées du jour, pourquoi les oiseaux qui tr chantaient vos retraites, les ont-ils abandonnés Ah! je vois dans votre ruine l’œuvre capricieus du sort. J'entends maintenant hurler l'orage àt vers l’aride fougère , et je vois le feuillage desséchi tomber en informes flocons.
» Où est à présent. ce ruisseau si frais, si pur si mélodieux? Que sont devenues ces prairis couronnées de joie, de vie et de. beauté? L vase immonde et les étangs marécageux ont &rvahi cette belle vallée; toutes, ses charmants formes se sont évanouies; tous ses accords ha monieux sont réduits au silence. Le-sinistre co
OU LE PROGRÈS DU GÉNIE. 419 beau croasse dans la clairière dépouillée ; la riviège, crevant toutes ses digues, mugit débordée à travers le vallon, et, dans sa course destructive, déracine les arbres et roule les éclats des rochers.
» Telle est la destinée commune à toutes les choses de la terre. Telle fleurit et se dessèche la plante majestueuse de l’homme, Le bouton de son printemps.est brillant de beauté; l’haleine nourricière
* des vents le rafraîchit et le caresse. Cieux , abaissez aur lui des regards daux et sereins ! Et toi, nielle pernicieuse et vous, orageux tourbillons, épargnez sa jeunesse embaumée, ne dissipez pas le plus léger atome de sa vie! Portée sur les ailes rapides, quoique silencieuses , du temps, la vieil- Jesse viendra trop tôt exercer ses cruels ravages.
» Eh bien, soit; que ceux-là déplorent le malheur de vieillir, dont les rampantes spérances sont toutes concentrées en ce nébuleux séjour. Mais les âmes élevées qui regardent au delà du tombeau, peuvent sourire à la destinée, et regarder en pitié des douleurs dégradantes. Le tristesommeil de la tombe ne doit-il donc point avoir de réveil? L’astre du jour meurt-il dans les ondes pour ne point renaître? Ah! bientôt l’orient va rayonner d'une splendeur nouvelle; bientôt le printemps, animé de toute sa vertu génératrice,
416 LE MENESTREL, va rendre l'harmonie aux bosquets ct la parure aux prairies.
XXVIL,
» Et quand le destin permet qu’une simple fleur renaïisse, moi, resterai-je abandonné dans la pour sière ? La nature, injuste pour l’homme seul, arait-elle mis en lui tout à la fois l'espérance de vivre et la nécessité de mourir? est-ce pour # résoudre au néant que se répètent, contre les chr grins et la détresse , les nobles combats de la vert Non; l’immortel printemps du ciel déit sans terme‘ se renouveler pour nous; et la majestueuse beauté de l’homme refleurir-dans une éternelle année de lumière et d'amour. »
Cette vérité sublime avait été enseignée à Edwin par son père rustique; c'était à peu près là toi ce que savait le bon berger; il négligeait les leçons subtiles et superflues, et ne souhaïitait pas qu els fussent recherchées de son fils. « Que chaqu homme, disait-il, borne ses regards à sa propr sphère; que son travail particulier soit son uniqu' plaisir. » Mainte et mainte fois il lui apprit à fuï la fausseté, la tromperie, et à se rendre, malt les séductions du vice ou les menaces de la puir sance, l'inébranlable champion de la droiture € de la vérité.
- XXIX, «Jamais, mon fils, oh ! jamais ne détourne it!
oreille des prières de l'indîgence ou des plaintes du malheur! Égaré dans les tristes déserts de la vie, que deviendrait l’homme si lé ciel refusait de. l'écouter? Fais à autrui (ce précepte n'a rien de sévère) ce que tu voudrais qui te fût. fait à toimême. Pardonne à tes ennemis; aime ton pays et les tiens; non pas les tiens seulement; que. ton âme s’identifie à tous les biens.et à tous les maux de l'humanité !» : |