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Mais voyez l'enfant méditatif s'échapper de sa cabane après une ondée chaude et brillante de l'été! tout l'orage s’est dissipé dans les airs, et le ciel est prodigue d’exhalaisons fraîches et odorantes. À l’orient nébuleux, l’arc-en-ciel rivalise de splendeur avec le soleil couchant. Quelle folie à toi, jeune Edwin, de croire que la sérénité va reparaître! ta course imprudente est réprimée avant d'atteindre à moitié chemin de son but.
Tu recueilles du moins cette leçon, qu'il en arrive ainsi dans la jeunesse, quand l’âme échauffée des feux du plaisir, de la santé, de la puissance, voit tout à coup sa fougue calmée et ses aiguillons émoussés par le renversement de ses espérances chéries. Qu’ai-je dit? Pourquoi présager des chagrins à ce cœur palpitant de jeunesse ? Périsse la leçon qui réprime l’ardeur des désirs! Poursuis, pauvre insensé, tes jouis$éances ima-
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ginaires ; accueille l'espoir joyeux ; laisse-toi consumer aux doux feux de l'imagination ; trop tite, hélas! mourront d ‘elles-mêmes l'imagination et l'espérance:
XEXIT.
Quand, sur leurs ailes solitaires, les vents, avec des gémissemens plaintifs, apportaient de loin les sons prolongés du couvre-feu, le jeune Edwin, éclairé par l'étoile du soir, se promenait errant et écoutant le Jong de la vallée; alors il- rêvait de sépulcres et de cadavres, et de larves qui se pressent dans les cimetières, spectres hideux traînant des chaînes retentissantes et poussant des sons lamentables, jusqu’à ce qu'ils se taisent effrayés par les cris horribles des hibous ou par les sauvages accords des harpes que les vents agitent par intervalles dans ces îles épouvantées.
Ou quand la lune, à son coucher, s’éteignait dans la pourpre, alors, plongé sur de profonds et redoutables abîmes, il méditait, loin des pas de l'homme, aux bords incultes des eaux, où les fées du vieux temps célébraient leurs fêtes nocturnes; là il laissait courir librement son imagination, jusqu'à ce que le sommeil vint l’entourer de ses légers fantômes. D'abord, c'est un faible murmure qui résonne à son oreille ; ensuite de brillas flambeaax éclairent d’an rayon passager la voûte nocturne des cieux.
Mais tout à coup le ceintre armorié d'un portique se découvre à la vue; au bruit éclatant des trompettes’ , les battans se sont ouverts, et l’on
voit marcher une armée de petits guerriers portant des lances de diamant et des boucliers d’or. Leur regard est doux, leur démarche hardie; leurs casques sont verts, leurs habits de soie verte; çà et là des ménestrels vêtus d'une robe longue, et vénérables par leur âge, font résonner les cordes de la lyre; quelques-uns soufflent mollement dans les flûtes guerrières. | | et LS “Exx. .
Cependant, au bruit joyeux des chansons et des tambourins , sort, du fond d’un bosquet de myrtes, un bataillon de jeunes beautés ; les petits guerriers déposent boucliers et javelots ; et les danses s’entrelacent , enflammées par de bruyans accords. Les groupes se rencontrent, s'évitènt, se traversent; à gauche, à droite , est croisé le mobile labyrinthe 5 tantôt ils s’enlacent par des chaînes vigoureuses, tantôt ils s'efleurent avec rapidité; lés forêts retentissantes brillent de la splendeur variée des flambeaux, des diamans et de l'or.
Le songe a fui. Superbe âvant-coureur du jour ; qui, par tes chants aigus as dissipé la vision, coq fâcheux et maudit, à qui j'ai dû tant de fois la perte de.mes biens imaginaires et le retour de mes
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420 LE MÉNESTREL, maux réels, oh! qu’à jamaïs l'harmonie ferme à tes cris discordans son oreille suave ! que des rivaux jaleux détruisent ton orgueilleuse allégresse ; qu'ils insultent à la fierté de ta crête, qu'ils brisent tes ailes éclatantes, et que, jusque dans tes songes,
l'impitoyable renard te poursuive!
Mais, Ô ma Muse, quelles imprécations te sont : échappées? laisse-les effacer par la bienveillance; révoques-en la barbarie ; tels ne sont pas les sentimens de ton Edwin. Comment pourrait se plaindre d’un changement fâcheux celui dont l'âme naïve tire de tout changement un plaisir? Voyez, à son réveil, briller dans ses yeux le sourire du ravissement , tandis qu'il s’égare parmi les scènes enchantées du matih, parmi les fleurs nouvelles, resplendissantes de vié et de beauté, entre ces milliers de perles dont la rosée parsème la prairie, et ces nombreux concerts de joie que chaque souflle répand dans les airs. |
Oh! qui peut raconter les mélodies du matin?
le ruisseau déréglé qui tombe, en murmurant, du sommet de la montagne; les troupeaux mugissans; la cloche rustique de la bergerie; les pipeaux du pasteur diligent, parcourant la vallée solitaire; le cor bruyant, retentissant au loin sur les montagnes; le bruissement sourd de la mer ; le bourdonnement des . abeilles ; kes chansons
OU LE PROGRÈS DU GÉNIE. 421 d'amour du passereau, et le chœur général des chantres. de l'air, éveillant la vie dans tous les bosquets?