‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 102 sur 178 · Voy. d-dessus, p · texte numérisé non relu

Voy. d-dessus, p

224 CHAP. VIII, g 2.

page 548, le Roman tout entier occupant dans cettç édition 5 50 pages. De plus, l'ordre des tirades est sujet, selon les textes, à de nombreuses variations. On comprend que l'étude de la quatrième branche gagnerait singulièrement en précision, si oq opérait sur une édition donnant le texte le plus ancien que puissent fournir les manuscrits. Je ne puis, pour le besoin de mes recherches, m'attarder à faire ici cette édition, je me bornerai donc à exprimer les conclusions que permet le texte imprimé.

Il a été établi à la fin du chapitre précédent que la quatrième branche se divisait en deux parties d'origine très distincte, et faisant, dans une certaine mesure, double emploi Pune avec l'autre. Comme il est inadmissible que le même auteur ait exprimé deux fois les plaintes, les regrets, pour employer le mot ancien, des douze pairs réunis autour de la dépouille de leur roi^ on est forcé de reconnaître que les deux parties sont de deux auteurs différents, induction qui est amplement confirmée par le fait que la première partie se rattache à VHistoria de Léon, tandis que la seconde dépend de VEpitome de Valerius. Il est possible de noter chez chacun de ces deux auteurs quelques traits assez caractéristiques. Parlons d'abord de l'auteur de la première partie (édition^ pp. 506-529). Il paraît avoir été fort au courant du contenu des premières branches du poème. Voici, par exemple, ce que dit Aristote dans ses lamentations sur la mort d'Alexandre :

Et si me de!s tu sor Taighe de Ganghis * (526, i )

Que cis inondes estoit a .j. home petis.

Et Alexandre dit en effet, dans la dernière tirade de la seconde branche^ celle où se nomme Alexandre de Paris :

Mais d'une rien me poise dont me sui porpensés : (249, 7) Dex a fait peu de tiere a .je proudome asés.

La même idée est exprimée presque dans les mêmes termes au commencement du Roman, où l'on voit les barons faire auprès de Philippe Péloge du jeune Alexandre, et lui dire :

Dex a fait peu de tiere, si corn lui est avis, (i^, 16) Quar, se il en estoit sires et poestis, Toute Faroit donée de si a .xv. dis.

A la p. 5 1 4 le roi mourant donne à Aristes « toute Ynde le (la) Porru ». J'ai fait remarquer ci-dessus (p. 207, note 3) que cette donation est d'avance annoncée p. 2 1 8 (seconde branche).

Un peu plus loin, Alexandre donne à Philotas la ville de Césaire, la terre de Nicolas, et il ajoute :

Tholomé le dounai, mais il ne l'avra pas, ($ 14, 29) Quar il a tout le règne de si que a Baudas.

On peut voir, p. 45, vers 5 à 18, qu'Alexandre avait en

I . Ici, et de temps en temps, j'introduis dans le texte de M. Michelant les variantes f tirées du ms.fr. 375) qui sont au bas des pages. Elles donnent généralement la bonne leçon.

226 CHAP. Vni, I 2.

effet investi Tolomé de la terre de Nicolas après l'avoir

conquise'.

L'auteur est un homme lettré. Il sait que Didon s'est tuée à Carthage pour l'amour d^Enée (p. 517, vv. 1 1-20); il connaît l'histoire de la mort de Crassus (p. 526, w. 1 5-6) >. Il cite les prophéties de Joachim, le célébrer^ abbé de Flore'. Il était très probablement de Paris, ou du moins de l'Ile-de-France. C'est du moins ce qui parait résulter de ces vers assez singulièrement placés dans la bouche . d'Alexandre, mais qui n'en semblent pas moins inspirés par un ardent patriotisme :

France le renomée qui a conqaerre est maie (524, 7)

Eusse en mon domaine ; a Paris fust ma sale.

Et toute Normendie, Engletiere et le Gale,

Et Escose et Irlande u li soiaus avale.

France fust cief del mont, se droiture est itale,

Que le gens est tant noble, n'est nule ki le vàlle.

Qui pouvait être ce poète si bon français ? C'est une question à laquelle nous ne pouvons nous flatter de répondre avec certitude : les manuscrits ne fournissent

1. On a relevé ci-dessus, p. 207, notes 2 et 5, deux contradictions entre cette partie du poème et une partie précédente. Toutefois les contradictions ne paraissent pas suffisantes pour infirmer la conclusion qu*on peut tirer des rapprochements qui précèdent.

Page 1