Ms. fr. 25517, fol
Gui de. Cambrai, auteur de ia Vengeance^ est-il le même que Gui de Cambrai qui mit en vers de huit syllabes l'histoire de Barlaam et de Josaphat P J'ai admis ; jadis ^ sans hésitation que les deux œuvres avaient un auteur commun. Je serais peut-être un peu moins afiirmatif âoujourd^ui. La version de Barlaam et Josaphat est écrite en un tout autre style que la Vengeance. Les vers équivoques y ajbdndent, et il n'y a pas trace de cette recherche de mauvais goût dans l'ouvrage dédié au comte de Clermont. D'ailleurs, lorsqu'il s'agit d'un nom aussi répandu que celui de Gui et d'une ville aussi importante que Cambrai, l'identité du nom et du surnom ne peut constituer qu'une présomption. /Toutefois, si on a égard à. la différence des sujets et de la forme du vers employé, si on considère qu'il s'est écoulé probablement trente à quarante ans entre ia composition du premier poème et ceUe du second 3, on n'attachera pas une importance exagérée à la différence du style et de la manière. Je me résume en disant que l'identité est probable, niais non certaine.
Voici Panalyse sommaire du poème dé Gui de Cambrai, qui, on le verra, est d'un bout à l'autre une œuvre de pure imagination.
Les serfs qui avaient empoisonné Alexandre se reti-
I. Barlaam und Josaphat,., , von Gui db Cambrai, hgg. von H. Zotenbcrg und Paul Meyer, Stuttgart, 1864.
un compte de 1231 (Bouquet, XXI, 221 F).
rèrent <c en la parfonde Gresse » et y bâtirent, en un lieu désert, un château-fort pour lequel ils firent hommage à un roi du pays, nommé Marinde, qui devint leur protecteur, leur avoué. Cependant, les douze pairs d'Alexandre se réunirent un jour en parlement, à Alexandrie, afin de chercher le moyen de venger leur seigneur. Le poète nous dit que jamais Charlemagne ne tint » riche cour. Tout le monde tombe d'accord sur la nécessité de tirer une vengeance éclatante des deux traîtres, mais personne ne sait où les aller chercher. A ce moment Aristote, ouvrant une fenêtre qui donnait sur la mer, voit descendre d*un navire deux jeunes gens richement vêtus, qui se dirigent vers la ville^ et qui, ayant été intro^ duits auprès des barons assemblés, leur font connaître le lieu où se sont réfugiés les traîtres. Ils décrivent en grand détail le château, qui a nom le château d'Arondel, dans lequel les deux serfs ont placé une garnison de dix mille hommes, et où ils mènent joyeuse vie en compagnie de mainte riche dame. Interrogés sur leur origine, les jeunes gens répondent q^u'ils sont cousins du frère de l'amirant qui jadis possédait Alexandrie et Athènes. Les douze pairs mandent leurs hommes, louent des soudoyers, et s'embarquent avec une armée de vingt mille hommes. Les deux jeunes gens les guident. La flotte arrive au bout de quinze jours à Rochefort, puis se dirige vers 111e de Gadifer, où elle s'arrête pendant trois jours et enfin aborde sous Arondel. Les traîtres, voyant qu'ils vont être assiégés, se préparent à la défense, et font prévenir leur seigneur, le roi Marinde. L'armée campe tout à l'entour du château. Aristote va sommer
les traîtres de se rendre, leur faisant savoir que l'intention des Grecs est de les foire pendre, eux et leurs hommes. Naturellement les assiégés repoussent cette proposition, et bientôt les hostilités commencent. Les traîtres font une sortie. La lutte qui s'engage consiste, '
selon l'usage des chansons de geste, en une longue suite de combats singuliers. Les Grecs ont le dessus^ mais Perdicas, qui s'était engagé trop avant, est feit prisonnier et emmené dans le château.
Peu après, Marinde arrive au secours de ses hommes. Le combat recommence avec des chances diverses, et les Grecs perdent successivement deux des leurs, Licanor et Tolomé, qui sont faits prisonniers. Les Grecs sont obligés de se réfugier dans leur camp, et la nuit les préserve d'une défaite. Se voyant moins forts que leurs adversaires, ils se décident, sur le conseil d'Emenidus, à envoyer demander du secours à Olympias, mère d'Alexandre, et à un frère de celui-ci, Philiperideus ou Perideus, qui était fils, non d'Olympias, mais de Cleopâtre, seconde femme du roi Philippe > . Caulus se charge du message. Il s'embarque pour se rendre (f en la terre de Gresse, en la lande Gaiffier. » Mais une tempête ** l'entraîne jusqu'à la cité de « Jascle » qui dépendait du roi Marinde. Caulus est pris et jeté en prison. Heureu-
I. L'auteur se rattache ici à un épbode du Roman, dont il a été question ci-dessus, pp. 147-8. Seulement, d'après le Roman, Alexandre serait intervenu au moment où se célébraient les noces de Philippe et de Cléopâtre. et aurait décidé soii père à renvoyer sa nouvelle épouse et à reprendre Olympias, tandis que Gui de Cambrai suppose que Philippe garda Cléopâtre c un an et quatre mois et en eut un fils qiû est notre Perideus.
sèment pour lui, le fils du geôlier s'intéresse à son sort et consent à accomplir le message. Il se rend à Baudas, où, parait-il, résidait Perideus, et décide sans peine celui-ci à prendre parti pour les Grecs. Perideus s'embarque à la tête d'une armée. Chemin faisant, il occupe Jascle et délivre Caulus. Il arrive à temps pour fisiire pencher la balance en faveur des Grecs. Il fait prisonnier totipater qui est abreuvé d'ignominies : on lui tond le^ cheveux à la façon d*un champion, on lui barbouille la figure avec du charbon^ « car aunsi fait on d'orne qui mainetraisoni » Cependant Emenidus, faisant un détour par derrière l'armée ennemie, a trouvé le moyen d'entrer k ladérobéedans le château. Il s'y enferme, monte aux créneaux et corne sa prise. Effroi des troupes de Marinde, qui prennent la fuite. Divinuspater est fait prisonnier après une défense vigoureuse, Marinde ne tarde pas à éprouver le même sort. Les Grecs occupent le château et délivrent Perdicas^ Licanpr et Tolomé. Leur victoire est complète. La terre qu'ils ont conquise est donnée aux deux jeunes chevaliers qui les ont conduits jusqu'à Afondel, et les deux traîtres périssent dans d'affreux supplices.
§ 2. — La Vengeance Alexandre de Jean le Nevelois.
Jean le Nevelois, ayant été mentionné par Fauchet', a été beaucoup plus souvent cité que Gui de Cambrai par les auteurs qui ont écrit sur notre vieille littérature