‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 151 sur 178 · HISTORIQUES · texte numérisé non relu

HISTORIQUES

fous avons étudié dans les chapitres précé- \denis les ouvrages qui ont pour objet propre ide raconter la légende d'Alexandre : nous avons maintenant à passer en revue lès grandes compilations historiques où la vie-d'Alexandre est exposée d'après les données légendaires. Il résultera de cette étude que jusqu'au xv® siècle des écrivains érudits ont cru aux fables du Pseudo-Callisthènes, les adoptant à l'exclusion des notions historiques fournies par les historiens antiques, ou les combinant avec des éléments empruntés à ces historiens. Je m'attacherai naturellement aux seules compilations qui traitent avec quelque détail de l'histoire d'Alexandre. Dans les recherches dont on trouvera ci-après les résultats, je me suis trouvé en présence de difficultés inhérentes au sujet, et que cependant je n'étais pas tenu de résoudre. Les

LES COMPILATIONS HISTORIQUES. JJl

compilations françaises dans lesquelles j'aurai désormais à étudier la légende d'Alexandre sont en général de volumineux ouvrages que la critique a jusqu'ici à peu près négligés à cause du peu de profit qu'on en peut tirer pour l'histoire. On en a décrit quelques beaux exemplaires, qui ont attiré l'attention par la perfection de leurs enluminures, ou par la célébrité des personnages pour qui ils ont été faits, mais on n'a point pris la peine d'en étudier la composition, le caractère, les tendances. Il est évident que l'appréciation de la partie de ces histoires universelles qui concerne Alexandre gagnerait singulièrement en précision et en autorité, si elle était précédée d'un examen complet de chacun de ces grands, ouvrages pris dans son ensemble, mais il n'est pas moins évident qu'un tel examen exigerait des développements hors de proportion avec l'objet de ce livre. J'espère ne rien dire qui ne soit exact, mais j'avertis que je suis bien loin d'avoir la prétention de tout dire.

2 I*'. — Compilations latines.

Pour les compilations latines, dont je m'occuperai en premier lieu, je n'ai guère qu'à rappeler des faits déjà allégués dans les chapitres précédents. Nous avons vu que tout au commencement du xii* siècle Ekkehart, premier abbé d'Aura, avait introduit dans sa chronique universelle un abrégé de VHisîoria de prMs, en faisant usage d'un manuscrit de cet ouvrage qui nous est

iiZ CHAP. XII, § I.

parvenu, celui de Bamberg^ Ce même manuscrit contenait aussi la Lettre d'Alexandre à Aristote, que l'abbé d'Aura n'a pas manqué de mettre à contribution, ne négligeant pas de faire remarquer la contradiction qui existe entre VHistoria et la Lettre sur les circonstances de la mort de Porus'. Il a aussi emprunté quelques lignes à Orose.

L'emploi de VHistork dans une compilation du XII* siècle est un fait isolé. Nous allons voir que jusqu'à la fin du xiii« siècle c'est dans l'Epitome de Valerius et dans sa suite ordinaire, la Lettre à Aristote, que les rédacteurs de chroniques universelles vont chercher l'histoire d'Alexandre.

Vers 1 185 Godcfroî de Viterbe introduit Alexandre dans son Panthéon, lui consacrant quelques pages de prose et de vers. Il rapporte comme une tradition, dont il ne semble pas se porter garant, qu'Alexandre aurait eu pour père Nectanebus'. Il a certainement fait usage de J. Valerius, sans doute d'après VEpitome, car il raconte comme cet auteur la ruse par la-

1. ci-dessus p. 99. — Le ms. de Gotha, contenant une histoire d'Alexandre que décrit Fr. Jacobs, Beitrdsge z. altern Litteratur, II (i8$7), )86-9i, est un exemplaire d'Ekkehart; voyez Pertz, ScriptoreSf VI, 14.

2. Voy. Ptrxz, Scriptores, VI, 69. La même contradiction existe entre la Lettre et J. Valerius; voir ci-dessus, p. 187.

} . c Mortuo rege Grsecorum Philippo, Alexander filius ejus in reçnum successit; de quo traditur quod non Philippi sed magi cujusdam nomine Nathanabi régis ab iGgypto expulsi et in domo Philippi tune commorantis filius fuerit. » Pistori us, curante Struvio, Gerntanicorum scriptofum,.» tomus alter... (Ratisbonae, 1726), p. 162. — Cette partie du Panthéon est omise dans l'édition de Waiiz, Pertz, XX.

quelle Alexandre réussit à découvrir les meurtriers de Darius, tandis que le récit de VHisîoria est assez notablement différent ^ Mais il a puisé à d'autres sources encore, car il connaît le traitement infligé par Alexandre à Gog et Magog, et fait mention d'un échange de lettres entre le roi Macédonien et les Romains, événements dont il n'est pas question dans Valerius. Nous avons vu plus haut qu'il avait mis en vers, sous une forme très abrégée, la correspondance échangée entre Alexandre et le roi des Brahmanes Dindimus >.

Vincent de Beauvais, ou frère Vincent, comme il serait plus sûr de l'appeler, a certainement contribué pour une grande part à maintenir aux fables du Pseudo- Callisthènes une certaine autorité, alors que, selon le progrès naturel de instruction et du bon sens, elles tombaient de plus en plus dans le discrédit. A une époque où VAlexandreis de Gautier de Lille, rédigée d'après Quinte-Curce, était en possession de la faveur publique, où l'Angleterre possédait sur Alexandre une compilation purement historique?, frère Vincent a eu ridée d'écrire l'histoire d'Alexandre 4 en combinant de la façon la plus maladroite VEpitome de Valerius, qu'il cite sous le titre i*Hisîoria Alexandrie avec Justin, CJuinte-Curce, Valère Maxime et autres écrivains de

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