‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 171 sur 178 · Ms. de l'Arsenal, laisse LXXVII · texte numérisé non relu

Ms. de l'Arsenal, laisse LXXVII

2. Ed. Michelant, p. 73 (cf. ci-dessus p. i$2}, et p. 221. Dans le second passage Alexandre offre à un chevalier, qui lui demandait un don, la cité d'Araine. Le chevalier, c qui moût ot le cuer

rice est dans La joie (536, 12) ; qu'Alexandre donnait d'avance ce qu'il n'avait pas encore conquis (538, 26-7), etc.

Il semble donc bien établi qu'Alexandre de Paris a eu la part prépondérante dans la formation du caractère conventionnel d'Alexandre envisagé comme type de la largesse. Toutefois, comme il n'a pas inventé l'idée qu'il a développée et popularisée, comme d'autres ont pu aussi bien que lui la trouver indiquée dans les auteurs de l'antiquité <, nous ne pouvons pas déterminer avec une parfaite exactitude dans quelle mesure le poète de Bernai a modifié les idées courantes. Le fait est que déjà pour Chrétien de Troyes la libéralité d'Alexandre est proverbiale. Erec^ nous dit le poète champenois, de doner et de despendre. \ Fu pareilz le roi Alixandre (v. 2259-60; cf. v. 6625). On reconnaît comme le reflet de la même idée dans le début de VAlexandreis de Gautier de Châtillon :

bas », refuse et demande autre chose, de Tor, de l'argent, des vêtements. Alexandre répond (Mich. 222, 1.2):

a Je ne sai qui tu es ne le cuer que tu as, » Mais itel sunt li don al roi Macedonas. »

Et il lui fait donner cinq cents marcs. Cette anecdote est tirée de Sénéque, de Ben. II, xvi : « Urbem cuidam Alexander dona- » bat vesanus, et qui nihil animo non grande conciperet. Quum » ille cui donabatur, se ipse mensus, tanti muneris invidiam refu- » gisset dicens non convenire fortunae suae : — Non quacro, inquit, » quid te accipere deceat, sed quid me dare. » — Cf. cet autre passage (V, vi) : « Alexander Macedonum rex gloriari solebat a )> nullo se beneficiis victum. n

I . Voy. la note précédente, et le passage du De offtciis, cit p. 363.

Gesta dacis Macetum, totum digesta per orbem, Quam large dispersit opes...

On sait que VAlexandreis a été composé avant 1 179. A la fin du xii'^ siècle, Rambaut de Vacqueiras attribue à son seigneur, Bonifacé Iljfiarquis de Montferrât, la largesse d'Alexandre, la hardiesse de Rolant et la courtoisie de Berart de Montdidier :

Aleyxandres vos laisset son donar, Et ardimen Rotlan elh dotze par El pros Berart domney e gent parlar.

(Raynouard, Choix, II, 261.)

Gaucelm Faidit, en sa complainte sur la mort de Richard Cœur-de-Lion (f 1 199), compare aussi la largesse du feu roi à celle d'Alexandre :

Qu'Alixandres, le reis que venquet Daire, No cre que tan dones ni tan mezes.

(Raynouard, C/iofx, IV, $4.)

Dans une chanson anonyme on lit :

Et menbre vos d'Alixandre le roi Celi d'Ailiers* qui tant fu prous et lairges : Par ceu k'il mist en sa gent bon conroi Li obéirent et li fol et H sage.

(Chansonnier de Berne, pièce 164.)

I . Dans le roman en alexandrins Alexandre est souvent appelé Alexandre d»Alier (184, 30; 39$, 21; 510,8) ouïe roid'Alier (36, 16); la terre d*Alicr est plusieurs fois mentionnée (16, 31, 36;

Dans la première moitié du xiii^ siècle Henri d'Andeli ayant rappelé, au commencement de son lai Skristote^ les succès d'Alexandre, conclut en disant ce li fist larguece, sa mere\ ce qui est l'expression même dont se sert Alexandre de Paris : Larguece estoiî ta \ merty tu estoies ses fis (Mich. 526, n). Et dans le Dit du chancelier Philippe il compare la largesse de son héros à celte d'Alexandre'. C'est aussi l'éloge que Guillaume Guiart fait de Robert II d'Artois (f 1 302) : Et le plus larges pour despendre \ Qui fu puis le tens AlixandreK

Mais, dès le xiii« siècle, ce trait du caractère d'Alexandre s'efface peu à peu. Déjà, dans cette histoire universelle composée avant 1230, dont nous avons traité dans un chapitre précédent, nous rencontrons une sorte de protestation : « Seignor et dames, li » pluisors content e dient que totes bones teches » d'onor e de dousor e de largece e de cortesie turent » en Alixandre. Mais Orosies dit e tesmoigne, cui on » en doit moût bien croire, qu'il n'estoit mie mains » crueaus ne mains félons a ses frères ne a ses amis » ne a ses parens que il estoit a ses ennemis

195, 23). Il ne paraît pas douteux que c'est une forme dérivée indirectement d*Illyricum, dénomination qui est restée fort en usage au moyen âge (Guill. de Tyr, II, xv, xxn. XX, iv). Dans Guibert de Nogent on trouve lUires pour lUyricum (Hist. occid. des crois. ^ IV, 126 A). — Ce nom Q*AUer n'est pas employé uniquement pour désigner la terre d'où Alexandre tiriit son origine : dans Ogierlt cheval de Charlemagne est appelé B/^/zf art d'Alier (v. 6345).

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