CHAPITRE IV
§ I. — La compilation de Saint-Alban.
'our que Vepitome de Valerius ait été introduit par Vincent dans son Spéculum fùstoriale^ pour |que le chroniqueur' Ekkehart ait admis, sous uneTorme abrégée, la version de l'archiprêtre Léon dans sa chronique, il faut que ces deux auteurs ou compilateurs aient ajouté une certaine foi aux fables alexandrines. Toutefois, il n'y a pas à douter que dès une époque déjà ancienne, dès le xii® siècle, pour fixer une date approximative, ces mêmes fables rencontraient de divers côtés une assez grande incrédulité. Nous verrons tout à l'heure cette défiance se manifester énergiquement dans la plus ancienne des rédactions romanes de la légende d'Alexandre ; elle est constatée d'une façon non moins évidente, quoique moins direae, par l'Alexandreïde, si
longtemps classique, de Gautier de Chàtillon, qui suit Quinte Curce ; enfin elle semble avoir inspiré l'auteur anonyme d'une compilation latine jusqu'ici peu connue, dont il ne sera pas inutile de parler ici , bien qu'elle paraisse avoir été peu répandue au moyen âge et être restée sans influence sur les rédactions romanes de la 4égende.
La nature de cette compilation est très nettement exprimée par son titre :.
Incipit hystoria régis Macedonum Philippi, filiique ejus Alexandri magni, excerpta de libris Pompeii Trogi, Orosii, Josephiy Jeronimi, Solini, Augustini, Bede et Ysidori.
L'ouvrage est en effet composé d'une série de morceaux empruntés à ces auteurs (et parfois à quelques autres) et agencés de manière à former une narration suivie. C'est une marqueterie fort habilement faite, dont tous les éléments peuvent être déterminés morceau par morceau, et où l'auteur ou compilateur n'a rien mis du sien, sinon occasionnellement quelques mots d'explication pour des termes qui lui paraissaient de nature à embarrasser le lecteur, ou quelques phrases de transition. Désireux de faire reconnaître au premier coup d'oçil la nature de son travail, il a pris soin de disposer sur les marges du livre les noms des écrivains en regard des passages qui leur sont empruntés , disposition observée dans les deux mss. absolument semblables qui nous sont parvenus de cette compilation. On s'en rendra compte par un court extrait. Je choisis le début de l'ouvrage, conservant la disposition des mss., me
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bornant à ajouter entre [ ] l'indication des sources, audessous des noms d'auteur fournis par le texte. Il est bien entendu que par Pompeius Trogus le compilateur n'entend rien de plus que l'abrégé de Justin.
Macedonia, ante a nomine Emathionis vel Emathio * régis, cujus prima virtutis experi- Pomp.
menta in illis locis extitere, Emathia cogne- [VII, i]
minata, || dein a Macedone, qui Deucalionis Ys.
maternus nepos fuit, ibidem régnante Mace-[Ong.XIV,4,i3] donia est dicta. || Hsec ab Oriente habet Or.
Egeum mare, a Borea, ^ui est aqailo^ Tra- [I, aj
ciam, ab Euro, qui sub solania leva parte col- Ys.
lateralis est, Euboeam et Macedonicum sinum, a meridie Achaiam, a Favonio, qui et Zephirus, montes Âcrocerauniae in angustiis Adriatici sinus, qui montes sunt contra Apuliam atque Brundusium, ab occasu Dalmaciam, a Circio, qui septemtrionali vcnto a dextra parte coUateralis est y Dardanum, a Septemtrione Mesiam^.
Hujus sicuti incrementa modica, ita Pomp.
termini perangusti fuere. Populus [VII, i, 2]
Pelagi(s), regio régis Boetica^ dicebatur.
Sed pro ea^ virtute regum et gentis industria subtractis^ primo iinitimis mox populis nationibusque imperium usque extremos Orien-