‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 29 sur 178 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'ITER AD PARAÙISUM.

|e9 ouvrages latins que noua avons mentionnés Ijusqu'à présent s(XKt traduits du Pseudo-Cal- [listhènes (Valerius, Léon) ou s'en sont détachés à une époque indéterminée (lettre d'Alexandre à Aristote, correspondance avec Dindimus). Ce sont les principaux textes mis à profit par les auteurs romans, mais ce ne sont pas les seuls. Sans parler des historiens de Pantiquité (de Justin surtout) qui ne leur sont pas restés inconnus, ils ont adopté certains récits apocryphes indépendants du Pseudo-Callisthènes. Cela est assuré pour l'opuscule connu sous le nom i'Alexandri magni iter ad Paradisum qui a été imité par le curé Lamprecht, et dont nous retrouverons des traces dans la littérature française. Le sujet de cet opuscule est celui-ci : Alexandre, après avoir conquis l'Inde, parvient auprès d'un large fleuve qu'il

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apprend être le Gange. Il s'embarque avec cinq cents hommes choisis sur un navire qui se trouvait là. Au bout d'un mois, ils arrivent en vue d'une cité immense fermée de toutes parts. A grand'peine ils découvrent une petite fenêtre à laquelle plusieurs des compagnons d'Alexandre, montés sur une barque légère, vont frapper. Un habitant de la ville se montre. Aux questions qui lui sont posées, à la sommation d'avoir à payer un tribut à Alexandre, il répond en transmettant de la part de ses concitoyens au roi macédonien une pierre précieuse dont la grosseur et la forme étaient celles d'un œil humain, lui faisant dire en même temps que lorsqu'il connaîtra la nature et la vertu de cette pierre, toute ambition s'évanouira en lui. Alexandre retourne dans ses états, et là un vieillard juif lui apprend les vertus de la pierre ; elle est d'un poids énorme : placée dans l'un des plateaux d'une balance, elle fait contre-poids à tout ce qu'on peut entasser d'or dans le plateau opposé, mais qu'on vienne à la couvrir d'un peu de poussière, elle devient plus légère qu'une plume. Poursuivant son exposé, le juif apprend à Alexandre que la ville qu'il a vue est le lieu où, jusqu'au jugement dernier, séjournent les âmes des justes. La pierre, ayant la forme de l'œil humain qui convoite tout ce qu'il peut voir, et cesse de désirer dès qu'il est privé de lumière, symbolise Alexandre et l'invite à renoncer à son insatiable ambition.

M. Zacher et d'autres érudits ont signalé dans le Talmud un récit fort analogue, trop différent cependant pour pouvoir être considéré comme la source immédiate

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de Vlter ad ParadisumK Tout en admettant comme fort probable rorigine hébraïque de l'opuscule latin, je ferai remarquer qu'il porte des traces de christianisme > qui excluent l'idée d'une traduction exacte. Quant à l'époque de la rédaction, elle peut, avec une grande vraisemblance, être rapportée à la première moitié du xii^ siècle. La latinité de ce texte ne permet pas, à mon avis, de supposer une date plus ancienne ^ D'autre part, la limite inférieure ne peut pas être placée plus bas que le milieu du même siècle s'il est vrai que Vïter ait été imité par le derc Lamprecht4. Je dois avouer toutefois que la version du poète allemand n'est pas tellement exacte qu'on ne puisse supposer qu'il a eu sous les yeux un récit analogue à Vltery mais un peu différent. Ce serait pourtant une supposition très hasardée.

i« Alexandri magni iter ad Paradisum, p. 16-8. Ce récit ulmudique a été traduit librement par G. Levi, Parabole, Uggende e ptnsieri raccolti da libri talmudia, Firenze, Lemonnier, 1861, pp. 218 et suiv. Cf. Favre, Mélanges, II, 87 ; Vogelstetn, Adnotationes qutedam ex litteris orientalibus petite ad fabulas quée de Alexandro magno circumferuntuTy Breslau, 1865, p. 1 3 et suiv. Ce dernier n'a pas connu le texte latin publié dès 1859 par M. Zacher; ses remarques, assez confuses, se rapportent au poème allemand de Lamprecht.

2. Ce passage notamment où le Juif dit à Alexandre : « Quod c vidisti, o bone rex, urbs nec dici débet nec est, sed maceria soBda c et impenetrabilis omni cami, ^uam in terminum ulterius progrec diendi statuit universorum conditor justorum spiritibus carne soTutis c et ibidem corporis resurrectionem prestolantibus. Fruuntur autem c ibi (^uiete opaca quam Deus illis disposuit, sed non perhenni, f qttoniam, post Judidum, recepta came, cum Creatore suo régnac bunt in etemum. » (Éd. Zacher, p. 29, ms. de C. C. C. p. i86tf.)

3. Notons que tous les mss., qui vont être indiqués d-après, sont da XIII* siècle.

4. Alexander, Gedicht des zwœlften lahrhunderts , vont Pfaffen Lamprecht, Urtext und Uebersetzung.,, von D' H. Weishann. Voy. TV. 6j7i et suiv.

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Nous verrons plus loin que Vlter ad Paradisum a été mis à contribution par plusieurs de ceux qui ont entrepris au moyen âge de raconter en langue vulgaire l'instoire d'Alexandre. C'est la preuve que l'ouvrage latin devait être assez répandu. Néanmoins les mss. en sont peu communs. M. Zacher l'a publié d'après deux mss., l'un de Paris (Bibl. nat. lat. 8519'), l'autre de Wolfenbûttel. Il a connu, sans qu'il lui ait été possible d'en faire usage, le ms. 82 de Corpus Christi Collège, Oxford. Je signale en passant trois autres mss. du même opuscule, un à la Bibliothèque nationale de Madrid >, un autre à Auxerre ', et le troisième à Saint John's Cambridge 4. Je fais remarquer que les mss. de C. C. C. Oxf. et de Madrid donnent à cet opuscule le titre àUpistola, et ofirent au commencement quelques lignes qui manquent aux mss. dont s'est servi M. Zacher. Ceux-ci en effet débutent ainsi :

De itinere ad Paradisum.

Igitur Aiexander nobili ac muitiforml praeda onustus, se cum suis copiis a finibus Indorum surripiens et compendiosas

1. 5819, n* donné p. 1 5 de l'édition, est une erreur typographtique.

2. Coté F 152 ; ce ms. provient de la bibliothèque du marquis de Cambis ; voy. Bulletin de la Société des anciens textes français, 1878, p. 39-40.

3. N* 7, voy. le catalogue des mss. de la bibliothèque d' Auxerre, par M. Quantin, Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l*Yonne, XXVIII, 620.

4. G 16, fol. 38-41, déjà mentionné plus haut, p. 42, conmie contenant VHistoria de praliis. A la suite est copié le dernier g de Vepitome de Valerius : c Nota. Aiexander vixit annos .xxij., imperio « potitos annis .xij., condiditque urbes .xij. quas omnes de sno « nomine Alexandriam nuncupavit... »

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agens dietas, proxitnis fovebatur mansionibus in promunctoriis fluminum mari adjacentium...

Voici maintenant les premières lignes des mss. d'Oxford et de Madrid :

Incipit epistola de itinere Alexandri ad Paradisum.

Postquam Alexander Philippi iilius universum orbem, praeter Indiam solam, suae ditioni subegerat, proposuit ut et ipsam peragraret. Qua tandem, nimio labore suae ditioni subacta, nobiii et multiformi praeda onustus se cum suis copiis a finibus ejus subripiens

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