voy. Romania^ XI, 417 et suiv
If
empruntant une expression à la technologie des Leys d^amors (I, 184), appeler tirades dirivatives. Les Leys appellent rimes dérivatives les rimes qui sont formées de la rime précédente par l'addition d'une lettre, ainsi atura est une rime dérivative par rapport à atur. C'est ce que nous observons ici, chaque tirade masculine étant suivie de la tirade féminine correspondante^ du moins à partir de U page 46 1 : à la rime féminine é fait suite la rime ie, après ir vient ire, et ainsi de suite. Ce système a été employé assez fréquemment dans la poésie lyrique provençale, et aussi dans la poésie lyrique française ■ . Les seuls exemples qu'on en connaisse jusqu'à présent dans la poésie narrative sont fournis par Adenet dans Berte et Beuve de Commerci, et par Girart d'Amiens dans son Charlemagne^. Venons-en maintenant à l'analyse.
Alexandre, quittant la reine d'Amasone ou de Masone, se rendait à Babylone^ lorsqu'un chevalier nommé Gratien se présenta à lui, se plaignant de son seigneur, le duc Melcis, de la terre de Chaldée, qui avait laissé ses services sans récompense. Bien que les torts de Melcis à l'égard de son vassal aient un caractère tout privé et soient d'une nature très problématique, le roi de Macédoine n'hésite pas à envahir la Chaldée. Le motif qui le détermine, c'est le désir de soumettre un pays dont il n'avait pas encore entendu parler, car il s'était
i, Yoj, Romama,iy, X76.
2. Çà et là on trouve des exemples isolés de cette recherche; ainsi dans le fragment de la version des Macchabées publiée par M. Stengel, Rivista di Filologia romanza, 11^ 86-7.
flatté jusqu'à ce moment d'avoir conquis toute la terre (Mich. p. 460, V. }}). Bientôt l'armée des Grecs arrive auprès de la cité de Defur ^ que tenaient Dauris et Floridas, les deux fils d'un certain Jaspart > récemment décédé (Mich. p. 461, v. 30). Ces jeunes gens, se voyant assiégés, font avertir le duc Melcis^ et entre temps se livrent, au dehors de la ville, à des passes d'armes dans lesquelles, du côté des Grecs, Emenidus et Gratien jouent le principal rôle. Floridas est fait prisonnier par Emenidus (Mich. p. 469). Mais bientôt après. Clin, l'un des fidèles d'Alexandre, tombe au pouvoir de Dauris. Clin et Floridas sont échangés l'un pour l'autre (Mich. p. 477). La lutte recommence ; le duc Melcis qui était venu secourir Defur à la tète de son armée est tué par Gratien (Mich. p. 481), et la ville tombe au pouvoir des Grecs. Là se trouvait la belle Escavie, fille du duc Melcis. Alexandre l'unit à Dauris qu'elle aimait, et Floridas et Dauris le reconnaissent pour leur seigneur. Le mariage des deux jeunes gens a lieu en grande pompe « au moustier » (Mich. p. 489, v. 8).
La première partie de l'épisode est ici finie. Cette partie constitue, comme on l'a vu, un petit roman complet en soi, avec intrigue et dénouement. La seconde partie de l'épisode est loin d'offrir la même unité. C'est une série d'aventures qui se déroulent successivement jusqu'au moment où Alexandre rentre à Babylone.