Mich. p. 46J, V. 12, voy. la variante
2. Ce nom, qui est celai d'un des trois rois mages ^ n'est pas connu avant 11 58 ; voy. la préface de la Vie de saint Gilles {Soc. des anc. Textes français), p. xxv-vij.
198 CHAP. VII, g 2}.
L'armée se repose à Defiir un mois (M. p. 490, V. 28) ou un mois et demi (ibid. v. 11); puis elle marche contre if Almere »,
Une riche cité qui siet desous Osere, (490, 29)
Çou est une aighe rade qui est et bêle et clere.
PhonideSy le seigneur de la cité, ayant fait hommage à Alexandre, l'armée reprend sa marché vers Babylone (M. p. 491 , V. i). Au dixième jour elle arrive à « Garas »,
U l'or bat tout boullant ii emperere Cras^ (491, 14)
Le romancier, rattachant son récit à un épisode que nous avons analysé plus haut, nous dit que cette cité avait appartenu à Nicolas. Actuellement elle était tenue par un roi appelé Solomas qui avait une fille unique nommée Cassandre. Alexandre donne la jeune fille et la cité à Floridas. De là, se dirigeant toujours vers Babylone, l'armée arrive à Tarse, « une bonne cité située « sur Annase^ » (M. p. 492, v. 4), que tenait la reine
1. Cet empereur Cras n'e3t autre que le triumvir Crassus battu par les Parthes auprès de Carriuej et dans la bouche duquel, selon certains historiens, on aurait fait couler de l*or en fusion. Il est probable que le Roman se sera inspiré, soit direaement, soit d'après quelque compilation secondaire, de ce passage de VHbtoria miscelta (Muratori, Script, rer. ItàL, l, 4O • < Surenas, rapto equitatu, Crassum persec qui intendit, eumque circumventum, ac frustra colloquium ejus c petentem, cepit, et in castra perduxit, ac postremum auro in os c ejus infuso interfecit. Pauci, noctis beneficio liberati. Carras confiic gère. » Cf. aussi Florus, IIl, ix, in fine. Il y a aans le roman, Mich. 516, 15-^, une autre allusion, reconnaissable malgré la corruption du texte, au même récit. On en pourrait trouver ailleurs, voy. par ex. le Trésor de Peire de Corbiac, éd. Sachs, v. 772.
2. Ce nom, qui varie selon les mss. {Grosse, fr. 2(5 17, fol. 250 v*), me paraît de pure invention. Tarse est sur le Cydnus.
Candace. Nous avons vu plus haut (§ 20) l'épisode consacré aux rapports d'Alexandre et de cette dame. Le romancier fait ici (p. 492, v. 10) allusion à l'une des circonstances de cet épisode, en rappelant que Candace possédait le portrait d'Alexandre. Le roi macédo- " nien séjourne avec cette ancienne amie pendant deux semaine, et, au grand regret de celle-ci, continue son voyage. Il arrive auprès d'une eau saumàtre qui n'est pas potable. Un paysan lui indique une source d'eau douce dont la vertu est que tout homme avare ou traître qui en boit devient fou sur l'heure. — a J'irai, » dit Alexandre, « et j'en boirai » (M. p. 493). La rivière indiquée par le paysan a nom Sapience ; elle entoure le château de « Grant Oir » (M. p. 494). Alexandre apprend du paysan qui le guide qu'en ce château un singulier procès est pendant. Un seigneur ruiné a vendu sa terre à un bourgeois. Celui-ci, faisant fouiller le sol, y a découvert un grand tonneau plein d'or et d'argents Il veut contraindre le vendeur à le recevoir ; celui-ci s'y refuse, déclarant qu'il a entendu vendre la totalité du bien. Le bourgeois est fou, » dit Alexandre ; a eussé-je trouvé un cent de pareils tonneaux, je n'en «aurais pas rendu un seul! — Taisez-vous, homme « cupide ; vous parlez follement. Vous ne boirez pas de « Peau. » — Et en effet la rivière devient rouge comme sang et répand une forte odeur. Un chien à qui on en
1 . Les découvertes de trésors enfouis (sans doute depuis l'invasion barbare) ont été assez fréquentes au moyen âge pour que la législation les ait prévues. Voir sur ce point ma traauction de Girart de Roussillon, p. 287, n. i .
fait goûter meurt sur l'heure. Alexandre prend le parti de retourner vers Tarse (M. pp. 495-7).
Cette eau, à laquelle ne peuvent s'abreuver que les hommes ennemis de la cupidité et de la fausseté, a ses analogues dans la tradition du moyen âge. C'est ainsi que le hanap d'Auberon avait telle vertu que nul n'y pouvait boire sll n'était honnête homme, et pur de tout péché mortel. Mais d'où vient la forme particulière qu'a reçue ici cette idée générale, d'où le poète a-t-il tiré le fleuve de Sapience et le château de « Grant Oir x» ? estce de sa propre imagination, est-ce d'un texte? voilà ce que je n'ai pas réussi à trouver. Quant au procès, il vient, par voie directe ou par voie indirecte, d'un ouvrage d'origine arabe qui a eu au moyen âge une grande fortune et qui, en sa forme latine, est connu sous le titre de Libellus de vita et moribus philosophorum ou de Dicta philosophorum. Je n'ai pas remarqué d'autre rapport entre cet ouvrage et le Roman, ce qui me fait douter qu'ici l'emprunt soit direct. Quoi qu'il en soit, je donne en note le texte correspondant au récit du poème ^ .
I. voici ce texte, d'après Tédition qu'en a donnée M. H. Knust, dans son livre érudit, mais terriblement confus, intitulé Mittheilungen ans dtm Eskurial, Tûbingen, 1879 (publication 141 de l'Association littéraire de Stuttgart]. Dans ce livre sont imprimés, en colonnes parallèles, le texte latm du chapitre qui concerne Alexandre, les versions espagnole et française de ce texte, et une traduction anglaise de la version française. Le passage qui correspond au récit du Roman se trouve aux pages 4(8-463 :
Et dicitur ouod Alexander assuescebat ipsemet perquirere regnà sua, quia dererentibus aliquibus aliqua credere nolebat quousque oculata fide videret. Et (juadam die, dum ignotus quandam villam transiret, cuidam ex suis judicibus occurit, et vidit duos contendentes ad invicem coram eo venire. Et unus ex eis conquestus est dicens :
Alexandre^ après être resté quinze jours à Tarse, auprès de la reine Candace qui lui accorde les marques les moins douteuses de son bon vouloir, reprend sa marche vers Babylone. Chemin faisant, il voit sur une pierre un œil humain. Àristote affirme que cet œil est l'objet le plus pesant du monde. Et en eflfet, on le place dans Pun des plateaux d'une balance et on constate que les objets les plus lourds ne peuvent lui faire contrepoids, mais aus* sitôt qu'il est couvert il pèse moins que deux besants d'or. C'est l'emblème de l'ambitieux qui convoite tout ce qu'il voit.^ Nous avons déjà rencontré un récit fort analogue dans Vlter ad Paradisam K Mais le récit même de Vlter* ad Paradisum a été repris en sa presque totalité par un interpolateur inconnu, et fourré soit à l'endroit où nous en sommes arrivé dans l'analyse du Roman^
c Emi ab isto quandam domum, et habitans eam inveni thesaurum « quendam subhumahim in ea , et invitavi eum ut sumeret , et « sumere noluit. d At judex, petens ab àlio, dixit ei : « Quid res- « pondes tu? » Respondit : c Ego nuUum thesaurum subhumavi, « nec scio quod dicit, nec meus est thésaurus, nec auferam eum. > Et ambo dixerunt judici : « Mandes eum accipi ei ubi volueris repone. » Quibus judex : c Vos a culpa seceditis, me immiscere credentes, tt sed si rectum ac justum appetitis, quod dixero faciatis. » Et tune actori dixit : c Habes filium? > Respondit : « HalSeo. > Et dixit reo : « Habes filiam ? » Respondit : « Habeo. » Et dixit : « Recède c et contrahe de filia eum filio istius, et oportunis(?] muniatt tis ambos de pecunia ipsa, et quod residuum fiierit dimictatis eis c ut vivant. » Alexander vero hoc audiens dixit judici admiratus : « Nunquam aedidit quod in terra haberet homo qui talia faceret, nec « judex qui talia judicaret. » Et respondit judex nuUam habens sui « notitiam : a Est aliquis in mundo gui hoc non faceret ? » Et dixit Alexander : « Plures sunt taies. » Et judex : « Pluitne in terra illo- <c rum? » Et admiratus est Alexander verbi sui dicens : c Tali sicut « hic est firmantur celi et terre. >
Cette histoire paraît venir originairement du Talmud. Voy. Knust, ouvrage cité, p. 297, note a.