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III. — ICONOGRAPHIE DE SAINTE MARINE

Comme la plupart des saints, objets de la dévotion populaire, sainte Marine ἃ été souvent représentée par les peintres, les miniaturistes et mème les statuaires.

Chez les Maronites, son image se voyait dans la grotte où elle s'était retirée, près du monastère de Kanoubine, et qui a été

1) Act. Sancet., Juillet IV, Anvers, 1725, p. 384-980.

transformée en chapelle. Je n'ai pu obtenir de renseignements précis sur ce tableau.

Il doit exister dans les pays de rite grec des icones de sainte Marine; mais jusqu'ici je n'ai pas encore eu l'occasion d'en voir une. À défaut d'icones je signalerai la curieuse miniature qui précède un panégyrique de la sainte dans le manuscrit grec

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SAINTE MARINE ET SON PÈRE SONT REÇUS DANS LE MONASTERE PAR LES RELIGIEUX.

(Miniature du Ms. Français 24.947 de la Bibliothèque Nationale (XIL' S.), f' 179).

376 (x) de la Bibliothèque synodale de Moscou (χι s.), au folio 46 ἡ. Cette miniature, en partie effacée, est identique à celle qui se trouve en tête de la notice consacrée à sainte Marine dans le manuscrit du Ménologe de l'empereur Basile IT (x siècle) et qui ἃ été reproduite dans l'édition de ce Ménologe publiée à Rome en 1727 par le cardinal Albani (vol. 11, p. 183). On y voit la sainte, qui vient de mourir, étendue à terre sur une natte. À sa tête se tient le supérieur du monastère tandis qu'un autre personnage, debout également et placé à sa gauche, semble être

le père de la jeune fille qui l'avait faussement accusée. Enfin, à ses pieds, on aperçoit cette calomniatrice, qui se reconnait au désordre de son costume et à son attitude agitée. On sait, en effet, d'après les différentes versions, qu'immédiatement après la mort de Marine, elle vint confesser son crime, poussée par le démon qui s'était emparé d'elle.

Dans son Historia Byzantina (Lut. Paris., 1680), Du Cange donne à la page 149 du livre IV, et cela d'après une ancienne tablette grecque, une gravure représentant les trois saintes Parasceve, Barbe et Marine. Cet auteur n'hésite pas à reconnaître notre sainte dans le dernier de ces personnages, car il dit expressément que c'est elle dont le corps ἃ été apporté à Venise (1). Or, je crois que Du Cange s’est trompé. Dans toutes les images qui nous montrent Marine la moniale, celle-ci est toujours reconnaissable à quelque signe particulier : par exemple, elle est accompagnée de l'enfant qu'elle dut élever, ou bien on la voit, toute jeune encore, entrer dans le monastère à la suite de son père. Au lieu de cela, sur la tablette en question, celle des trois femmes qui serait notre sainte est debout comme les deux autres et tient simplement une eroix à la main. Aucun attribut spécial ne la désigne donc. En second lieu, il existe réellement une Marina grecque, dont la biographie est ordinairement placée dans les manuscrits près de celles d'autres saintes, martyres comme elle, telles que, précisément, sainte Barbe et sainte Parasceve. C’est la martyre d'Antioche de Pisidie qui, ainsi que nous l'avons vu, ἃ si souvent été confondue avec la moniale de Syrie. Il n’est pas douteux qu'il ne faille la reconnaitre dans le troisième personnage de la tablette. Ce qui confirme la chose, c'est que son nom, ᾿Αγία Μαρῖνα, y est inscrit. Or, nous savons que dans les livres et les inscriptions, les Grecs n'appellent jamais la moniale Μαρῖνα, mais Μαρία.

En France, en Italie, en Espagne, et sans doute aussi dans d’autres contrées, on a souvent représenté sainte Marine

(1) « Sanctarum Parasceves, Barbaræ et Marinæ, in veteri tabella graecanica expressas imagines, ex Musaeo canonicorum Regularium Sanetæ Genovefæ Pari siensis hic exhibemus. S. Marinæ etiam corpus haud procul ab urbe asservatum indeque Venetias translatum an. MCCXXX seribit Andreas Dandulus in Chron:

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dans les collections de Vies de saints imprimées (1) ou manus® crites (2). Tantôt nous la voyons, âgée d'une dizaine d'années environ et vêtue en garçon, arriver avec son père au monastère, dont la porte leur est ouverte par des religieux; tantôt nous l’apercevons dans la grotte où elle s'est réfugiée, donnant ses soins à l'enfant qui passe pour être le sien ou priant à ses côtés pendant qu'il dort; parfois, on nous les montre tendant les mains, l’un et l’autre, vers un passant qui leur jette un morceau de pain; enfin, souvent, gravures et miniatures mettent sous nos yeux le corps de la sainte, qui vient de mourir dans sa pauvre cellule, entouré par les religieux qui se prosternent devant lui.

A Venise, l’église Sainte-Marine et ses dépendances possédaient un certain nombre de tableaux, icones, statues, basreliefs, fresques, mosaïques, tapisseries et bannières, d’un travail italien ou grec, représentant notre sainte dans diverses attitudes et vêtue de façons différentes. Théodore d’'Amadeni nous en ἃ laissé dans son manuscrit (p. 35-17) une intéressante description, accompagnée de onze aquarelles. Il est bien probable que le plus grand nombre de ces objets ont disparu.

Une belle statue de sainte Marine, qui parait remonter au xvi‘ siècle, se dresse encore aujourd’hui dans le jardin du séminaire patriarcal, et au-dessus de l'autel qui est placé au fond de la chapelle dédiée à notre sainte dans l’église Santa Maria Formosa, on admire le beau tableau, peint vers le milieu du siècle dernier par Lattanzio Querena, où elle est représentée ayant l'enfant à ses côtés.

Autrefois les peintres et statuaires, quand ils dessinaient ou modelaient la figure d'un saint, se souciaient, trop souvent, aussi peu de la vérité historique que les hagiographes qui écrivalent sa Vie. Voilà pourquoi Théodore d’Amadeni lui-même s'indigne à la vue de tableaux où sainte Marine, qui vécut

(1) Par exemple dans Les vies des SS. Pères des Déserts el des Saintes Solilaires d'Orient et d'Occident, avec des Fiqures qui représentent l'austérilé de leur vie οἱ leurs principales occupalions (par Bourgoing de Villefore), Paris, 1706-1708, vol. II des SS. Pères d'Orient, p. 298, et édition de 1722, vol. ΠῚ. p. 260.

(2) Voy. les miniatures des manuscrits suivants de la Bibliothèque Nationale qui, presque tous, contiennent des traductions de la Légende dorée de Jacques de Voragine: Français 241, f° 139v; 242, fo 120r; 6448, [ἡ 156%; 20330, f° 1355 24947, f° 179; Espagnol 44, [9 1235.

° 4 ᾿ 4 en Orient, probablement au γ΄ siècle, apparaît, par exemple, sous le costume d'un religieux franciscain. Il est vrai que les explications dans lesquelles il entre pour nous apprendre comment elle devait être vêtue, sont de nature à nous faire sourire à notre tour.

En terminant il est de mon devoir d'adresser mes plus vifs remerciements au R. P. Ehrle, préfet de la Bibliothèque Vaticane, à M. l'abbé Jeremich, vice-recteur du séminaire patriarcal de Venise, et à M. E. Blochet, attaché à la Bibliothèque Nationale, pour l'extrême complaisance avec laquelle ils m'ont procuré plusieurs des clichés qui ont servi à illustrer ce volume.

Léon CLUGNET.

P. 5. — A titre de coïncidence, mais de coïncidence curieuse, je signalerai la légende de Marie la Misérable (de Ellendige Marie) qui est rapportée par le Baron de Reinsberg-Düringsfeld dans son ouvrage intitulé Traditions et légendes de la Belgique (Bruxelles, 1870), vol. I, p. 406- 408 (1). :

Au xive siècle vivait ἃ Woluwe-Saint-Pierre, près de Bruxelles, une belle jeune fille, nommée Marie, qui avait résolu de renoncer au monde. Elle alla habiter près d’une église voisine, y passait la journée en prière et en méditations, et demandait à l'aumône sa frugale nourriture. Un chevalier du voisinage ayant vainement tenté de la séduire, se vengea en l’accusant faussement de vol auprès des magistrats et en obtenant sa condamnation à mort. Elle fut conduite au supplice et, aussitôt après, son accusateur devint possédé du démon. 11 n’en fut délivré que plus tard auprès du tombeau de sa victime. D’autres miracles s'étant opérés devant ce tombeau, le corps de Marie fut transporté dans l’église de Woluwe-Saint-Lambert. Au moment de sa mort on avait apercu dans le ciel des vierges qui, le cierge en main, semblaient assister à ses funérailles.

Il est difficile de ne pas constater qu'il existe des traits communs, entre cette histoire et celle de sainte Marine (appelée Marie dans certains textes). Aussi, sans trancher la question, je me demande si la légende de Marie la Misérable ne serait pas celle de Marine, modifiée en partie par l'addition de détails provenant d'une autre source. Ce qui semblerait donner quelque poids à cette hypothèse, c’est que dans le calendrier légendaire, Marie la Misérable, est inscrite au 18 juin, c'est-à-dire précisément à la date où la fète de sainte Marine est indiquée dans le Martyrologe romain, dans les textes latins de sa vie et dans le calendrier de l'Église de Paris.

(1) γον. aussi Histoiredes environs de Bruxelles, par A. Wauters (Bruxelles, 1882), vol. III, p. 249-252.

SAINTE MARINE, CHASSÉE DU MONASTÈRE, INSTRUIT L'ENFANT SUPPOSÉ ÊTRE LE SIEN.

(Miniature du Ms, Français 6.448 de la Bibliothèque Nationale (XV's,), f 156),

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