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leur chapelle une autre relique de la sainte, échappée également au pillage. »
La relique que posséderait la chapelle de FHôtel-Dieu, si elle existe réellement (1), ne pourrait être, semble-t-il, qu'un fragment détaché, à une époque assez récente, de celle qui se trouve à Notre-Dame, car, dans un inventaire du mobilier de Sainte-Marine, dressé en 1627, il n'est fait mention que d'un seul reliquaire et d'une seule relique, laquelle était « du bras » de la sainte (2).
Et maintenant, cette relique est-elle authentique? Il faut remarquer d'abord que, suivant l'inventaire de 1627, elle est « du bras » de la sainte, tandis que, d’après M. l’archiprètre de Notre-Dame, elle consisterait en une clavieule. Il est fort possible que le rédacteur de l'inventaire ait cru qu'une clavicule pouvait être rangée au nombre des os dont un bras se compose; mais on doit regretter que dans une chose aussi grave que la description d’une relique, un pareil manque de préeision, sinon une pareille contradiction, puisse exister.
Cependant, une difficulté plus sérieuse se présente au sujet de cette relique, qu'elle soit une clavicule ou l'os d'un bras. Nous avons vu que Théodore d'Amadeni, qui ἃ examiné avec le plus grand soin, en 1675 ou 1676, le corps de sainte Marine conservé à Venise, a constaté que la seule partie de ce corps qui en eût été détachée était la main gauche. Le thorax était intact et si l’avant-bras droit était enflé, on ne remarquait pas qu'un os en eüt été enlevé (3). D'un autre côté, nous savons que les reliques de sainte Marine conservées à Paris s'y trouvaient depuis longtemps, lorsque Du Saussay les signalait dans son Martyrologe (1637). Enfin, comme je l'ai déjà montré, c'est à une époque récente qu'il a été supposé que ces reliques avaient été apportées de Venise, alors que les anciens historiens qui
(1) Pour avoir des renseignements précis sur cette relique, j'ai écrit à M'"° la supérieure des Augustines hospitalières de lHôtel-Dieu, mais ma lettre est restée sans réponse,
(2) « Trois reliquaires en bois doré, l’un du bras de M"° Sainte Marine et l’autre de M# $S. Denys... » (/nventaire des calices, ciboires, reliques, livres, ornements el ineubles apparlenants à l'Église el Fabrique Madame Sle Marine en l'année 1627. Archives nationales, LL 845).
(3) γον. p. xvir.
auraient dû être mieux informés de ce fait, n'y font jamais allusion.
De tout cela il résulte que les reliques possédées autrefois par l'église Sainte-Marine et actuellement par Notre-Dame, ne peuvent provenir du corps de la sainte que l’on vénère à Venise. Ou ce corps est faux ou ces reliques le sont elles-mêmes, et il semble bien que de ces deux propositions ce soit la seconde qui soit exacte. Il ne faut pas oublier que l'église Sainte-Marine existait sûrement au commencement du x siècle ou à la fin du x, c'est-à-dire longtemps avant que le corps de Marine euüt été apporté à Venise, et que, dans ces temps reculés, où l'on avait la passion des reliques, toute église devait posséder sinon le corps du saint à qui elle était dédiée, du moins une partie de celui-ci. Comment se procurait-on alors ces reliques si enviées, qui se chargeait de les fournir à qui les demandait, quelle confiance pouvait-on avoir dans l'authenticité de celles qui se multipliaient d'autant plus qu'elles étaient plus recherchées, c’est ce que je ne puis entreprendre ici de rechercher. Je me contenterai de renvoyer le lecteur à l'énumération et à la description, données par les Bollandistes, des très nombreuses reliques de sainte Marine, qui auraient été conservées dans un grand nombre de localités appartenant à diverses contrées, alors que les Vénitiens étaient persuadés que le corps entier de sainte Marine, sauf une main, était conservé par eux dans l’église de ce nom (1). Cette énumération, jointe aux explications présentées plus haut, suffira pour éveiller des doutes sur l'authenticité de la relique qui ἃ trouvé un dernier refuge dans le trésor de Notre-Dame.