‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 153 sur 195 · TEXTE FRANCAIS PUBLIÉ PAR · texte numérisé non relu

TEXTE FRANCAIS PUBLIÉ PAR

LÉON CLUGNET

AVANT-PROPOS

L'histoire de sainte Marine existe en français sous trois formes, deux en prose et une en vers. Des deux premières l’une est la traduction du texte latin dont diverses recensions ont été reproduites plus haut, tandis que l’autre est la traduction du récit abrégé, également latin, que nous ἃ laissé Jacques de Voragine, récit qui sera donné plus loin dans un Swpplément.

La première de ces traductions se trouve dans les six manuscrits suivants du fonds français de la Bibliothèque Nationale : 1038 (xin° s.) —"A, 422 {Χ1115 s.) — B, 23117 (xn° etxivs) = 10; 413 {χν5 5.) =D, 22911 V8) ΕΣ; 429 (τἴν 5) ΞΘ textes A, B, D, E reproduisent les textes latins A et B, tandis que le texte C rappelle plutôt la recension latine C. Le texte F est un abrégé des précédents.

La deuxième version, c’est-à-dire la traduction française du latin de Jacques de Voragine, est donnée par les manuscrits du fonds français de la Bibliothèque re 20330 (xrv° s.), 184 (xv° s.), 242 (xv° s.), 243 (xv° s.), 244 (xv° 5.) αι (xv° 50): 415 (xv° s.);, 1534 {χὺ: s.), 1535 εὖ; .), 6448 2 s.), 9799 (xv° 5.), 17232 (xv° s.), 23114 (xv° s.), et 13498 (xvrrs.)" Ces 14 textes présentent d'assez grandes différences au point de

vue de l'orthographe et des tournures de phrase. Néanmoins je pense qu'il est suffisant d'en reproduire un seul. J'ai choisi celui du manuscrit 1534 (— G), à cause d'un détail dont il a été question dans l’Znfroduction.

Quant à la Vie de sainte Marine en vers français, elle est contenue dans le manuscrit du fonds de la reine Christine, à la Bibliothèque Vaticane, portant le n° 1728 et datant du xv° siècle, ainsi que dans le manuscrit 10295-304 de la Bibliothèque Royale de Bruxelles, qui a été écrit en 1428-1429 (1). Ces deux copies du même poème présentant des différences assez notables, je les donne toutes les deux en entier, en faisant remarquer que celle de Bruxelles semble être bien meilleure. Le copiste du texte de Rome devait être moins expérimenté. L'orthographe qu'il a adoptée est loin d'être aussi correcte et quelques vers ont été omis par lui.

Je dois de pouvoir reproduire cette recension du manuscrit de Rome à M. Luigi de Stefani qui a bien voulu, sur ma demande, s'arracher à ses travaux, pour la copier. Quant à celle du manuscrit de Bruxelles, elle m'a été procurée par le P. Van den Gheyn, le très distingué conservateur du département des manuscrits à la Bibliothèque Royale de Belgique. Je tiens à remercier ici ces deux savants de leur extrême obligeance à mon égard.

Ad. Keller avait déjà publié le commencement et la fin de ce poème, d'après le texte de Rome, dans son ouvrage : Romvart. Beitraege zur Kunde mitltelalterlicher Dichlung aus ttalienischen Bibliothek:en, Mannheim, 1844, in-8 (p. 605-615). Mais, outre que cet auteur n’a reproduit que 352 vers du texte en question, il s'est glissé dans sa copie plusieurs fautes qu'il n'a pas su éviter (2).

(1) Voy. une description de ce manuscrit et une analyse de son contenu par M. Paul Meyer, Directeur de l’École des Chartes, dans la Romania, Paris, vol. XXX, 1901, p. 295-316. C'est M. Paul Meyer lui-même qui m'a appris l'existence dans ce manuscrit d’une Vie de sainte Marine.

(2) Ces 352 vers ont été insérés également d’après KeHer dans le Dictionnaire des légendes du christianisme, par le comte de Douhet (vol. XIV de la Troisième Encyclopédie publiée par l'abbé Migne), Paris, 1855, col. 1279-1284.

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À (Bibliothèque Nationale : ms. du fonds Français 1038 (x siècle), f: 885-905.) * La uie de sainte Marine uirge

Il fu .i. preudons au siecle qui auoit une fille que il mout amoit. Talent li prist daler ne religion, si commanda sa chiere fille a .j. sien ami, et après si sala randre ἃ une abaie len le recust * moult uolentiers et il fu moult douz et si debonneires et seruiables que li abes semerueilleit moult, et lenmoit plus que touz les austres moines de leanz porce quil estoit leaus hons et moult obedians. Ore auoit une piece apres ce qui fu renduz qui li commenca a remembrer de sa fille si fu moult amesese et mout tristes, si que li abes sen apercut et li demanda quil auoit : « Fiuz dites moi que uous auez et damediex qui tout les biens et tous les conforz donne, uous confortera se ses plaisirs est. » Li preudons li gei et dist emplorant : « Biax douz peres je ai .j. mien fiuz lessie au siecle ἃ ma uille qui encore est moult petiz, si en sui mout a mesese quant il me 1: souuient de lui. Or ne li uout mie dire que ce fust une pucelle. Et li abes qui moult lamoit et qui ne le uouloit mie perdre et porce quil auait leanz moult gant si li dist : « Fiuz dist il alez si amenez uostre fiuz et soit receuz auec uous. » [1 preudons iala, si apela sa fille et len amena. Elle auoit non Marine et li 20 chania son non si lapela Marin, et le fist mestre a letres et

aprandre en labaie. Etquant uint au .xiiij. an si li dist ses peres quelle gardast quelle ne deist mie quelle fust fame ainz pensast de bien feire et se gardast des aguez au deables qui plus uolentiers engingnoit lome et la fame come plus sont bon. Assez lamonesta li peres de maintes choses et elle mist en son cuer ce que len li disoit. si fu moult preuz et moult ardant de bien feire.

Les peres li mourut quant elle ost .xvij. anz et elle remest en labaie. Si fu moult obedienz et si douce et si debonneires que tuit lamoient ausuit come leur cuers. Or auoit en labaie .ij. bues et .j. char, si le menoient uers la mer qui pres leur estoit et aportoient diluec ce dont il auoit mestier en labaie. J. iour auint que labes ala a frere Marin, si li demanda por coi cestoit quil naloit auec les austres et il respondi : « Biau sire uous ne le mauiez mie quemande. Puis y ala freres Marins auec les autres et tiex estoit leur coustume que sil ne pooient reuenir quil demorascent chiez. j. preudome qui auoit non Pandos. Jcil Pandos auoïit une fille moult belle et mout gente, si lama .j. cheualiers et uint a lui et la demoiselle concut. Ne demora guieres quil parut bien ἃ lui quelle estoit grosse, si uinstrent ἃ lui si parent et li demanderent de qui cestoit. Bastue fu et lesdengiee aincois quelle en uousist riens dire. Apres si dist que ce frere Marins lauoit enguigniee et engroissiee a force.

Isnellement sen alerent li parent a labaïe dont freres Marins estoit et distrent a labe : « Biau sire est ce ore belle chose que freres marins uotre moines a engroissiee nostre fille. » Li abes lor respondi : « Or uous soufrez si uerrons se ce est uoirs. » Freres Marins fu apelez et li abes li demanda sil auoit ce feit que len li metoit sus. Il estut moult longuement et comenca ἃ gemir et a souspirer et dire tout emplorant ἃ labe : « Biau pere ‘ie ai pechie. le en ferai la penitence et uous priereiz pour moi. Moult fu labe corrouciez, si commanda que len le batist bien et que len le gistat hors de labaie qui trop auoit mesfeit et mespris et honte feite a labaie. Il fu bastuz et gitez hors et il souffri tout en bonne pacience. Si remest ἃ la porte et quant aucuns passoit par illec si li prioit pordieu qui li aportast .i. poi de pain. Onques ἃ nului ne dist point de son pense, ainz fesoit ainsint comme si fust corpables du feit, et fu .iij. anz touz entiers deuant la porte en tel maniere et en tel estat.

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