L. 6 Ms. ACAT τ — L. 16 Ms. OPEL
T7 PME
Le quinzième jour du mois de nahasë.
Etce même jour sainte Marinà mourut. Cette sainte était la fille d'un homme chrétien, riche entre les gens les plus riches; et son nom était Maryam. Et quand elle était petite fille, sa mère mourut, et son père l'éleva dans toute bonne instruction, jusqu'à ce qu'elle fut grande comme une femme. Et son père voulut la marier, et s’en aller se faire moine dans un couvent
parmi les monastères du désert d'Asgetes (1). Et elle lui dit : « Ὁ mon père, pourquoi sauves-tu ton àme, et perds-tu la mienne? » Et 11 lui répondit, et lui dit : « Que puis-je faire pour toi, puisque tu es une femme? » Et elle lui dit : « O mon pere, je quitterai mes habits de femme, et je revêtirai des habits d'homme, et je te suivrai. » Et alors elle se leva, et coupa les cheveux de sa tête, et revêtit des habits d'homme. Et [16 père, quand il vit la fermeté de son cœur, pendant qu'elle luttait pour réaliser son désir, donna tous ses biens aux pauvres et aux malheureux; et il en garda une petite partie; et il changea le nom de sa fille et il l’appela Marinà. Et après cela il la prit avec lui, et la conduisit vers le désert d'Asqetes, et entra dans le même monastère, et demeura dans une grotte avec sa fille pendant dix ans, en se mortifiant. Et après cela son père, devenu vieux, mourut; et la sainte Marinà resta seule; et elle redoubla le jeûne, et la prière, et les veilles. Et l'abbé du monastère envoya la sainte avec trois moines à la ville à cause des affaires du couvent, parce qu'il ne savait pas qu'elle était une femme, mais elle lui semblait être un jeune homme, car sa voix était faible à cause de sa grande soumission. Et quand elle fut partie avec les moines, ils logèrent dans une hôtellerie; et
(1) Scété.
dans la même nuit [un jeune homme vint loger dans la même hôtellerie, et] (1) il vit la fille du maitre de l'hôtellerie, et il lui corrompit sa virginité, et il lui dit : « Quand ton père te demandera : Qu'est-ce qui t'est arrivé?, dis-lui : Marinà, le jeune moine, est celui qui a corrompu ma virginité. » Et quand elle fut enceinte, et que son père l’apprit d'elle, il l'interrogea, et lui dit : « Qu'est-ce qui t'est arrivé, ma fille, et qui est-ce qui a corrompu ta virginité? » Et elle répondit, et lui dit : « Marinà, le moine, est celui qui a corrompu ma virginité. » Et son père se leva, et se rendit au monastère, et commença à maudire les moines. Et quand la rumeur de ceci fut arrivée jusqu à lui, l'abbé du monastère l'interrogea, et lui dit: « Pourquoi maudistu les moines, et ne crains-tu pas Dieu? » Et [16 père] lui raconta ce qui était arrivé à sa fille; et il lui dit : « Marinà, le moine, est celui qui a corrompu la virginité de ma fille. » Et quand l'abbé du monastère eut appris cela, il s'attrista beaucoup, et il lui sembla que cela était vrai. Et l’abbé du monastère fit venir le maitre de l'hôtellerie, et lui dit : « Cache cette affaire, et ne fais pas honte aux moines devant les laïques. » Et après cela l'abbé du monastère appela Marinà, le moine, et le blàäma, et le maudit; mais la sainte Marinà ne savait pas le motif pour lequel il la blämait; et quand elle se fut assurée qu'il s'agissait de sa pureté, elle pleura, et se prosterna aux pieds de l'abbé du monastère, et le pria en lui disant : « Je suis un jeune homme; j'ai péché: pardonne-moi mon péché. » Et l'abbé du monastère se fàcha contre elle, et la chassa du monastère. Et elle demeura en dehors de la porte du monastère jusqu'à ce que la fille du maitre de l'hôtellerie donna le jour à un enfant. Et son pere apporta l'enfant, et le présenta à Marinà, et le lui jeta vivement, et elle prit l'enfant. Et elle rôdait près des portes [des habitations) des pâtres de bœufs et de moutons, et elle leur demandait du lait; et elle le donnait à boire à l'enfant. Et après cela elle redoubla les jeünes, et les prières, et les mortifications. Et la sainte Marinà demeura en dehors de la porte du monastère pendant trois ans; et après cela les moines s'assemblèrent, et demandèrent à l'abbé du monastère, qu'il eût pitié de Marinà,
(1) Il y ἃ ici une lacune dans le texte. Dans la traduction on a suivi la version arabe, et ce qui est dit dans le texte, p. 196, 1. 25.
et qu'il la fit rentrer dans le monastère. Et 11 accueillit leur prière; et après cela il lui donna une lourde pénitence pour qu'il fût avec les moines. Et la sainte faisait des travaux pénibles, et faisait la cuisine, et balayait, et transportait les ordures, et les jetait au dehors du monastère, et puisait de l’eau, et la donnait à boire. Et après cela l'enfant grandit, et devint moine ; et lorsque la sainte Marinà eut vécu quarante années dans ce monastère, elle fut malade trois jours, et mourut en paix. Et quand l'abbé du monastère apprit que l’abba anba Marinà était mort, il ordonna qu'on sonnät la cloche avant de l’ensevelir. Et quand on lui enleva ses habits, on s’aperçut qu'elle était femme; et tous les moines s'écriérent, en disant: « Ayez miséricorde de nous, Seigneur (1)! » Et ils s'étonnérent beaucoup, et glorifièrent Dieu; et ils annoncèrent à l'abbé du monastère ce qui était arrivé. Et l'abbé du monastère arriva, eten voyant s'étonna, et pleura sur ce qu'il avait fait contre lui. Et après cela il envoya des messagers, et il fit venir le maitre de l'hôtellerie, et lui annonça que Marinà était une femme: et quand il la vit, il se repentit de ce qu'il avait fait contre lui. Et (les moines] l'ensevelirent, et inclinèrent leurs têtes, et demandèrent la bénédiction de son corps. Et un moine, qui était borgene, | vint] craintif, et [Dieu lui rendit} son œil aussitôt. Et après cela ils ensevelirent Marinà avec beaucoup de larmes, des psaumes et des chants. Et voici que Dieu ordonna à Satan, et celui-ci prit la fille du maitre de l'hôtellerie, et le même jeune homme, qui avait corrompu sa virginité; et [Satan] les entraina, et les châtia jusqu'à ce qu'il les fit venir à son tombeau ; et ils avouèrent leur péché devant tout le monde. Et il se produisit à son tombeau beaucoup de miracles et des prodiges innombrables. Dieu ait miséricorde de son aimé Atenatevos par l'intercession de la sainte pendant le siècle des siècles. Amen. Salut à Marinà, qui, de sa nature, étant une femme, fut semblable à un moine, lorsque le père de la fille la calomnia; etsalut à Krestina (2) patiente dans ses nombreuses souffrances, je glo-
(2) D’après le Synaxaire éthiopien, dans le quinzième jour du mois de nahäsè on fait aussi la commémoration de la martyre sainte Christine, de Tyre, fille de Rabanus, tribun. (Zotenberg, Calaloque des manuscrits élhiopiens de la Pibliothèque Nationale; Paris, 1877, p. 193.)
rifie les sept princes (7) et je dis : Alleluia!, et à Lavaranyon (1), qui a été consumé dans le feu.
Salut à Marinà, qui, bien qu'elle fût semblable à un jeune homme, faisait ressentir les effets de sa sagesse aux frères du monastère, quand un différend s'élevait entre eux. Quand elle parlait, alors tous l’écoutaient; ils discutaient, et ils contestaient à voix basse, à cause de sa grande soumission et de son excessive mortification. ï
Salut, salut aux ministres de Dieu, à tous ceux qui semèrent les paroles de la vie dans le cœur des fidèles. Quand ils se sont rassemblés aujourd'hui pour les funérailles de la Vierge (2), les vivants ont recouvré la vue, et les morts sont sortis du tombeau.
(1) Laurentios (Laurent), archidiacre, martyr sous Déce. (Zotenberg, 0p. cil., p. 193.) ;
(2) Le poète chante dans le même jour la réunion des Apôtres, faite pour accomplir l'ensevelissement (pollinctura) du corps de la Sainte Vierge. (Ludolphi, Comment. ad hist. aeth., p. 425 οὐ 436.)