TEXTE SYRIAQUE
AVANT-PROPOS
L'office en langue syriaque (1) de sainte Marine, dont le texte est donné ci-après, est inédit. En effet, on ne le trouve pas dans le recueil des offices propres de l'Église maronite, qui ἃ été publié aux frais de la Propagande, par les soins de A. Ecchellensis et de F. Nairon (2); c'est dire qu'il a été composé postérieurement à cette publication. Si, comme on l’admet, sans pouvoir d’ailleurs le prouver, il a pour auteur le patriarche Joseph Estéphan, qui ἃ gouverné l'Église maronite de 1766 à 1793, il aurait été rédigé dans la deuxième moitié du xvu° siècle. Plein de longueurs et de redites, il ἃ tous les caractères de ces offices de date récente, composés surtout pour des moines sans grande instruction. Sa valeur littéraire est peu considérable et son importance au point de vue historique est moindre encore. Il y a lieu, malgré cela, de le publier, d'abord parce qu’il complétera la série des textes relatifs à sainte Marine, ensuite parce qu'il est classé parmi les offices
(1) Seules quelques oraisons sont en langue arabe, quoique écrites en caractères syriaques.
(2) Rome, 1656-1666, 2 vol. in-fol.
spéciaux qui sont admis dans l'Église maronite. Sans doute ces offices ne sont pas obligatoires; mais ils sont toujours chantés, à leur date propre, là où il s’en trouve un texte imprimé ou manuscrit, c'est-à-dire dans certains monastères et dans quelques paroisses pourvues de chantres assez instruits et assez nombreux.
On trouvera, à la fin de cet office, le trisagion jacobite qui, sans doute, ne devrait pas figurer dans les prières d'une Église catholique. Je crois, toutefois, qu'il ne faut pas attacher à ce fait une importance exagérée. A l'époque où l'office à été composé les Maronites étaient sans aucun doute étroitement unis à l'Église latine, et, d’un autre côté, son auteur, de science très restreinte, ne pouvait se rendre compte, comme le ferait un théologien occidental, de la portée que ce trisagion ἃ pu avoir autrefois. On ne peut donc, ce me semble, pas plus conclure de cette invocation à l'hétérodoxie des Maronites, qu’on ne doit taxer d'hérésie le clergé du diocèse de Paris, qui a conservé dans son propre des prières d'origine certainement janséniste, telles que la Préface des Saints.
L'office de sainte Marine se trouve dans une dizaine de manuscrits, parait-il, conservés pour la plupart dans des monastères. Le texte qui en est donné plus loin m'a été procuré par le P. Pierre Hobeïka, curé de Basconta, au Liban, un des prêtres les plus instruits et les plus obligeants de l'Église maronite. Il a été imprimé à Beyrouth sous la surveillance du P. Cheïkho, le savant jésuite, qui a bien voulu en corriger les épreuves.
Il était inutile de traduire en entier un office aussi long et sans grand mérite littéraire. Cependant il a paru bon de résumer en français et de grouper ensemble les passages qui ont trait à la Vie de sainte Marine, afin qu'on püt facilement les comparer avec les différentes versions de cette Vie, données plus haut. Avec sa complaisance habituelle, M. l'abbé Nau s'est chargé d'extraire les passages en question et de les traduire.
Léon CLUGNET.