‹ Bibliothèque historique et littéraire du Dauphiné (volume 2)Chapitre 147 sur 162 · DAUPHINS DE VIENNOIS · texte numérisé non relu

DAUPHINS DE VIENNOIS

Après la mort des Charles Constantin , petit-fils de Bozon , qui avoit commencé le second royaume de Bourgogne dont le Dauphiné faisoit une partie , les Empereurs qui s'en emparèrent , se trouvant engagés en des guerres continuelles contre les Papes , se confièrent si absolument à la conduite des Gouverneurs qu'ils avoient establis en plusieurs endroits , que leur pouvoir s'estendit à s'en faire souverain. Tels ont esté les comtes de Maurienne, de Provence , d'Albon, de Suze, de Salmoranc, de Forcalquiers, de Valentinois et de Diois , princes d'Orenge et autres.

Le comte de Maurienne, ou de Savoye , usurpa tout le pays de i'Allobrogie où le Viennois estoit compris , et sa domination s'estendoit jusques à la Coste S. André et à Voyron qui n'est qu'à trois lieues de la ville de Grenoble. Le comte de Forcalquiers eut l'Ambrunois et le Gapençois; le comte de Provence , ce que nous appelions les Baronnies, fust de sa domination; le comte de Suze joignit à son Estât, appelé Suze , le Briançonnois ; le comte d'Albon occupoit tout ce qui est aujourd'huy du ressort du bailliage de Saint Marcellin qu'on appela Viennois Valentinois, et le comte de Salmoranc fust le souverain de seize paroisses. Tous ces pays composent ce que nous appelons aujourd'huy Dauphiné. Je feray voir, à la suite, comment nos comtes de Graisivaudan et d'Albon, Dauphins de Viennois, les ont acquis.

l'histoire des comtes

Nicolas Chorier, qui a donné au public deux volumes de l'histoire de cette Province, a escrit en plusieurs endroits sur des simples conjectures : car il est faux que Guigues, comte, qui parut en la journée de Ravenne ait esté comte de Graisivaudan , comme je le feray voir en parlant du premier de ces comtes. Ce nom de Guigues et la qualité de comte luy ont donné lieu à cette supposition.

l w Degré.

GUIGUES I, Comte de Graisivaudan.

Apres la décadence du dernier royaume de Bourgogne , et mesme de celle de l'Empire qui fust démembré par l'usurpation de petits souverains, comme je viens de remarquer, les prélats ne furent pas moins hardis et s'emparèrent aisément des pays qui composoient leur diocèse; l'évéque de Grenoble en fust un ; et, jusques à Ebbon, ils ne relevoient que de l'Empire. C'est la raison pour laquelle ils prennent le titre de Prince. Pendant le siège de cet Ebbon, qui estoit environ l'an 955, les Maures vinrent en ce diocèse et s'emparèrent de tout le Graisivaudan et particulièrement de la vallée, qu'on appeloitla vallée Profonde, et que le roy Louis XII estant en cette province, l'an 1502 , appela le plus beau jardin de France , à cause de sa beauté et de sa bonté. Ils y demeurèrent jusques environ l'an 9G0 sans qu'aucun évèque osât y venir, car Ebbon, Reynier, Isaac, Acber et Isarne restèrent toujours à S. Donnât où l'archevêque de Vienne leur permettoit de faire les fonctions episcopaies.

Cet Isarne, plus hardy, estant Danois, appela à son secours plusieurs nobles de son pays avec l'ayde desquels il chassa les Maures.

Ce furent, entrautres, Aynard, Alleman , Cono, Artaud et autres qui ont donné le nom à leurs familles qui subsistent encore.

Quelques années avant cette expulsion des Maures, Gui$rues , qui estoit de quelque considération dans le pays, s'impatronisa parmy eux et voulurent bien ray donner le titre de comte de

Graisivaudan. L'évêque Isarne ne s'y estoit pas attendu et il fust estonné lorsqu'il trouva ce nouveau comte armé pour luy disputer la souveraineté de ce petit pays , qui s'estendoit partie dans l'Allobrogie et partie dans les Voconces , dont la ville de Grenoble . estoit le principal lieu. L'absence des évèques, et peut estre le peu de disposition à vouloir estre soubs la domination d'un homme d'église, fit que l'évôque trouva peu de ses suiets à vouloir suivre son party. Il avoit véritablement esté soutenu par eux , et mesme nostre Guigues y avoit paru , mais il n'estoit point connu soubs le titre de comte de Graisivaudan qu'alors qu'il fust question de le disputer à l'évéque. Il y eut quelques combats entre eux, mais le prélat ayant esté le plus faible fit de nécessité vertu et, par un accommodement qu'il fit avec Guigues, il l'admit au pariage de Grenoble et de Graisivaudan.

D en protesta par un acte qu'il fit en présence de plusieurs personnes qui est aux archives de l'évêché et que Choriera donné au public en son 3 e volume de Testât de cette province.

Voila donc le premier des comtes de Graisivaudan. Chorier a veu l'acte, et on a lieu d'estre surpris qu'il ait introduit, parmy ces comtes, le Guigues de la journée de Ravenne.

Guichenon, en l'histoire de la maison de Savoye , n'a pas esté si hardy, car il introduit celui-cy comme le premier de la race de nos Dauphins et l'appelle comte d'Albon, parce qu'en effet il l'estoit, l'empereur Othon luy ayant inféodé cette comté, après la mort d'Aymeric, dernier comte, bienfaiteur de l'église de Romans, comme je l'ay appris par un de ses chartulaires.

Chorier semble vouloir douter qu'il y eut eu des comtes d'Albon autres que nos Dauphins, parce que personne ne l'a escrit, mais les chartulaires que j'ai veu en font mention de plusieurs qui ont esté les bienfaiteurs de l'église de Romans et particulièrement de cet Emeric qui en a esté le dernier.

Je dis, après Guichenon, qui l'a tiré des Chartres de l'abbaye de Cluny, que ce Guigues donna l'an 940, à l'église de Romete, enGapençois, des domaines qu'il avoit en Champsaur, voisin du Graisivaudan , ce qui peut nous faire croire que Guigues en estoit originaire. Il eut pour fils Guigues et Humbert, évèque de Grenoble.

l'histoire des comtes

* Degré.

GUIGUES II, Comte de Graisivaudan et d'Àlbon, surnommé le Vieux.

Nous avons deux titres pour justifier de son existence.

L'un est tiré d'un chartulaire de l'abbaye de S. André de Vienne en ces termes :

Pro remedio senioris nostri demni Wigonis et Fredeburgiœ, etc. , régnante Rodulpho rege.

En une autre chartulaire , il y a une chartre , où , sur la fin , .«ont ces mots : S. Wigonis comitis , fratris episcopi Humberti. Comme ce chartulaire est de l'évêché de Grenoble , cet Humbert ne peut estre qu'évêque de cette église.

Frédéburge fut sa femme, de laquelle il eut trois enfants :

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