‹ Bibliothèque historique et littéraire du Dauphiné (volume 2)Chapitre 148 sur 162 · Guillaume · texte numérisé non relu

Guillaume

8* Degré.

GUIGUES III, Comte de Graisivaudan et d'Àlbon.

Son existence est prouvée par une chartre d'un autre chartulaire, aussi bien que celle de sa mère et de ses frères, en ces termes :

Damus Humberto episcopo eiusque matri fratrisbusque et nepotibus Wigonis bonœ memoriœ Humberto Wigoni, Wil' lermo mediatem capelli de M or as, etc. Datum VIII id.junii, luna X, indict. V, anno ab incarnat. Dom. D.CCCLXXXXV. régnante dom, Rodolpho rege.

Chorier luy donne pour femme une Gotelene et ne dit pas de quelle famille elle estoit ; mais je l'ay trouvée en une ancienne généalogie de celle de Poitiers qui marque qu'elle estoit fille de

DE GRAISIVAUDAN ET n'ALIIOX.

Geislon II, comte de Valentinois , et de Gotelene, sa femme, et qu'elle fust mariée àGuigues, comte de Graisivaudan.

Chorier dit qu'il fit le voyage à S. Jacques de Galice , en 1 107, Je ne sçay point où il a trouvé ce voyage. C'est au 2« tom. liv. 4. sect.... Il raconte en raesme temps une fable de son saint Jacques.

4' Degré.

GUIGUES IV, Comte de Graisivaudan et d'Albon.

Adelaïs de Saluées fust sa femme, elle estoit fille de (1).

Chorier n'a pas sceu de quelle famille elle estoit , mais comment elle aporta pour dot à son mary le Briançonnois, j'ay trouve un titre en la Chambre des Comptes, que je raporteray en son rang, sur quelques différents qu'eut le Dauphin, qui vivoit alors avec le comte de Savoye qui tenoit alors Saluées, au sujet de quelques terres que l'un et l'autre prétendoient. Elle fust la tante d'Adélaïde de Suze, héritière de cet Estât, qu'elle porta à Odon, comte de Savoye, son mary. Elle est mentionnée en un chartulaire de Saint Pierre de Vienne, aussy bien que son mary, son fils Guigues, et Pétronille, sa femme, en ces termes :

Guigoni vero quem supra diximits majori qui postea effectua est monachus, centum solidos tribut et Adelaidœ comitissœ et alH Guigonis (Mus illius Guigonis, quem supra dia-imus, quinquaginta solidos et uxor ejus Petronillœ. Actum est hoc apud Gratianopolim , mense Aprilis , sexta feria luna vicesima nona ab incarnationis milluHmo quinquagesimo.

U est appelé monachus et en effet il le fust à Cluny, selon Blondel qui commence à luy la généalogie des comtes d'Albon.

Il fit le voyage de Rome et se trouva dans cette ville lorsque le pape, en 1127, confirma la donation que l'évêque de Valence, Humbert, avoit faite à Odilon , abbé de Cluny , selon Guichcnon.

(1) Hierorae Mainfroy, marquis de Suze, disait le ms.; mais ces mots ont été biffés. H. G.

l'histoire des comtes

5* Degré.

GUIGUES V, Comte de Graisivaudan et d'Albon.

Pétronille fust sa femme, comme je l'ay remarqué. Aucun historien ne nous a rien apris autre de luy ; mais , dans un registre de la Chambre des Comptes , intitulé Primus copiarum , cotté A fol. 169, il y a une donation qu'il fit, Tan 1042, au monastère de S. Laurent de Grenoble et à l'église des Échelles, d'un mas , entre autres choses, appelé de S. Pierre, en présence d'Amédée et d'Odon, ses enfants, inconnus à Chorier et aux autres. Il eut donc :

1 Guigues qui suit.

2 Amédée.

3 Odon.

6« Degré.

GUIGUES VI, Comte de Graisivaudan et d'Albon.

Chorier n'a pas sceu le nom de sa femme. Blondel dit qu'elle avoitnom Gothelene; Guichenon le dit aussy et ajoute qu'elle est enterrée avec luy en l'église de Cluny où ce Guigues s'estoit fait moine. C'estoit ordinairement la retraite des vieux princes de cette maison, et nous en donnerons d'autres exemples à la suite. Ce fut dans le prioré de S. Robert, de cet ordre , à une lieue de Grenoble, comme je le prouveray bientost.

Il est parlé de luy en divers actes.

Césanne est dans le Briançonnois qui lui appartenoit.

Il donna aux chanoines d'Oulx ce qu'il possedoit en cette ville l'an 1053. La donation est rapportée dans un inventaire des papiers de Cluny. Guichenon la publia en sa bibliothèque

DE GRA1SIVAUDAN ET d'aLBON. 347

sebusiane où Guigues parle ainsy « Ego Guiguo, cornes, qui vocor senex % aique filius meus Guiguo pinguis »

Dans un ancien chartulaire on trouve la fondation du prioré de Moiranc de l'an 1105, où le fils de celui-cy y ayant adsisté il y est dit que Guigues, comte, fils de Guigues le Vieux, avoit adsisté : Guigo cornes (Mus Guigonisveteris.

Dans le martyrologe du prioré de S. Robert : X. kal, maii , Guigo cornes qui cognomine est vêtus. En celuy de S. Maurice de Vienne : X. kal. maii , obiit Guigo cornes qui dédit sancto Mauritio meliora Candelabra et ad restaurationem circuit capitis sancti Mauritii très libras auri et calicem minorent aureum et duo pallia et duo cartina.

J'ay trouvé, dans un chartulaire de Domène, que, Tan 1106 , Guignes , comte , avoit fait une donation à ce monastère où sa mère estoit enterrée , sans dire le nom.

D rast père de Guigues, de Guy-Raymond, de Richard, d'Armand et d'Adélaïde.

T Degré.

GUIGUES VII, Dit le Gras, comte de Graisivaudan et d'Albon.

Chorier, Blondel, ny les autres, n'ont pas sceu le nom de sa femme, mais je l'ay trouvé en un chartulaire du prioré de Domène où, dans une chartre, il y a une donation que luy avoit faite ce comte , où , à la fin : fuerunt testes uxor domini comitis regina et soror ejusdem comitis , Adelaïda.

Une ancienne généalogie qui est en la Chambre des Comptes de Grenoble, au livre Copiarum gratian. fol. 27, la commence à ce Guigues le Gras , dit qu'il vivoit Tan 1135 , que cette reyne, sa femme, estoit fille du roy de Gastille. Ce mot de reyne estoit plustost un titre, ou une marque de son extraction qu'un nom de baptesme car, par une concession qu'elle ûst aux moines de S. Robert, elle est appelée Mathilde Reyne suivant le rapport qui en est fait dans des lettres d'André Dauphin, de l'octave de tous les SS. de 1222 , où il la confirme. La donation porte aussy que le comte Guigues estoit son mary.

l'histoire des comtes

Le mesme acte porte que le tout avoit esté confirmé par Guigues Dauphin , leur fils , par sa femme, par Humbert, évèque du Puy, en présence de Mathilde leur mère. Ce sont des enfants que Chorier , Blondel , Duchesne et les autres historiens des Dauphins n'ont point connus. Cet acte n'est pas suspect puisqu'il est en la Chambre des Comptes, et le chartulaire de Domène encore moins.

Le mesme chartulaire. En une autre chartre , se trouve une autre donation à ce monastère où la mère estoit ensevelie sans la nommer.

L'an 1079 , il donna à Hugues , abbé de Cluny , l'église de S. Prix, non pas S. Priest , comme dit Chorier, et la chapelle de la Mure , en la présence de ses frères Guy-Raymon , Richard et Armand. En un autre chartulaire de l'évèché de Grenoble, est une chartre de 1059 qui parle en ces termes : Ego Gtùgvo cornes, filius Guigonis comitis , guerpisco domino et beatœ mariœ ac sancto vincentio et episcopo GratianopoU Hugoni et ecclesiœ Gratianopol. — Ce sont des églises qu'il possédoit en ce diocèse avec des dixmes. Ce fust en présence de Disdier de Sassenage , de Guigues de Granges et de Guillaume Leutzon ; et, à la fin, il y a ces mots : Hœc deguerpitio fada fuit quand o Hyerusalem obsessa fuit et capta à christiania nostris.

Il y a encore une autre chartre d'environ ce temps là : Botexis qui vocatur Mota, medietas est inter comitem et episcopum , alia vero medietas est de fUus Joffredi de Moirenco.

Aux kal. de novembre 1110, il donna à la maison de Chalais, prioré au mandement de Voreppe , uny despuis à la Grando Chartreuse, des terres aux environs de l'église comme descend l'eau , jusques au rocher où l'eau verse et s'estend par un coin de la terre qui avoit apartenu à Robert de Combes , divisée de celle de son neveu , et, de là, allant jusques à Pierre longue où est la terre des nommez Terrasiers, etc.

L'an 1120, celle de Nostre Dame de Visille, du consentement de Guigues, son fils. Guichenon raporte ce dernier acte.

On a mis sur son tombeau , qui est aux cloistres du prioré de Saint Robert , cet épitaphe :

HIC JACET GUIGO GRASSUS DALPHINUS PRIMUS ET MONACHUS MAGN.fi PIETATIS.

DE GRAI9IVAUDAN ET D'ALBON. 340

Dans le martyrologe de ce prioré on fait mention de luy en cette manière :

XIV kal. Februarii, Guigo, cornes et monachus, œdificator hujus mofiasterii , pro quo Guigone plénum unniversarium et solemne XI kal. Januarii Guigo cornes qui hune monasterium cedificavit.

Chorier a mal interprété ce mot de primus, quand il a dit qu'on avoit oublié son origine, supposant qu'on le faisoit le premier de sa race. Mais voicy comment il le faut exprimer : c'est que véritablement il a esté le premier qui a pris le nom de Dauphin qu'on luy avoit donné parce qu'il le portoit sur ses drapeaux lorsqu'il passa en la Terre Sainte avec Godefroy de Bouillon. Un Girard de Rossillon, illustre Dauphinois, fust du nombre.

Avant luy, le pays, dont il estoit souverain, n'estoit point encore connu souz le nom de Dauphiné qu'il prit ensuite à cause de ce prince , nommé Dauphin ; et ses successeurs le prirent de mesme, car auparavant on ne le connoissoit que de celuy de Graisivaudan. — Voila la véritable origine du nom de cette province.

Guy-Raymon, son frère, espousa Raymonde, héritière do Forets.

Adélaïde est le nom de sa femme , comme j'en ay rapporté la preuve. Personne ne l'avoit encore connue.

Chorier dit qu'elle espousa le seigneur de Hauterive , et en raporte la preuve qu'il tire de l'autheur de la vie d'Amédée de Hauterive , son fils, moine de Bonnevaux , et dit qu'elle l'y fust voir : Die quadam, cum Amedeus hoc opus sibi specialiter injunctxtm perageret , contingit et Guido Cornes Albionensis . avunculus ejus, gratta videndi cum ad Bonavallem veniret, etc.

8» Degré.

GUIGUES VIII, Dauphin, comte de Graisivaudan et d'Albon.

Espousa Marguerite, fille d'Estienne, comte de Bourgogne, et d'Agnès de Zeringhen. Guillaume, chanoine de Nostre Dame,

l'histoire des comtes

qui a escrit et donné au public la vie de cette Marguerite, parle d'elle en ces termes : Hac siquidem spectabili prosapia édita , ut pote illustris et famosisrimi viri Stephani Burgundiœ ComitU filia, soror etiam excellentium virorwn Raynaldi et Guillelmi Comitum, neptisque piœ recordationis papa* Calixti ad conjugalem egregii Comitis Guigonis Dalphini copulam fuit transducta a magnifico principe Guigone Comité veteri ejusdem Guigonis pâtre celebri donatione illustratn.

Manriquez , dans ses annales de l'ordre de Cisteaux , parlant de l'abbaye de Ramiez, en Savoye, dit que, en 1132 , nostre comte Guigues avec Aman , Guillaume et Disdier de la Poype, donnèrent à cette abbaye plusieurs possessions qu'ils avoient en un lieu appelé Fougères , et que le comte y ajouta en particulier un pré d'une grande estendue dans le bois de Croses et de Ville* , en présence de Guigues et Disdier de Sassenage , de Berlion de Moiranc et de Lan tel me de Lans.

L'année suivante, 1133, il eut de grands différente avec Estienne de Bar, archevêque de Vienne , selon que nous l'apprend un chartulaire de S. Barnard de Romans, qui luy disputoit ses droits sur la ville de Vienne.

Le Dauphin marcha avec des troupes contre la ville de Romans, dont l'archevêque estoit seigneur avec le chapitre comme abbé. Il la prit, et les maisons des chanoines furent brûlées aussy bien que l'église.

Le Dauphin fit son possible pour éviter de semblables désordres , mais rien n'echapa à l'insolence des soldats : l'archevêque avertit le pape d'un pareil sacrilège qui envoya au Dauphin Guigues Pons, son légat, qui n'en eut pas grande satisfaction. Des gentilshommes de cette province y réussirent mieux : ce furent Humbert de Bocsozel , Berlion de Moiranc , Guigues de Domêne (en surcharge : Aynard), Raymon Bérenger et Aymon Falavel à qui le comte de Genève se joignit.

Plusieurs prélats s'assemblèrent aussy, cette affaire estant considérée comme un sacrilège. Ce furent : Humbert, évèque du Puy , Eustache , évèque de Valence , Gaveran , évèque de Viviers , Hugues , évèque de Grenoble , Artaud , évèque de Maurienne , Ponce, évèque de S. Paul trois Chasteaux, et Jean, abbé de Bonnevaux.

Ils firent promettre au comte de n'inquiéter jamais les habitants

DE GRAISrVAUDAN ET D'aLEON

de Romans quelque querelle qu'il eût avec l'archevêque, et les habitans s'engagèrent à demeurer neutres.

Une ancienne généalogie trouvée en la Chambre des Comptes de Grenoble et en un livre intitulé : Copiœ civit. Gratianop , fol. 27 , dit qu'il mourut en un combat contre le comte de Savoye auprès de Montmeillan, l'an 1140, que son corps fut porté à la Buissière, et de là à Grenoble, où il fust ensevely dans les cloistres de Nostre Dame.

J'ay veu , il y a quelques années, son tombeau au dessoubz des degrez par où l'on monte aux tribunes, et ce qui me le persuade , c'est que la pierre qui estoit au devant avoit une figure ronde sur laquelle estoit gravée une croix semblable à celle qu'on voit en des médailles de nos Dauphins.

La pierre qui le couvroit estant tombée a fait que le reste Ta esté de mesme, et on a porté ces pierres ailleurs, tellement qu'il n'y en a plus aucun vestige. Il y a apparence que si l'on eût cru que c'estoit un si riche monument on en auroit eu plus de soin. Voila comme l'ignorance laisse périr ce que la gloire et mesme l'honneur devroient s'efforcer de conserver.

Je parleray du tombeau d'un autre Dauphin, aux mesmes cloistres, qui est encore entier mais mesprisé.

Sa femme, selon la mesme généalogie, mourut à La Mure et fut portée dans l'église du monastère des Ayes, de l'ordre de Cisteaux , qu'elle avoit fondé. — Sa mort a esté le 6 des ides de février 1142 , suivant la mesme généalogie ; c'est ce que nous apprend aussy l'épitaphe gravée sur son tombeau en ces termes :

ANNO AB INCARNATIONE DOMINI M c'xLIH.

VI ID. FEBRUAR.

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