VIC-SUR-AISNE
UR les bords enchanteurs de l'Aisne, entre Soissons et Compiègne, dans le Valois, ce |*v)cœur de la vieille France où Ton ne peut faire un pas sans rencontrer un monument historique , s'élève le joli bourg de Vicsur-Àisne. Il est dominé par la masse sombre de son antique château dont la forme rappelle la trop célèbre tour du Temple de Paris. Ce manoir fortifié avait été élevé pour renfermer de pacifiques cénobites; mais dans les temps de troubles et d'anarchie , à l'époque du règne des rois francks des premières races, on ne pouvait goûter en paix la solitude du cloître qu'en l'abritant de fortes murailles bien défendues par tout l'attirail de la guerre.
Le donjon de Vie-sur- Aisne consiste en un énorme pavillon carré , très-élevé , cantonné à ses angles de tours rondes, le tout sommé de toitures coniques. On y a percé vers la fin du xvi." siècle quelques fenêtres bordées de bossages, et des lucarnes en pierres, décorées de consoles enroulées , ont animé sa terminaison d'un aspect trop sévère. On ne doit ces changements qu'à la conversion d'un castel guerrier en une habitation tant soit peu confortable.
Aux entrées du bourg, des piliers rappellent encore les portes d'une ville, et sur un pont on distingue l'écusson effacé de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons qui portoit : de gueules chargé en pal d'une
crosse d'or à deœtre^ et à senestre d'un pennon d'argent chargé d'un aigle de sable, le tout accosté en flanc de deux fleurs de lis d'or.
Cette célèbre et riche abbaye tenait Vic-sur-Aisne de la munificence de Charle magne qui lui en avait fait don en 814. Le comte Eudes, en 893, avant de monter sur le trône de France, fit fortifier Vic-sur- Aisne dont il était avoué pour l'abbaye de Saint- Médard.
Il eut soin de déclarer qu'il ne prenait cette mesure que dans l'intérêt du monastère et non dans un but d'ambition personnelle ; deux ans après , les événements justifièrent ses prévisions. La flotte des Normands remontant l'Aisne n'osa attaquer la forteresse défendue par une bonne garnison. Après la mort du roi Eudes, elle fut emportée d'assaut par le comte Arnoul. Elle fut prise et rendue plusieurs fois à l'abbaye de Saint-Médard et ce n'est qu'en 1048 qu'un concile tenu à Senlis décida qu'elle leur appartenait légitimement et sans partage. L'année suivante , Henri I."' reçut sous sa sauve -garde le château de Vic-sur- Aisne. En 1066, Philippe I.'' fit de fortes menaces à Albéric , seigneur de Coucy, qui avait empiété sur les dépendances et molesté les vassaux du château. L'abbaye de Saint-Médard recourut enfin à l'assistance des seigneurs de Pierrefonds, célèbres dans tout le Valois par leur puissance et leurs sentiments d'équité. Elle attacha au gouvernement militaire de son château un fief situé dans la vallée de Montigny , près de la Gorge; à partir de 1140, ce fief appartint à des seigneurs alliés à la famille des sires de Pierrefonds. Les religieux de Saint-Médard transférèrent à Vie-sur-
Aisne, en 1176, les reliques de Ste-Léocade ; cette cérémonie se fit avec beaucoup de pompe ; l'abbé Gautier III établit auprès de l'église renfermant ce dépôt sacré une communauté de religieux , pour que l'office divin fut célébré avec plus de majesté '. Telle fut l'origine du prieuré de Yic-sur-Aisne.
Ste-Léocade gagna la palme du martyre, en Espagne, l'an 304 de Jésus-Christ. Lors de l'invasion de la Péninsule Ibérique par les Sarrasins, ses reliques furent transportées jusques à Saint-Guillain , près de Mons, dans le Hainaut. De là elles arrivèrent à Saint- Médard de Soissons et à Vic-sur-Aisne. A quelque distance de ce bourg, on voit encore une croix de pierre appelée Croix Ste-Léocade.
Les Huguenots, qui s'étaient rendus maîtres de Soissons par surprise en 1 567 , tentèrent une attaque sur le château de Vic-sur-Aisne , mais ils en furent vigoureusement repoussés.
Une garnison de Ligueurs l'occupait en 1 590, époque à laquelle Charles d'Humières, gouverneur de Compiègne pour le roi , l'emporta d'assaut et passa ses défenseurs au fil de l'épée. La chasse de Ste-Léocade fut brisée et pillée; ses reliques foulées aux pieds et profanées furent recueillies par un soldat; moins irreligieux que ses compagnons d'armes, il les porta au curé d'Haramont qui les déposa dans le couvent de Longpré où s'établit une fête à cette occasion.
Vic-sur-Aisne fut habité par le célèbre cardinal de
*■ Eodem anno (1196) monachi apud vicum Axona; instituti sunt et erectus prioratus S.-Leocadiae.
Gallia Christiana. t. x. p. 471.
Berriis, qui y composa une partie de ses poésies. Sa muse aimable dut sans doute plus d'une inspiration à la beauté des sites qui avoisinent les bords de F Aisne.
Dans les débris de l'ancienne chaussée romaine qui passait à Vie-sur- Aisne , on a trouvé en 1712 une colonne milliaire très-bien conservée. M. de Pomponne, seigneur du bourg, en qualité d'abbé de Saint -Médard de Soissons, fit dresser cet antique monument dans le jardin de son château. Ses dimensions sont de 1 mètre 60 cent, de hauteur et de circonférence. Son inscription est ainsi disposée :
IHP. CAES.
M. ATRELIO. AN.