CAMP OU CASTEL DE CÉSAR A WISSANT
Ce camp a été décrit par Fontenu dans le xni." volume des mémoires de l'Académie des Inscriptions , pages 414—19. Fontenu distingue dans ce camp trois sortes d'ouvrages : « 1." la Motte Caiel appelée aussi Castel de César ; » 2." une ancienne habitation au-dessus de l'entrée inférieure du port , nom- » mée le Catel , Castellet ou Petit Château ; 3." la Motte au-dessus de l'ancien » bassin du port, appelé aussi le Mont du Phare, parce qu'il y en avait » un. » De ces trois anciens forts le plus important parait être le premier c'est-à-dire la Motte Catel ou Castel de César {Cœsaris Castellum) désigné aussi sous les noms de Camp de César, Motte Julienne ou Mont-Châtel. « Placé, dit Fontenu, sur une éminence fort élevée ressemblant pour la forme » au camp de l'Étoile , n'ayant comme ce camp qu'une seule entrée et sans » trace de fossés , enfin de forme ovale également, il est situé au confluent » de deux ruisseaux ou profonds ravins qui en rendent l'accès difficile. » Mais le camp de l'Étoile dont la superficie intérieure est de près de neuf hectares et demi pouvant contenir une légion romaine de plus de 5,000 hommes , est beaucoup plus grand que le Castel de César à "Wissant. D'après Fontenu celui-ci « n'a que cinquante toises de longueur sur une largeur proportionnée. » M. Harbaville dit dans son Mémorial historique 95 pas de long sur 63 de large. En prenant pour mesure le pas de l'infanterie qui est de deux pieds ou deux tiers de mètre , en adoptant des nombres ronds ( 100 pour 95 , 60 pour 63) et en multipliant 100 pas par 60 on a pour produit 100 pas carrés de superficie ; ou , plutôt , le pas de l'infanterie valant 67 centimètres 100 pas de longueur vaudront 6,700 centimètres et 60 pas 4020. La multiplication de ces deux nombres constate une superficie de 26 à 27 ares.
En supposant, maintenant, que la largeur proportionnée dont parle l'abbé Fontenu fût de 25 toises , moitié de la longueur fixée à 50 toises , le produit serait de 5,000 mètres carrés soit un demi-hectare. Cette superficie , presque double de celle que M. Harbaville indique, n'offrirait encore que le logement du vingtième d'une légion de plus de 5,000 hommes soit environ 250 hommes, force ordinaire de la demi-cohorte. Le Castel de César n'a donc pu être un camp à demeure, un stativum proprement dit, mais simplement un Prwsidium , Custodia ou Castellum renfermant une faible garnison et tel qu'on a vu César en construire sur plusieurs points , notamment au siège d'Alesia ( septième année de la guerre des Gaules ) et dans la troisième année de la guerre civile à Dyrrachium. Le fort principal dont nous nous occupons aurait formé avec les deux autres forts voisins la défense commune du port de Wissant. Mais je suis porté à croire qu'ils ne doivent nullement être considérés comme ayant protégé le portus-Itius.
Rappelons d'abord que les Commentaires de César sont des notes ou sou-
venirs rapidement jetés sur le papier, au fur et à mesure des opérations militaires de ce conquérant, et invoquons sur ce point le double témoignage A'Hirtius et A'Ammien Marcellin, Or, M. Morel de Campenelle, d'Abbeville , a fort bien fait observer dans ses recherches sur le port Itius » non seulement que Jules César ne nomme point ce port dans son quatrième livre , lors de la première expédition de la Grande-Bretagne , mais qu'il a simplement dit alors « que c'était du pays des Morins qu'avait lieu le plus court » trajet , m Morinos prœficiscitur quod indè erat hrexnssimus in Britan- » niam trajecius. » C'est donc à un point non déterminé alors de ce pays là ( qui s'étendait sur toute la côte comprise entre la rivière d'Authie ou tout au moins entre celle de la Gaule , au midi , et le détroit du Pas-de- Calais au nord) que s'appliquaient les mois brevtssimus trajectus. ( Chap. 23) Liv. 4) Dans le Commentaire écrit l'année d'après, époque où César avait pris par sa première expédition une connaissance approfondie de cette côte et des facilités qu'elle offrait pour passer dans l'île des Bretons, il nomme pour la première fois le Port Itius comme offrant non pas le plus court trajet mais « le plus commode ou le plus facile , » et il ajoute aussitôt après « que la distance était d'environ trente milles romains. » (Chap. 2. Liv. 5), distance qui , à raison de 756 toises anciennes par mille romain , représente onze lieues de poste anciennes de 2,000 toises plus 680 toises , ou onze lieues et plus d'un tiers , ou en toises 22,680 toises équivalant à plus de 45,000 mètres. Or de Wissant à Hythe , sur la côte d'Angleterre , point que d' Anvilie croit avoir été celui de la descente , on ne trouve à vol d'oiseau ( comme de Calais à Douvres ) qu'environ 40,000 mètres. D'Ambleteuse situé plus au midi on trouve toujours à vol d'oiseau 45,000 mètres , et de Boulogne , placé plus au midi encore , 50,000 mètres qui équivalent à plus de 34 milles romains et demi. Donc si, comme l'avance M. Morel de Campenelle , des exemplaires des Commentaires manuscrits les meilleurs , dit-il , portent le chiffre xl (40) et d'autres celui de xxx (30) milles, c'est vers Ambleteuse ou Boulogne et non pas à Wissant qu'il faut chercher le Port Itius reconnu dans la cinquième année être le plus commode pour l'embarquement et d'où César fit voile , en effet, lors de sa seconde expédition avec une flotte et une armée plus que doubles de celles de la première expédition ( chap. 2 , 5 et 8 du liv. 5 des Commentaires de B. G.) Je croirais plutôt que le point recherché dut être Boulogne ( Gessoriacum ) par la raison que le premier Drusus , père de Germanicus , y établit ensuite un arsenal maritime , navale , pour la défense de la côte , d'après peut-être une tradition ou une inspiration reçue de Jules César comme je l'ai dit ailleurs (p. 167, 168 et § clvi de la Dissertation sur les Camps de la Somme. ) Les ouvrages du port de Wissant ont pu se rattacher au même système de défense.