‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 127 sur 170 · CAMP DU MONT-CÉSAR PRÈS ARRAS · texte numérisé non relu

CAMP DU MONT-CÉSAR PRÈS ARRAS

Ce camp est placé entre le hameau du Pont de Gy au sud et le village à'Estrun au nord-est. « Situé , dit M. Harbaville , sur une éminence ou col- » Une qui domine la rive gauche du ruisseau du Gy , il est divisé en deux » parties l'une au sud la plus rapprochée du Gy appelée Vallum Inférieur , » l'autre à l'ouest nommée Vallum Supérieur. » M. Harbaville ajoute « qu'on n montre au bas du Vallum Inférieur le chemin par où les soldats allaient à » l'eau » premier besoin, en effet, des légions romaines, aquatio, el que « la tradition attribue la fondation du camp à Jules César. » L'épaisseur du rempart du retranchement ou Vallum Supérieur doit faire conclure aussi que cet établissement a été un camp à demeure, stativum.

Je ne saurais tirer aussi positivement la même induction pour ce qui touche au Vallum Inférieur « enfoncement fait de main d'homme » comme le dit M. Harbaville. La forme de ce retranchement-ci me parait plutôt indiquer qu'elle appartient à un genre de fortification plus moderne. Quoiqu'on ait bien pu s'y servir d'une partie des travaux de défense que les Romains avaient dû y faire antérieurement , la forme , je le répète , et aussi la situation de ce vallum situé près du ruisseau et du hameau du Pont de Gy sembleraient indiquer qu'il y avait là une tête de pont, genre d'ouvrage fort en usage dans les guerres modernes mais qui , même avant la mise en usage du canon , a

dû ou pu servir à défendre au nord l'approche du ruisseau ainsi que du petit marais situé sur la rive gauche. On ne voit pas , au contraire , de quelle utilité ce genre de redoute rentrant dans le camp aurait pu être aux Romains pour sa défense. Le Vallum Supérieur au nord-ouest me paraît , en se reliant au cours du Gy et de la Scarpe au sud-est et au nord-est , présenter la forme d'un camp romain la plus régulière et la plus ordinaire , quand le terrain s'y prétait. L'épaisseur de son rempart au sommet , de 2 à 3 mètres , a beaucoup d'analogie avec celle des camps de Tirancourt , de VÉtoile et de Liercourt, et l'épaisseur bien plus considérable de la base où elle est de 10 à 15 mètres , et sans doute proportionnelle à la hauteur de ce rempart , établit que ce camp devait être un stativum.

Le camp du hameau du pont de Gy doit avoir eu beaucoup de ressemblance, pour la forme surtout , avec le Vicux-Catil, situé près de Roye, sauf l'étendue qui devait être beaucoup moindre au Vieux - Catil. Le camp du pont de Gy est d'ailleurs bien plus avantageusement situé , puisqu'il devait être, comme l'a aussi conjecturé M. Harbaville , embrassé et défendu par le cours du Gy et de la Scarpe dont le confluent forme presque un angle droit à l'est.

En relevant les mesures de longueur , au sud-est le long du Gy et au nord-ouest vers le retranchement supérieur qui a tous les caractères d'une fortiflcation romaine , et en multipliant les deux chiffres l'un par l'autre , soit 500 mètres par 400 , on arrive à un produit de 200,000 centiares ou mètres carrés c'est-à-dire de vingt hectares. Le relevé et la multiplication du premier nombre, 500 mètres, par 300, à l'est le long de la Scarpe, donnerait 150,000 mètres carrés ou quinze hectares ; le terme moyen de ces deux produits serait de dix-sept à dix-huit hectares.

Un tel espace intérieur aurait suffi pour contenir deux légions romaines de Jules César au complet. On peut croire, du moins, que le camp du hameau du pont de Gy , supposé renfermé entre le retranchement supérieur, l'espace nivelé au nord , la Scarpe et le Gy , a dû suffire , en déduisant l'espace des retranchements, pour une légion et demie, peut-être pour deux diminuées, affaiblies par une campagne. J'arrive naturellement ici à la conjecture faite par M. Harbaville « que le camp du pont de Gy a pu être celui d'une légion en » l'an 703 de Rome époque où César hiverna à Nemetocenna ( Arras ) » dont ce camp est assez rapproché. Le chapitre 46 du huitième livre de Bello Galliœ , dont Hirtius passe pour être l'auteur , rapporte bien en effet que Jules César plaça après la huitième campagne quatre légions dans le Belgium sous les ordres de quatre de ses lieutenants ; on lit à la fin du même chapitre qu'après une courte expédition dans le midi de la Gaule , César revint passer l'hiver à Nemotccenna , « ad legiones in Belgium se recipit hiematque Ne- » metocennœ. » Le trente-deuxième chapitre fait ensuite connaître que dans la neuvième année , pendant laquelle on ne guerroya plus , « César après avoir » parcouru toute la Gaule revint rapidement vers son armée à Nemetocenna » et fit alors sortir ses légions des quartiers d'hiver pour les conduire dans le » pays des Trevirois où il passa son armée en revue. »

Ces citations rapprochées des notions locales que fournit le camp du Pont

de Gy sur ses retranchements , sa forme , sa situation et son étendue présumée, peuvent conduire à conclure avec M. Harbaville que fort probablement ce camp fut l'un des camps d'hiver {stativum hibernum) du conquérant des Gaules dans les huitième et neuvième années de la conquête.

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