DISSERTATION SUR LE PRETENDU CAMP DE ROMESCAMP
On lit ce qui suit dans la Notice Archéologigue sur le Département de l'Oise publiée par M. Graves : « La tradition locale assure que le village de » Romescamp ( au nord du canton de Formerie près de la frontière amié- )) noise ) est bâti dans l'enceinte d'une station romaine , et récemment M. Bres- » seau se fondant sur l'observation des distances a exprimé l'opinion que c'é- » tait le camp occupé par Crassus , questeur de César, lorsque ce conquérant » fut revenu de sa seconde expédition de la Grande-Bretagne (cinquième an- » née de la guerre. J Romescamp a pu être, en effet, un point retranché, » mais on n'y a trouvé jusqu'à ce moment aucune preuve matérielle de cette » ancienne destination. »
Dans ma Dissertation sur les Camps Romains du Département de la Somme, j'avais établi que le camp de Crassus devait avoir été celui que l'on voit encore dans la commune de Saint-Mard , située sur la rivière d'Avre près de Roye, et je faisais remarquer que ce point cité avait dû faire partie du pays des Bellovaques. Cette opinion s'appuie non seulement sur ce qu'ils habitaient la plus considérable et la plus belliqueuse cité de la Belgique et de toute la Gaule ( liv. 2 , 7 et 8 de B. G. ) mais plus positivement encore sur la géographie. Dans ma Dissertation je rappelle d'après les chapitres 24 et 46 du cinquième livre de B. G. que le camp de Crassus était situé à la fois dans le Belgium et chez les Bellovaques , et que cette partie de la Belgique appelée spécialement Belgium s'étendait fort loin au nord (j'ai dit : jusque vers la rive gauche de la Somme ; il fallait écrire : bien loin au-delà de la rive droite. ) J'ai d'abord cité l'expression de Cluvier dans sa carte de la Germanie Cisrhénane. M. Barbier du Bocage a prolongé le Belgium jusque vers le centre du pays des Atrebates à Nemetocenna (Arras) dans la carte de la Gaule qu'il a composée en 1818 pour l'édition de Le Maire. D'après les notions recueillies « ad Cœsaris Commentarias accomodatœ. » (Commentaires de B. G. ) ce pays-là , selon lui , formait une bande du territoire s'étendant à l'est de Samarobrive ( Amiens ) en traversant la Somme depuis l'embou-
chure ou vers l'embouchure du Thérain (qui passe à Beauvais ), au midi, jusqu'à Arras ou Nemetocenna au nord. Cette dernière conclusion est justiflée par le chapitre 46 du huitième livre dans lequel Hirtius, qui passe pour l'avoir écrit , rapporte que César avait hiverné dans le Belgium à Nemetocenna , à la suite de sa huitième campagne. Du rapprochement des chapitres 24, 46 et 47 du livre 5 de B. G. on doit conclure également que Samarobrîve, où César avait établi son quartier général , sa chancellerie , les otages des cités et ses dépôts , était situé dans le Belgium , à son extrémité occidentale , comme j'ai pensé que le camp de Crassus ( sans doute le Vieux-Catil près et en deçà de Roye) était placé à l'extrémité orientale du même territoire ou pays et chez les Bellovaques d'après Ciuvier. Or , Romescamp , situé au sud-ouest d'Amiens ou Samarobrive , est dans une position géographique tout à fait contraire aux notions réunies ici ; De plus , il n'y existe , d'après M. Bresseau , « au- » cune preuve matérielle de l'ancienne destination » qu'il a cru pouvoir conclure de la distance d'Amiens au camp de Crassus. Aux conjectures établies au contraire en faveur du Vieux-Catil ( Voir ma Dissertation g§ xc— xcv— L. 74— 84.J j'en ajouterai d'autres fondées comme les premières sur le cinquième livre de B. G.
Au retour de sa seconde expédition de la Grande-Bretagne César, faisant la répartition de ses légions en camps d'hiver , en envoya quatre assez au loin et dans des pays différents sous quatre de ses lieutenants Fabius, Ciceron, Roscius et Labienus. Il en garda trois dans le Belgium sous son questeur Crassus et ses lieutenants Munœtius , Plancus et Trebonius ; enfin il envoya la huitième et cinq cohortes ( une légion et demie ) dans le pays des Eburons sous Titixius Sabinus et Arunculeius Cotta (Chap. 24. L. 5.) Voici donc huit légions et demie ; cependant César n'en avait que huit en tout lors de son embarquement ; il en amenait cinq avec lui laissant les trois autres à Labienus sur le continent. D'autre part, les deux légions avec lesquelles il partit ensuite pour aller au secours de Q. Cicéron (la première venait de Samarobrive , la seconde fut celle de Fabius ; elle rejoignit la première dans le pays des Atrebates ) ne formèrent en tout que sept mille hommes. Il y a donc lieu de croire que ces deux légions étaient affaiblies en partie des cinq cohortes données à Labienus et à Cotta en sus de la huitième légion. César en gardant trois dans le Belgium et près de Samarobrive il faut croire que c'est sur celles-ci plutôt que sur celle de Fabius, envoyée d'abord seule et isolée dans le pays des Morins, que ce détachement d'une demi-légion d'environ 3,500 hommes au complet ou cinq cohortes avait été pris ; et je serais de plus porté à supposer que ce fut plutôt sur la légion de Crassus , le moins important des lieutenants conservés dans le Belgium. Crassus n'aurait donc eu dans son premier camp que cinq cohortes et non pas même sept ainsi que je l'avais d'abord présumé ( § xcii p. 80 ) de ma Dissertation à laquelle je me réfère pour de plus amples développements ( comme pour la conclusion tirée de la petite étendue du camp qu'on peut bien supposer n'avoir logé que la moitié d'une légion. )
Il reste l'observation des distances que l'on peut alléguer en faveur de Ro-
mescamp , point reconnu comme devant être placé en dehors du Belgium. Or de Romescarap à Poix on compte 8,000 toises et de Poix à Amiens 14,000 , en tout 22,000 toises anciennes qui d'après les bases des calculs de d'Anville (voir ma Dissertation , § xi page 13 , ) et à 756 toises par mille romain représentent 29 milles et à peu près un quart ou 29,250 pas romains. Du Vieux Catil à Amiens il n'y a qu'à peine 21,000 toises ou environ 27,750 pas romains ; ce dernier chiffre ne diffère des 25,000 pas romains indiqués par César comme étant la dislance de Samarobrivc au camp de Crassus ( liv. 5 , ch. 46 ) que de 2,750 pas ou guère plus d'une lieue de poste de 2,000 toises 2,650 pas romains. Pour Romescamp, on trouve en sus des 25,000 toises 4,250 pas.
L'existence d'un camp au Vieux-Catil, tandis qu'il n'y en a aucune trace à Romescamp ; la dénomination latine de l'étimologie ; la situation du Vieux- Catil dans le Belgium, h l'est de Samarobrive ; le peu d'étendue de ce camp ou Castellum qui n'aurait pu contenir plus d'une demi-légion ; enfin le calcul des distances doivent faire conclure en faveur du Vieux-Catil * .
Comte d'ALLONVILLE.
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