‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 135 sur 170 · SON ÉVÊCHÉ ET SON CHAPITRE · texte numérisé non relu

SON ÉVÊCHÉ ET SON CHAPITRE

'histoire de la ville de Thérouanne nous donne la mesure des maux que peuvent produire ^d'incessantes guerres. La fondation de son ëvêché remontait ^aux premières années du sixième fsiècle. Au neuvième, les Norimands ravagèrent tout le pays.

'On transféra le siège épiscopal fà Boulogne et Thérouanne, désolée par ces Barbares, fut privée de ses évêques jusqu'au

1 Nom comptons recourir encore aux lumières de M. le comte d'AIlonville pour la description des Campa 'Romains de S aint-Tftomas et de Soissons , situés dans le départemeutde l'Aisne.

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commencement du onzième siècle. D'autres pillages , d'autres dévastations lui étaient réservés ! Jusqu'à l'époque de sa destruction , on voit Thérouanne soutenir de longs sièges , en proie à la disette et à tous les maux qui l'accompagnent. Tantôt les Flamands s'en emparent et l'incendient ; à peine relevée de ses ruines , elle est pillée par les Anglais et de nouveau livrée aux flammes ; « ils profanèrent , dit Hennebert , les choses les » plus sacrées de la cathédrale ! w La destinée de Thérouanne fut le continuel jouet des hasards de la guerre. Après la mort de Charles , duc de Bourgogne , Louis XI reconquit les villes de l'Artois; Thérouanne se soumit. a Ce prince y fit ses pâques en août 1477, après s'être « écrié : Ma bonne vierge encore une! * » Dans les dernières années du règne de Louis Xlf , Thérouanne fut de nouveau ravie à la France et brûlée pour la troisième fois.

Que faisaient les évêques du diocèse au milieu de tant de calamités? Il serait difficile de s'en rendre un compte bien fidèle , à travers ce drame continuel que le pillage et l'incendie alimentaient. La confusion qu'entraînent de tels malheurs rend souvent impuissantes les investigations de l'historien. Nous voyons les évèques de Thérouanne abandonner plusieurs fois le siège de leur église désolée, se réfugier à Saint -Omer, établir dans cette ville leur juridiction ecclésiastique " et y at-

* (Thérouanne, Fauquembergues et Renti, par M. Pikrs ).

» En 1422 , l'évéque Louis de Luxembourg mit Saint-Omer en interdit pour

obtenir réparation de la détention illicite d'un clerc de son église. Les habitants

accusaient le prisonnier d'avoir volé le comte de Warwick et quelques Anglais de sa suite.

tendre des jours meilleurs. L'un de ces prélats , Raymond Saquet, ne put se résoudre à laisser Thérouanne à la merci des Flamands qui ravageaient la contrée , après le désastre de Crécy ; il leva des troupes , attaqua les Flamands et reçut plusieurs blessures dans le combat. L'évèché de Thérouanne fut occupé par soixanteun prélats; huit cardinaux illustrèrent son siège. Le dernier pasteur du diocèse , Antoine de Créqui , eut la douleur de voir sa ville épiscopale ruinée pour jamais par Farmée de Charles-Quint '.

Après la prise de Thérouanne , le doyen et les chanoines s'étaient dispersés ; dix-sept d'entre eux se réfugièrent à Boulogne ; d'autres se retirèrent à Saint-Omer, sur l'ordre de Charles-Quint. Le chapitre de cette ville les accueillit et leur permit de célébrer l'office divin dans la cathédrale. Ils s'y rendirent processionnellement, au son des cloches de toutes les églises; les plus vénérables d'entre eux portaient pieusement une petite statue de la Vierge, le chef de St-Maxime et les reliques de St-Humfride , seuls objets qu'ils eussent pu

* INSTRUCTIONS DONNÉES PAR CHAnLES-QDlNT APRES LA PRISE DE THÉROUANNE.

« Tous les prisonniers, nobles, aventuriers, capitaines et autres officiers dont » on pourra tirer des rançons considérables seront retenus. On donnera à la » garnison la liberté, mais sans armes ni bagages. On fournira dix chariots » pour transporter les malades et les blessés. On permettra à tous les habitants » de l'un et l'autre sexe de se retirer où bon leur semblera , avec leurs ha- » billements ordinaires. On permettra quelques ajustements aux demoiselles. » On enverra aux forteresses les plus voisines les munitions et les armes. On » abandonnera ensuite la ville au pillage, et elle sera rasée jusques dans ses » fondements. Ou ne détruira pas seulement les édifices profanes, mais encore » les églises , les monastères et les hôpitaux. On ne laissera aucun vestige de » murailles et l'on fera venir des ouvriers des villes voisines de la Flandre et » de l'Artois pour enlever ce qui restera après le sac. — Ces ordres furent » littéralement exécutés. » ( Dom Devienne. )

soustraire aux profanations du vainqueur. François, évcque de Damas et suffragant de Thërouanne ; l'abbé de Saint-Bertin j Gérard d'Haméricourt ; les abbés de Blangy, Saint-Winoe, Saint- Jean-au-Mont , Clairmarais et Saint- Â-Ugustin - lez - Thérouanne ; de Bugnicourt, gouverneur d'Artois ; Robert de Montmorency, bailli de Saint-Omer ; le maïeur et les échevins, assistèrent à cette touchante solennité.

P. ROGER

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