ARCHIVES DE LA SOMME
ES Archives du département de la Somme occupent le principal corps-de-logis de l'ancien couvent des Feuillants, attenant par le jardin aux dépendances de l'hôtel de la Préfecture, à l'exception du rez-de-chaussée affecté à divers services publics. Ce bâtiment est entièrement isolé et réunit toutes les conditions désirables pour la parfaite conservation des titres. Désigné le 2 frimaire an V par l'administration centrale du département, comme étant le seul édifice national susceptible d'être transformé en dépôt d'archives , il fut mis , le 5.^ jour complémentaire de la même année, à la
disposition de cette administration par le ministre de la guerre, et le 15 prairial an VII, le Directoire Exécutif prit un arrêté qui mit provisoirement à la disposition de l'administration centrale la maison nationale des Feuillants pour y établir les archives nationales du département. Les changements et les nombreuses réparations à faire pour approprier ce local à sa destination entraînèrent de longs retards et ce ne fut que vers l'an XII que ce dépôt put être définitivement organisé.
Cet établissement réunissait alors les papiers et registres du bureau des finances de la généralité d'/Vmiens, les archives de l'intendance de Picardie ( sauf ce qui était relatif aux départements limitrophes de celui de la Somme , dont la remise avait été faite en 1 790 aux Commissaires de ces départements ) celles des administrations qui se sont succédé depuis cette époque , et les titres , chartes , papiers et registres provenant de l'évêché et du chapitre d'A.miens, des églises collégiales, des fabriques des paroisses , et des ordres religieux des deux sexes qui existaient dans la circonscription du département. Il s'y trouvait également un grand nombre de registres de l'état civil , dont la remise a été faite aux greffes des tribunaux des cinq arrondissements qui composent le département , et de titres féodaux provenant des anciennes seigneuries , le tout formant une vaste collection , aussi complète que possible , mais dans le plus grand désordre.
Ces titres et papiers , conservés presque intacts pendant la Révolution , n'avaient besoin pour être rétablis dans leur ordre primitif que d'être classés par une main intelligente et intègre ; mais il n'en fut malheureusement
pas ainsi. La personne chargée d'en faire le triage, voulant s'épargner un travail qui n'était pas sans difficultés , accumula au nombre des pièces inutiles à conserver une énorme quantité de papiers et de parchemins dont elle fit son profit. Cet acte de vandalisme, qui laisse à jamais un vide irréparable dans ce dépôt, ne resta pas impuni et valut à son auteur sa révocation en 1806. A. partir de ce moment jusqu'à 1830 environ , les archivistes qui lui succédèrent ne s'occupèrent que bien faiblement du classement des papiers, et sans-doute d'une manière proportionnée au modique traitement qui leur était alloué.
Ce ne fut que vers 1830 que l'Administration voulant mettre un terme à la confusion qui existait dans cet établissement , nomma pour en prendre la direction un archiviste qui prit sérieusement à cœur de faire cesser ce désordre. Les travaux qu'il effectua parmi les papiers administratifs, depuis l'organisation des préfectures jusqu'en 1834, prouvent qu'il était apte à remplir les fonctions dont on l'avait investi. La conservation des archives départementales de la Somme est aujourd'hui confiée à M. Dorbis , membre de la Société des Antiquaires de Picardie. On ne saurait trop louer le zèle qu'il apporte à l'accomplissement de sa mission et l'obligeance que trouvent en lui les amis des études historiques qui viennent consulter les vieux titres , les chartes et cartulaires confiés à sa garde.
Le dépouillement des documents antérieurs à 1790 n'a été commencé qu'en 1839, et n'a pu être suivi avec régularité à cause de la nécessité dans laquelle se trouve le conservateur de partager son temps entre
le classement des papiers administratifs et celui des documents historiques.
Les archives des établissements religieux forment la principale source à laquelle viennent puiser les personnes qui s'occupent de travaux historiques. Quoique ces titres soient souvent fort incomplets, ils sont cependant de nature à offrir beaucoup d'intérêt.
Les chartes et papiers appartenant au clergé séculier proviennent de l'évèché et du chapitre d'Amiens, des églises collégiales de St-Nicolas et St-Firmin-le-Confesseur de la même ville, St-Fursy de Péronne, St-Martin de Picquigny , St-Florent de Roye , et des fabriques des églises d'un grand nombre de communes.